Défenseur des droits humains âgé de 49 ans, Ali Wazir a été député à l’Assemblée nationale de 2018 à 2023. Il a été arrêté à Peshawar le 16 décembre 2020 pour sédition et pour avoir prononcé, selon les allégations, des discours contre les institutions de l’État à Karachi. Il a été maintenu en détention pendant plus de deux ans et libéré le 14 février 2023, après avoir obtenu l’acquittement dans une affaire et une libération sous caution dans trois affaires similaires. Il a de nouveau été interpellé en août 2023 en compagnie de membres du Mouvement de protection pachtoune (PTM) et d’Imaan Mazari-Hazir, avocate spécialiste des droits humains.
Il a été relâché quelques mois plus tard. Ali Wazir a dénoncé ouvertement les forces talibanes au Pakistan, et sa famille est la cible de violences perpétrées par des militants, qui ont coûté la vie à son père, à deux de ses frères, à deux de ses oncles et à trois de ses cousins. En juin 2018, Ali Wazir aurait été victime d’une tentative d’assassinat à Wana, dans le Waziristan-Sud, à l’approche des élections générales. Cette attaque a coûté la vie à deux membres du Mouvement de protection pachtoune (PTM).
Ali Wazir est un haut responsable du Mouvement de protection pachtoune (PTM), mouvement citoyen de défense des droits civils de la province de Khyber Pakhtunkhwa, qui traite des questions d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées, ainsi que des discriminations et des violences ciblant la minorité pachtoune. La Commission d’enquête gouvernementale sur les disparitions forcées a indiqué qu’en novembre 2025, elle avait enquêté sur 10 718 cas dans tout le pays ; la majorité de ces cas, à savoir 3 674, provenaient de la province de Khyber Pakhtunkhwa. L’organisation de la société civile Défense des droits humains a recensé 60 cas de disparitions forcées en 2025.
Depuis sa création, le Mouvement de protection pachtoune (PTM) fait l’objet d’une intense répression de la part des autorités pakistanaises, de nombreux membres étant détenus illégalement et soumis à des disparitions forcées. En octobre 2024, il a été désigné comme organisation interdite et inscrit sur la première annexe de la Liste des organisations proscrites de la Loi antiterroriste.
En mars 2026, la haute cour de Peshawar a rejeté une requête contestant cette interdiction et invité le groupe à saisir la commission de révision du gouvernement fédéral afin d’obtenir sa levée. Une demande en ce sens est actuellement en cours d’examen, et aucune décision finale n’a été prise au moment où nous publions cette Action urgente.
Ali Wazir a été arrêté le 4 août 2024 en lien avec un accident de voiture dans la capitale, Islamabad. Tout de suite après, il a été poursuivi dans le cadre de trois affaires distinctes pour des accusations ayant trait à cet accident, à savoir « brutalités » sur la personne de policiers et possession de drogues.
Il a obtenu une libération sous caution dans ces trois affaires un mois plus tard. Cependant, il n’a pas été libéré, mais transféré à la prison de Rawalpindi, dans la province du Pendjab, au titre de deux ordonnances consécutives de détention préventive en vertu de l’Ordonnance sur le maintien de l’ordre public (MPO), qui permet de détenir quelqu’un sans inculpation ni jugement pendant 90 jours.
Par la suite, il a été transféré à Gujrat et Bhakkar, dans la province du Pendjab, en vertu de trois ordonnances distinctes. Puis il a été transféré à Sargodha et maintenu en détention dans le cadre d’une affaire liée à un vol à main armée présumé.
En décembre 2024, Ali Wazir a été transféré à Gadani, une ville de la province du Baloutchistan, et incarcéré dans le cadre d’une affaire intentée contre lui en 2023. Il a pu bénéficier d’une libération sous caution, mais n’a pas été remis en liberté car il était détenu dans le cadre d’une affaire de terrorisme dans la même ville. Après avoir obtenu sa libération sous caution dans cette deuxième affaire, il a été transféré à Chowki et placé en détention en vertu de deux Ordonnances sur le maintien de l’ordre public (MPO).
En février 2025, il a été transféré dans une prison de la province du Sind, où il est détenu depuis. Au départ, il avait été placé en détention dans le cadre d’une affaire de terrorisme à Sukkur. Il avait obtenu une libération sous caution, mais les autorités locales ont émis une ordonnance de détention, empêchant ainsi sa libération. Il a ensuite été transféré à Naushero Feroze, puis à Nawabshah, dans le cadre de deux affaires distinctes concernant des discours qu’il aurait prononcés par liaison vidéo alors qu’il était déjà détenu.
Le 10 mars 2026, une chambre de la haute cour du Sind à Hyderabad a accordé à Ali Wazir une libération sous caution dans la dernière affaire en cours et estimé qu’il n’existait aucune preuve à charge contre lui ni aucun fondement légal justifiant son maintien derrière les barreaux.
Cependant, sa libération a été retardée pour des raisons administratives et il est finalement sorti de la prison centrale de Sukkur le 16 mars. Moins de quatre heures après, il était de nouveau arrêté. On est resté sans nouvelles de lui pendant près de deux jours, faisant craindre une disparition forcée. Il a été présenté devant un tribunal antiterroriste à Naushero Feroze le 18 mars, son équipe d’avocats ayant déposé deux requêtes distinctes.
Au cours de l’audience, les autorités ont révélé qu’un procès-verbal introductif avait été enregistré environ une heure avant sa nouvelle arrestation, le 16 mars, accusant Ali Wazir d’avoir tenu des propos incitant à la « haine » et à la violence contre les institutions de l’État. Il a plus tard été renvoyé en détention provisoire. Par la suite, deux autres procès-verbaux introductifs ont été enregistrés aux postes de Dadu et Jamshoro, portant sur des allégations sensiblement similaires.