Le Venezuela connaît une profonde crise des droits humains depuis une dizaine d’année. Au cours de cette période, Amnesty International a signalé de graves violations des droits humains, notamment des crimes contre l’humanité, ainsi qu’une situation d’urgence humanitaire complexe qui a poussé plus de 25 % de la population à fuir le pays.
La répression politique continue exercée par le gouvernement de Nicolás Maduro, visant à faire taire toute forme d’opposition réelle ou supposée, a atteint des niveaux historiques après les élections présidentielles du 28 juillet 2024. Les schémas de persécution enregistrés après cette date étaient similaires à ceux signalés au cours de la décennie précédente et se poursuivent au mois d’août 2025.
Depuis le 28 juillet 2024, plus de 2 200 arrestations arbitraires de manifestant·e·s, d’opposant·e·s politiques, de militant·e·s, de défenseur·e·s des droits humains et même de passant·e·s ont été enregistrées. Ces milliers de victimes ont rejoint les quelque 300 personnes détenues depuis avant les élections. Presque toutes ces personnes ont fait l’objet de poursuites pénales arbitraires, accusées de « terrorisme » et d’incitation à la haine, souvent simplement pour avoir exprimé leur désaccord avec le gouvernement actuel.
Des enfants et des adolescent·e·s, ainsi que des personnes vivant avec un handicap, ont également été victimes de ces violations des droits humains, et beaucoup d’entre eux ont en outre été soumis à la torture et à d’autres traitements cruels, inhumains et dégradants. Selon l’ONG vénézuélienne Foro Penal, au 21 août 2025, 815 personnes faisaient l’objet d’une détention arbitraire pour des motifs politiques et 45 personnes étaient portées disparues. Ces chiffres n’avaient pas encore été mis à jour depuis les libérations effectuées entre le 23 et le 24 août.
Après l’Action urgente diffusée en avril 2024, Amnesty International a publié un rapport établissant le profil de 15 personnes dont l’histoire illustre le recours généralisé aux disparitions forcées au Venezuela, plus particulièrement entre août 2024 et juin 2025. Au 11 août 2025, huit de ces personnes manquaient toujours à l’appel : Andrés Martínez (espagnol), Damián Rojas, Danner Barajas (colombien), Eudi Andrade, Jorgen Guanares, Jose María Basoa (espagnol), Rory Branker, et Yevhenii Petrovich Trush (ukrainien). Quant à Alfredo Díaz, Dennis Lepaje, Eduardo Torres, Raymar Pérez et Rosa Chirinos, on sait désormais où ils se trouvent, mais ils sont arbitrairement maintenus en détention.
Dans le cadre de sa politique répressive, le gouvernement vénézuélien a intimidé, criminalisé et censuré des organisations et des militant·e·s de la société civile, qui travaillent dans un environnement extrêmement répressif sans accès à des droits fondamentaux tels que la santé, l’éducation ou l’accès à la nourriture. Cette combinaison mortelle a contraint un nombre sans précédent de Vénézuélien·ne·s à fuir le pays en quête de sécurité et de protection. En décembre 2024, 7,9 millions de ressortissant·e·s vénézuéliens avaient quitté le pays.
Depuis 2020, les rapports de la Mission d’établissement des faits internationale indépendante (FFM) des Nations unies sur la République bolivarienne du Venezuela ont recensé de manière exhaustive des centaines de cas d’exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires, de torture et d’autres mauvais traitements commis dans le pays depuis 2014.
La FFM a également constaté que le système judiciaire est utilisé comme un instrument de la politique de répression du gouvernement et a conclu que certains de ces crimes de droit international et violations des droits humains constituent des crimes contre l’humanité. En particulier dans un rapport publié en 2024, la FFM a indiqué avoir « des motifs raisonnables de croire que le crime de persécution a été commis en République bolivarienne du Venezuela tout au long de la période considérée ».
Depuis novembre 2021, le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale mène une enquête pénale sur la situation au Venezuela, en particulier sur les crimes contre l’humanité, notamment « [...] l’emprisonnement ou toute autre forme grave de privation de liberté physique ; la torture ; le viol et d’autres formes de violence sexuelle ; la persécution pour des motifs politiques [...] » commis par les forces de sécurité de l’État, les autorités civiles et des collectifs pro-gouvernementaux depuis au moins avril 2017.