Écrire Des journalistes doivent être libérés immédiatement

Le 16 février, le deuxième tribunal pénal d’Erbil, capitale de la région du Kurdistan irakien, a condamné les journalistes et militants Sherwan Sherwani, Guhdar Zebari, Hariwan Issa, Ayaz Karan et Shvan Saeed à six ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès inique, sur la base de charges forgées de toutes pièces de « déstabilisation de la sécurité et de la stabilité de la région du Kurdistan irakien ».

Ces cinq journalistes observent actuellement une grève de la faim dans l’attente de leur jugement en appel, qui devrait être rendu d’ici le 16 mars.

Ils doivent être libérés immédiatement et sans condition.

Ces cinq militants et journalistes ont été arrêtés en octobre 2020 par les Asayish (forces de sécurité kurdes) et immédiatement inculpés d’« espionnage » et de « déstabilisation de la sécurité nationale ». Selon les éléments du dossier que son avocat a pu consulter, Sherwan Sherwani a été accusé d’espionnage en raison de ses activités militantes et de voyages qu’il a effectués à l’étranger pour participer à des formations en journalisme, ainsi que pour avoir perçu une somme de 5 000 dollars des États-Unis de l’Association des avocats américains. L’avocat n’a pas pu examiner le dossier des autres journalistes.

Le Premier ministre du gouvernement régional du Kurdistan, Masrour Barzani, avait déjà affirmé que les détenus étaient des espions et des saboteurs et les avait accusés de travailler pour des gouvernements étrangers afin de planifier des attentats. Dindar Zebari, coordonnateur du gouvernement régional du Kurdistan pour le plaidoyer international, a soutenu que les cinq militants et professionnels des médias n’avaient pas été condamnés en raison de leur travail de journalistes.

D’après les informations dont dispose Amnesty International, les Asayish ont fait des descentes au domicile ou sur le lieu de travail des cinq journalistes et les ont arrêtés, parfois de façon brutale et inhumaine. Les forces de sécurité ont ainsi tiré Guhdar Zebari hors de son lit, lui ont couvert les yeux et l’ont menotté, sans même présenter de mandat d’arrêt. De même, des membres des Asayish et de la police locale d’Erbil - arrivés à bord de six voitures de police et véhicules 4x4 - ont encerclé le domicile de Sherwan Sherwani vers 16 h 30 le 7 octobre 2020, dans la ville d’Erbil, et ont immédiatement enfermé les membres de sa famille dans une pièce de la maison. Les Asayish ont ensuite fouillé le domicile de Sherwan Sherwani, saisissant du matériel électronique, dont son ordinateur portable, son appareil photo, son téléphone et des documents avant de lui passer les menottes. Ils l’ont couché en joue, puis l’ont traîné hors de la maison.

Amnesty International a reçu une copie du jugement, qui indique que les cinq hommes ont été condamnés à des peines d’emprisonnement en vertu des dispositions de l’article premier de la Loi n° 21 de 2003 du Parlement du Kurdistan irakien et des articles 47, 48 et 49 du Code pénal irakien. Le tribunal a également décidé qu’ils seraient placés sous surveillance policière pendant une période de cinq ans après avoir fini de purger leur peine, et que leurs téléphones, ordinateurs portables et appareils photos seraient saisis. Après la condamnation des cinq journalistes, le tribunal a émis un mandat d’arrêt visant le frère de Shvan Saeed, Ayhan Saeed. Deux autres mandats d’arrêt ont été décernés à l’encontre du journaliste Difaa Harki et du militant Qaidar Hussein. Ces trois mandats évoquent des chefs d’inculpation liés à la sécurité nationale au titre de la Loi n° 21.

Amnesty International a par le passé rassemblé des informations sur des cas de dispersion violente et d’arrestations massives et préventives de manifestants dans la la région du Kurdistan irakien et en particulier dans la province de Dahuk. En janvier 2020, des membres des Asayish ont procédé à de nombreuses arrestations dans la province de Dahuk, qui ont touché plusieurs dizaines de manifestants, de militants, de journalistes et de simples passants probablement. Des membres des Asayish ont également arrêté, dans le secteur de Baadre (province de Dahuk), un journaliste et deux cybermilitants qui, selon leurs proches, étaient en route pour Dahuk, où ils voulaient participer à un rassemblement pacifique.

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