Écrire le matériel de travail saisi doit être rendu au journaliste

Le 16 juin, des agents du Service national d’enquête criminelle du Mozambique ont saisi le matériel de travail du journaliste d’investigation Estácio Valoi à son domicile de Pemba, dans la province de Cabo Delgado, dans le cadre d’une procédure pénale engagée contre lui en lien avec ses reportages sur des crimes contre l’environnement.

Le mandat de perquisition et de saisie ne fournissait aucune justification factuelle ou juridique pour la confiscation du matériel, qui n’a toujours pas été restitué à ce jour. Cette confiscation empêche Estácio Valoi d’exercer son métier et risque de compromettre la confidentialité de ses sources journalistiques.

Les autorités mozambicaines doivent immédiatement restituer le matériel personnel d’Estácio Valoi, à moins qu’elles ne démontrent devant un tribunal compétent que sa saisie prolongée est légale, nécessaire et proportionnée.

Estácio Valoi est un journaliste d’investigation mozambicain et il est le rédacteur en chef du site d’information en ligne indépendant Moz24h. Depuis plus de 10 ans, il enquête sur des crimes contre l’environnement, l’exploitation forestière illégale, la corruption et le conflit armé dans la province de Cabo Delgado. Ses articles ont contribué à un débat public sur l’exploitation des ressources nationales et sur la gouvernance environnementale au Mozambique.

Le 30 juin, l’avocat d’Estácio Valoi a officiellement demandé la restitution immédiate du matériel saisi, faisant valoir que le maintien de cette saisie était inutile et disproportionné.
Le Mozambique est partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui protègent l’un et l’autre le droit à la liberté d’expression.

Toute restriction de ce droit doit être prévue par la loi et être nécessaire et proportionnée à la réalisation d’un objectif légitime. Les normes internationales relatives aux droits humains reconnaissent également que la protection des sources confidentielles des journalistes constitue une garantie essentielle de la liberté de la presse.

Les journalistes qui couvrent le conflit et d’autres sujets sensibles dans la province de Cabo Delgado sont depuis des années en butte à des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées et d’autres formes de représailles.

En décembre 2018, Estácio Valoi a été arbitrairement arrêté par des membres des Forces armées mozambicaines alors qu’il réalisait un reportage à Cabo Delgado. Il a été libéré sans inculpation au bout de plusieurs heures, mais son matériel de travail a été confisqué.

En janvier 2019, le journaliste de radio locale Amade Abubacar a été arrêté alors qu’il interviewait des personnes déplacées par le conflit, puis détenu par les militaires pendant 12 jours sans pouvoir contacter ni sa famille ni son avocat, et il aurait subi des mauvais traitements. Il a par la suite fait l’objet de poursuites judiciaires en lien avec ses reportages.

En avril 2020, le journaliste de radio locale Ibraimo Abú Mbaruco a été soumis à une disparition forcée après avoir envoyé un SMS indiquant qu’il était encerclé par des soldats. On ignore toujours ce qu’il est advenu de lui et où il se trouve.

En janvier 2025, le journaliste Arlindo Chissale aurait été soumis à une disparition forcée après que des témoins l’ont vu être extrait d’un minibus de transport public et emmené par des hommes dont certains portaient un uniforme militaire. On ignore également ce qu’il est advenu de lui et où il se trouve.

Amnesty International a à maintes reprises réuni des informations sur des actes d’intimidation et d’autres formes de représailles visant des journalistes couvrant l’actualité à Cabo Delgado, qui contribuent à instaurer un climat de peur et qui entravent le travail journalistique indépendant dans la province.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Procureur général

Je vous écris pour vous faire part de mes préoccupations concernant les poursuites pénales engagées contre le journaliste d’investigation Estácio Valoi et la saisie de son matériel de travail.

Estácio Valoi est journaliste d’investigation et rédacteur en chef du site d’information en ligne Moz24h. Depuis plus de 10 ans, il réalise des reportages sur des crimes contre l’environnement, l’exploitation forestière illégale, la corruption et le conflit dans la province de Cabo Delgado, qui est le théâtre de violences depuis 2017.

Le 25 août 2025, il a publié une enquête portant sur 111 conteneurs contenant du bois, saisis par les autorités mozambicaines au port de Beira, qui seraient liés à l’entreprise Safi Timber.

Le 24 décembre 2025, les avocats de cette entreprise ont exigé le retrait de cet article et menacé d’intenter une action en justice.
Le 23 avril 2026, Estácio Valoi a été mis en examen à la suite d’une plainte pénale pour diffamation déposée par l’entreprise Safi Timber.

Le 29 juin, le tribunal provincial de Cabo Delgado a confirmé qu’une action en justice était en cours contre Estácio Valoi, sans toutefois révéler la nature de l’infraction visée par l’enquête.

Le 16 juin 2026, des agents du Service national d’enquête criminelle ont perquisitionné son domicile à Pemba et saisi son ordinateur portable, deux téléphones portables et une tablette.

Le mandat de perquisition n’aurait pas indiqué les motifs factuels ou juridiques justifiant la saisie. Le 26 juin, Estácio Valoi s’est conformé à une demande du parquet et a déverrouillé ses appareils. Plus de deux semaines se sont depuis écoulées et les autorités ne lui ont toujours pas restitué son matériel.

Il est également préoccupant de savoir qu’Estácio Valoi a signalé que l’un de ses appareils a apparemment été utilisé pour accéder à son compte de messagerie électronique sans son autorisation. Les autorités n’ont pas répondu publiquement à ces allégations.

La saisie prolongée du matériel de travail d’Estácio Valoi l’empêche d’exercer son activité journalistique, porte atteinte à la confidentialité de ses sources journalistiques et soulève des inquiétudes quant à l’utilisation de procédures pénales pour entraver des activités légitimes de journalisme d’investigation portant sur des questions d’intérêt public.

Je vous prie de restituer immédiatement à Estácio Valoi son matériel de travail, à moins qu’un tribunal compétent ne juge, par une décision motivée, que sa saisie prolongée est légale, strictement nécessaire et proportionnée.

Tout accès à ses appareils électroniques et tout examen de ceux-ci doit faire l’objet d’une autorisation judiciaire préalable distincte, être fondé sur des faits clairement définis et une infraction pénale prévue par la législation, et garantir pleinement la confidentialité des sources et des documents journalistiques.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération.

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