Dans le cadre de sa politique de répression mise en place de longue date pour réduire au silence toute forme de dissidence réelle ou présumée, le gouvernement du Venezuela continue de se servir des détentions arbitraires à caractère politique comme instruments de persécution dans le pays.
Depuis de nombreuses années, il a mis en place la pratique de la « porte tournante » en matière de détention : les libérations sont généralement suivies d’un retour derrière les barreaux. En outre, les personnes libérées restent soumises à des poursuites pénales arbitraires et des restrictions de leur liberté, qui perpétuent la peur, la revictimisation et les violations des droits humains.
Le recours à cette pratique a atteint des sommets inédits après l’élection du 28 juillet 2024, avec plus de 2 000 personnes détenues arbitrairement pour des raisons politiques, dont beaucoup ont été accusées de terrorisme et d’incitation à la haine, apparemment sans fondement, y compris parmi des catégories vulnérables de la population comme les mineur·e·s et les personnes en situation de handicap.
Entre décembre 2025 et mai 2026, les autorités vénézuéliennes ont libéré de manière progressive et sporadique quelques centaines de victimes de détentions arbitraires à caractère politique, la plupart sous condition, tout en maintenant les enquêtes pénales ou les poursuites à leur encontre. Le 3 janvier, l’intervention militaire des États-Unis au Venezuela a abouti à la capture de Nicolás Maduro et de Cilia Flores, ainsi qu’à la prise de fonctions de Delcy Rodriguez comme présidente par intérim du pays.
Quelques jours après, le président de l’Assemblée nationale Jorge Rodríguez a annoncé la libération d’un « nombre important » de détenu·e·s. En mai, il a de nouveau annoncé la remise en liberté de 300 détenu·e·s. Au 25 mai, au moins 457 personnes se trouvaient toujours en détention arbitraire pour des raisons politiques selon l’ONG vénézuélienne Foro Penal, tandis que d’autres ONG locales, comme Justicia, Encuentro y Perdón, estiment que ce chiffre est supérieur à 600.
Dans le cadre de cette politique de répression, le gouvernement n’a cessé de harceler, de poursuivre et de censurer les militant·e·s et les organisations de la société civile qui s’efforcent de protéger les droits des Vénézuélien·ne·s dans une situation complexe d’urgence humanitaire et de profonde crise des droits humains qui les pousse à fuir le pays en nombre sans précédent, en quête de sécurité et de protection. Au 31 mai 2025, plus de 7,9 millions de personnes avaient fui le Venezuela.
Depuis 2020, plusieurs rapports de la mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela ont fourni des informations détaillées sur des centaines de cas d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, de détentions arbitraires, d’actes de torture et d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants commis dans le pays depuis 2014, ainsi que d’exemples d’instrumentalisation de la justice par le gouvernement dans le cadre de sa politique répressive, en concluant que certains de ces crimes de droit international et violations des droits humains pourraient constituer des crimes contre l’humanité.
Dans l’un des rapports publiés en 2024, cette mission de l’ONU a conclu avoir « des motifs raisonnables de croire que le crime de persécution pour motifs politiques a été commis en République bolivarienne du Venezuela tout au long de la période considérée ». Ces conclusions ont été réitérées dans ceux de 2025.
Depuis novembre 2021, le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale mène une enquête pénale sur la situation au Venezuela, précisément pour « [c]rimes contre l’humanité de privation de liberté ou toute grave privation de liberté physique […] ; torture […] ; viol et/ou autres formes de violence sexuelle d’une gravité comparable […] ; et persécution à caractère politique contre des personnes détenues […], qui ont été commis depuis au moins avril 2017, par des membres des forces de sécurité de l’État, des autorités civiles et des personnes pro-gouvernementales (ou groupes appelés “collectifs”) ».