Écrire Des juré·e·s en faveur d’une grâce alors qu’une date d’exécution a été fixée

Wayne Nichols, un homme de 64 ans se trouvant dans le couloir de la mort de l’État du Tennessee depuis 35 ans, doit être exécuté le 11 décembre 2025.

En 1990, il a plaidé coupable du viol et du meurtre d’une femme, commis en 1988 à Chattanooga.

Plusieurs juré·e·s l’ayant condamné à mort en 1990, et deux anciens procureurs ayant travaillé sur cette affaire, se sont prononcés en faveur d’une grâce.

Des experts ont signalé l’acceptation de sa responsabilité, son statut de détenu modèle en prison, et sa réhabilitation personnelle, afin d’appuyer une demande de grâce.

Nous appelons le gouverneur à commuer cette condamnation à mort.

Le 30 septembre 1988, un homme est entré par effraction dans une maison de Chattanooga, dans le comté de Hamilton, et a violé une jeune femme de 21 ans qui vivait sur place. Il l’a également frappée à la tête avec une planche en bois. Retrouvée vivante par ses colocataires le lendemain matin, elle est morte le jour d’après. En janvier 1989, Wayne Nichols, qui avait eu 28 ans en décembre, a été arrêté pour des charges sans lien avec ces faits. Il a avoué l’agression du 30 septembre, ses aveux vidéo fournissant le seul lien entre lui et le crime.

Avant son procès pour meurtre, il a plaidé coupable d’autres viols commis au cours des trois mois écoulés entre le 30 septembre et son arrestation. Le 9 mai 1990, il a plaidé coupable de meurtre passible de la peine capitale, et le procès a progressé vers la détermination de la peine. Wayne Nichols a présenté ses excuses à la famille de la victime. Le parquet a soutenu qu’une condamnation à mort était la seule manière de l’empêcher de sortir de prison et de commettre des crimes similaires.

Le jury s’est prononcé en faveur de la peine capitale. En 1994, quand la Cour suprême du Tennessee a confirmé la condamnation à mort, le président de la Cour suprême a estimé que l’argument du parquet faisant allusion à la possibilité de sa libération bafouait la Constitution. Les autres juges de la Cour suprême ont exprimé leur désaccord.

Immédiatement après le prononcé de la condamnation en 1991, la mère de la jeune femme tuée à Chattanooga a demandé à rencontrer Wayne Nichols. Selon son recours en grâce, Wayne Nichols « a présenté des excuses répétées » à la mère de la victime pour avoir infligé à sa famille une « douleur aussi immense ». Pour sa part, la mère de la jeune femme, forte de sa foi religieuse, « a répondu en lui offrant son pardon ». La mère de la victime a rendu visite Wayne Nichols deux autres fois lorsqu’il se trouvait à la prison du comté, avant son transfert dans une prison de l’État.

En 1990, un jury dans une affaire où l’accusé encourait la peine capitale avait uniquement le choix entre la peine de mort ou la réclusion à perpétuité avec la possibilité d’une libération conditionnelle au bout de 25 ans. À l’époque, le Tennessee n’avait procédé à aucune exécution depuis 1960. Comme cela a été mentionné dans les documents soumis pour son recours en grâce, ces différents facteurs semblent avoir orienté la décision sur laquelle ont débouché les délibérations du jury lors du procès de Wayne Nichols.

Plusieurs juré·e·s se sont depuis lors prononcés en faveur d’une commutation. Ils se sont souvenus d’avoir discuté du fait que l’État n’avait procédé à aucune exécution depuis des décennies, et d’avoir douté que quelqu’un soit mis à mort. Dans le même temps, encouragés par les arguments du procureur, ils étaient préoccupés à l’idée que l’accusé ne récidive, et ont donc décidé d’opter pour la peine de mort, dans l’idée que « cela garantisse qu’il reste en prison pour toujours ».

Dans une procédure ultérieure, en 2017, la défense et le parquet du comté ont informé le tribunal qu’ils étaient engagés dans des négociations visant à modifier la condamnation à mort, et ils ont atteint un accord début 2018 selon lequel Wayne Nichols devait faire l’objet d’une nouvelle condamnation à la réclusion à perpétuité, consécutive aux 220 ans de prison pour ses condamnations relatives aux viols qui n’étaient pas passibles de la peine de mort. Le juge a programmé une audience pour condamner de nouveau Wayne Nichols en 2018. Cependant, lors de l’audience, le juge a contre toute attente refusé d’approuver l’accord, et a rouvert le dossier afin que de nouveaux arguments puissent être présentés.

Une semaine avant la nouvelle audience, le tribunal a rejeté toutes les demandes formulées par Wayne Nichols à la suite de sa condamnation. Les avocats ont formé un recours auprès de la cour d’appel pénale du Tennessee, avançant que le tribunal avait abusé de son pouvoir discrétionnaire et agi de manière arbitraire. La cour d’appel pénale du Tennessee a cependant confirmé la décision.

La procureure adjointe de district du comté de Hamilton impliquée dans cet accord a déclaré qu’elle « soutient pleinement l’octroi d’une grâce à M. Nichols par le gouverneur Lee », ajoutant que Wayne Nichols s’est comporté en « prisonnier modèle, à qui le personnel pénitentiaire a accordé sa confiance et sur qui il compte. »

Un ancien procureur adjoint de district ayant représenté l’accusation lors du premier recours soutient désormais également la réclusion à perpétuité. Il a noté qu’en trois décennies, Wayne Nichols a reçu « seulement deux avertissements disciplinaires, dont aucun n’a impliqué de violence, ni d’atteintes à la sécurité », mais seulement « des infractions mineures au règlement ».

Un ancien gardien de prison qui a côtoyé Wayne Nichols pendant 20 ans a déclaré qu’il « assume la pleine responsabilité de ses crimes et a fait preuve d’un engagement fort afin de devenir un homme meilleur [...] Sa présence était apaisante dans l’unité, il était un modèle et un mentor pour les autres détenus. » Un ancien directeur de prison, désormais expert carcéral de premier plan ayant rencontré Wayne Nichols, a déclaré qu’« il se distingue par le fait qu’il regrette sincèrement ses crimes et a consacré une énergie considérable à comprendre les décisions l’ayant mené dans le couloir de la mort. Il est farouchement déterminé à briser le cycle de la violence. »

Un expert des violences interpersonnelles perpétrées par les hommes a conclu qu’il existait un lien direct entre les violences que Wayne Nichols a vécues enfant et adolescent, et ses crimes. Son recours en grâce affirme que s’il existe aujourd’hui de meilleurs mécanismes de prise en charge des traumatismes et de leurs conséquences, « il y a cinquante ans, les violences dont Wayne a été victime ont été ignorées, déconsidérées et passées sous silence. »

Depuis que la Cour suprême fédérale a approuvé les nouvelles lois relatives à la peine capitale en 1976, 1 651 personnes ont été exécutées aux États-Unis (la première exécution à laquelle le Tennessee a procédé après 1976 a eu lieu en 2000 ; on en a recensé 14 autres depuis). Il y a eu 44 exécutions aux États-Unis en 2025, dont deux au Tennessee.

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