Écrire Des manifestants pacifiques risquent la prison

Onze militants risquent d’être jugés devant un tribunal militaire et encourent jusqu’à six mois de prison et/ou une amende pour avoir pris part à des activités pacifiques destinées à attirer l’attention sur des allégations de corruption visant les pouvoirs publics. Six d’entre eux sont sous la menace d’une arrestation imminente pour ne pas s’être présentés à la police.

Le 13 janvier, le tribunal militaire de Bangkok a décerné un mandat d’arrêt à l’encontre des étudiants Sirawith Seritiwat et Chonticha Jaeng-rew, ainsi que des militants Thanet Anantawong, Korakoch Saengyenpan, Abhisit Sapnaphapan et Chanoknan Ruamsap. Il leur est reproché de ne pas s’être présentés au poste de police de la gare de Thonburi, à Bangkok, où ils étaient convoqués le 22 décembre 2015 pour avoir participé à un rassemblement politique illégal. Ces personnes, ainsi que cinq autres militants, encourent jusqu’à six mois de prison et/ou une amende d’un montant maximum de 10 000 bahts (276 dollars des États-Unis) à l’issue de ce qui serait un procès inéquitable, devant un tribunal militaire.

Les militants Kititach Suman, Wisarut Anupoonkarn, Koranok Kamda, Wijit Hanhaboon et Anon Numpa, avocat, étaient également convoqués le 22 décembre pour les mêmes raisons et se sont présentés au poste de police de la gare de Thonburi.

Ces 11 personnes faisaient partie d’un groupe de 37 militants qui avaient été détenus plusieurs heures le 7 décembre, lorsque les autorités avaient intercepté le train dans lequel ils avaient pris place pour se rendre au parc Rajabhakti, dans la province de Prachuab Khiri Khan. Ils entendaient y dénoncer les soupçons de corruption visant l’armée et les pouvoirs publics en lien avec la construction de ce parc, créé pour rendre hommage à la monarchie thaïlandaise.

Les autorités utilisent des méthodes répressives contre les militants afin d’empêcher les manifestations et la circulation sur Internet de documents faisant état d’actes de corruption dans le cadre de la réalisation du parc Rajabhakti. Ce parc a ouvert en septembre 2015 et le coût de sa construction est estimé à environ un milliard de baths thaïlandais (quelque 28 millions de dollars des États-Unis). Des militants ont été détenus au secret et des personnes qui avaient partagé les documents en ligne ont été inculpées de trahison et de crime de lèse-majesté (en vertu d’une loi qui punit les insultes ou menaces à l’égard du roi, de la reine, du prince régent et du prince héritier). Les autorités ont aussi menacé de détention plusieurs dizaines de personnes qui avaient partagé des publications à ce sujet sur Facebook ou cliqué sur « J’aime ». Elles soumettent les militants et leurs proches à des mesures de surveillance et des actes de harcèlement.

Les personnes convoquées font partie d’un groupe de 37 militants qui avaient arrêtés le 7 décembre alors qu’ils se rendaient en train au parc Rajabhakti. Tous avaient été libérés quelques heures plus tard – certains après avoir signé des conditions limitant leur liberté d’action.

Au sein de ce groupe figuraient des membres du Mouvement pour une nouvelle démocratie et de Citoyen résistant, deux mouvements nés à la suite du coup d’État militaire de 2014 pour protester contre la répression des manifestations non violentes et contre les sévères restrictions à l’exercice pacifique des droits. Les membres de ces deux groupes ont exercé à plusieurs reprises leur droit de rassemblement pacifique en organisant de petites manifestations non violentes, malgré l’interdiction par les autorités des réunions « politiques » de plus de cinq personnes instaurée par la loi martiale et le décret n° 3/2015 du Conseil national pour la paix et l’ordre (CNPO). En vertu de ce texte, ceux qui enfreignent les décrets officiels, les lois relatives à la sécurité nationale et la loi sur le crime de lèse majesté s’exposent à des poursuites devant un tribunal militaire, ce qui ne garantit pas une procédure équitable. Des dizaines de personnes ont été condamnées pour avoir exercé pacifiquement leur droit de réunion.

Sirawith Seritiwat, du Groupe d’études sur la démocratie, Anon Numpa, de Citoyen résistant, et Chonticha Jaeng-rew, du Mouvement pour une nouvelle démocratie, ont déjà été arrêtés et inculpés en 2014 et 2015 pour l’exercice non violent de leur droit à la liberté de réunion. Chonticha Jaeng-rew a été arrêtée à la suite d’une manifestation organisée le 22 mai 2015 pour le premier anniversaire du coup d’État ; elle a été blessée lorsque des policiers et des personnes en civil s’en sont pris physiquement aux étudiants, sans qu’il n’y ait eu aucune provocation de leur part. Kititach Suman a été arrêté alors qu’il lisait le roman 1984, de George Orwell, en mangeant un sandwich devant le centre commercial Siam Paragon, à Bangkok, le 22 juin 2014. Il a également été interpelé après avoir tenté, avec d’autres militants, de distribuer des tickets gratuits pour le film La Révolte, troisième volet de la trilogie Hunger Games, dont le salut à trois doigts est utilisé en Thaïlande comme symbole de la résistance à la prise du pouvoir par l’armée.

Les autorités prennent aussi des mesures pour empêcher le débat ou la diffusion de documents sur les allégations de corruption concernant le parc Rajabhakti. Le vice-commandant de la Police royale de Thaïlande a publiquement déclaré que c’était un crime de partager des publications Facebook contenant des documents jugés « illégaux » par les autorités ou de les approuver au moyen de la fonction « J’aime ». Thanet Anantawong et Thanakorn Siripaiboon (un ouvrier qui avait aussi été arrêté pour avoir cliqué sur « J’aime » à propos d’une photo du chien du roi) ont été détenus au secret pendant six jours pour avoir partagé une infographie sur les allégations de corruption concernant le parc Rajabhakti.

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