Azat Miftakhov est un mathématicien russe, ancien étudiant de troisième cycle au Département de Mécanique et Mathématique de l’Université d’État de Moscou, et un militant anarchiste. Il a été arrêté le 1er février 2019 lors d’une vague de répression visant des personnes qui seraient liées au mouvement anarchiste. Azat Miftakhov a indiqué que la police l’a menacé de violences sexuelles et lui a infligé des violences physiques afin de lui extorquer des « aveux », en utilisant notamment un tournevis.
Des preuves médicales auraient corroboré des signes de violences. Il a été détenu au secret pendant près de deux jours, en violation de la législation russe et des normes internationales, ce qui l’a exposé à un fort risque de torture et de mauvais traitements.
Les chefs d’accusation initiaux retenus contre Azat Miftakhov concernaient des allégations de fabrication ou de détention d’un engin explosif improvisé, qui aurait été découvert en janvier 2018 dans une zone boisée près de Balachikha, en périphérie de Moscou. Faute de preuves, ces accusations ont par la suite été abandonnées, mais dès qu’il a été relâché (six jours plus tard), il a été replacé en détention sur la base de nouvelles accusations en vertu de l’article 213-2 du Code pénal de la Fédération de Russie (« complot d’un groupe de personnes en vue de commettre des actes de hooliganisme ») en lien avec un autre incident, au cours duquel plusieurs individus ont brisé la vitre d’un bureau du parti au pouvoir, Russie unie, et lancé un fumigène à l’intérieur, sans causer de blessures ni de dégâts importants.
L’affaire intentée contre lui reposait principalement sur des preuves contestables, notamment des témoignages anonymes et des liens circonstanciels minces. Malgré ses dénégations constantes et les déclarations de coaccusés ayant plaidé coupable, qui indiquaient qu’il n’était pas impliqué, il a été reconnu coupable le 18 janvier 2021 et condamné à six ans d’emprisonnement.
Les poursuites intentées contre lui sont largement perçues comme étant motivées par des considérations politiques et liées à son militantisme et à ses opinions jugées divergentes.
En mai 2023, des membres des autorités auraient divulgué des photos intimes le désignant comme une personne LGBTI aux autres détenus. Ils ont ainsi violé sa vie privée, mais l’ont aussi exposé à de graves risques de violences au sein du système carcéral, ce que ne pouvaient ignorer ces responsables.
Azat Miftakhov devait être libéré le 4 septembre 2025, mais a de suite été ré-arrêté lorsqu’il a quitté la colonie pénitentiaire et inculpé de « justification du terrorisme » en vertu de l’article 205.2 du Code pénal, sur la base de propos qu’il aurait tenus en détention, ce qu’il dément. Le 28 mars 2024, il avait été condamné à passer quatre ans supplémentaires dans une colonie pénitentiaire, dans le cadre de ce qui relève d’une pratique de répression visant à prolonger à répétition la détention des personnes incarcérées pour des motifs politiques.
La peine prononcée contre Azat Miftakhov par le tribunal excédait d’une année les réquisitions du parquet.
Le 21 avril 2026, afin de purger cette peine, il a été transféré à la colonie pénitentiaire n° 18, surnommée « Hibou polaire », dans le district autonome de Iamalo-Nénétsie (Iamalie), l’une des institutions carcérales les plus reculées de Russie, jumelle de la colonie pénitentiaire n° 3, surnommée « Loup polaire », où est mort le prisonnier d’opinion Alexeï Navalny.
Peu après son arrivée, il aurait subi des actes de torture et des mauvais traitements, et aurait notamment été roué de coups, soumis à des décharges électriques et menacé de viol, semble-t-il par des gardiens et des détenus agissant sur leurs instructions.
Ces allégations font écho à des préoccupations de longue date quant au recours à la torture et autres formes de mauvais traitements dans les lieux de détention en Russie et à l’absence d’obligation de rendre des comptes pour de tels agissements.