Écrire Un militant de premier plan agressé en prison

Éminent militant politique et ancien porte-parole du Mouvement de la jeunesse du 6 avril, Mohamed Adel observe une grève de la faim depuis le 7 décembre 2025 pour protester contre sa détention arbitraire, qui dure depuis juin 2018.

En septembre 2023, le tribunal correctionnel d’Aga, dans le gouvernorat de Daqahliya, l’a condamné à quatre ans de prison pour des accusations forgées de toutes pièces, notamment « appartenance à un groupe illégal ».

Les autorités ont refusé de le remettre en liberté, lors même qu’il a passé plus de sept ans derrière les barreaux, car il est visé par des investigations sur des accusations tout aussi fallacieuses dans le cadre d’autres affaires, découlant toutes de l’exercice pacifique de ses droits fondamentaux.

D’après les informations recueillies par Amnesty International, le 10 janvier 2026, certains détenus incarcérés dans la prison du Dixième jour de ramadan l’ont agressé et ont tenté de l’étrangler, sans que les gardiens n’interviennent.

Il est privé des soins médicaux adaptés aux multiples problèmes de santé dont il souffre, notamment des douleurs thoraciques, une déchirure du ligament du genou et une luxation de l’épaule.

Mohamed Adel a été arrêté une première fois le 19 décembre 2013, en compagnie d’autres militant·e·s, pour des accusations en lien avec sa participation à des manifestations non autorisées, en violation de la Loi n° 107 de 2013 relative aux manifestations. Il a été condamné à une peine de trois ans de prison, suivie de trois ans de mise à l’épreuve sous surveillance de la police, ainsi qu’à une amende de 50 000 livres égyptiennes (environ 900 euros). Il a été libéré en janvier 2017 et placé sous surveillance quotidienne de la police, de 18 heures à 6 heures du matin.

Le 19 juin 2018, il a de nouveau été interpellé lorsqu’il s’est présenté au poste d’Aga, dans le gouvernorat de Daqahliya. Accusé d’« appartenance à un groupe illégal » et de « diffusion de fausses nouvelles », il a été placé en détention dans le cadre de l’affaire n° 5606, district d’Aga, ville de Mansoura, gouvernorat de Daqahliya.

Peu après, il a été visé par des accusations analogues dans le cadre de l’affaire n° 4118 de 2018 à Sherbin, dans le gouvernorat de Daqahliya. En 2020, il a été convoqué par le service du procureur général de la sûreté de l’État et inculpé d’accusations similaires dans le cadre de l’affaire n° 467 de 2020. Il a passé deux ans et sept mois en détention provisoire jusqu’à ce que sa libération soit ordonnée le 27 janvier 2021, contre une caution de 10 000 livres égyptiennes (environ 180 euros). Cependant, les forces de sécurité ont refusé de le libérer.

Il a été maintenu en détention illimitée sans procès au-delà de la durée maximale légale de la détention provisoire fixée à deux ans, par le biais de la pratique abusive communément appelée « rotation ». Il a passé deux ans et sept mois supplémentaires en détention provisoire jusqu’à ce qu’il soit déféré devant un tribunal dans le cadre de l’affaire n° 2981 de 2023 et condamné à quatre ans d’emprisonnement, le 2 septembre 2023.

Au lendemain de son arrestation en juin 2018, Mohamed Adel a été incarcéré à la prison de Mansoura, dans le gouvernorat de Daqahliya. En mai 2022, il a été transféré à la prison de très haute sécurité de Gamassa, également située dans le gouvernorat de Daqahliya, après la démolition de la prison de Mansoura. Le 31 décembre 2024, il a été transféré de la prison de Gamassa, où il était privé d’accès à une nourriture suffisante, à celle du Dixième jour de ramadan (Section 4).

Les autorités pénitentiaires ont permis à sa famille de lui rendre visite une fois par mois, ainsi que lors de visites occasionnelles exceptionnelles accordées au moment des fêtes nationales ou religieuses. Mohamed Adel s’est vu refuser à plusieurs reprises l’accès à des soins médicaux adéquats en prison, ainsi que son transfert vers des hôpitaux extérieurs pour y subir des examens et recevoir des traitements qui ne sont pas dispensés en prison. Il n’a bénéficié d’un examen médical qu’une seule fois depuis son arrestation en 2018, lorsque les autorités de la prison de très haute sécurité de Gamassa l’ont transféré en août 2024 à l’hôpital général de Mansoura pour plusieurs problèmes de santé, notamment une déchirure du ligament et une accumulation de liquide au niveau du genou.

D’après un rapport médical qu’il a été autorisé à consulter pendant son séjour à l’hôpital, son état nécessite une opération de prothèse du genou, qui lui a été refusée. Selon son épouse, il souffre également d’atrophie musculaire et d’une luxation au niveau de l’épaule. En outre, il souffre de douleurs thoraciques non diagnostiquées. Il présente également une décoloration brun foncé des ongles, qui sont cassants, et ce pour une cause inconnue, les autorités n’ayant pas pris l’initiative de l’orienter vers un examen médical. Son état de santé s’est gravement détérioré du fait de la grève de la faim qu’il observe depuis le 7 décembre 2025 ; il a perdu beaucoup de poids.

En 2024 et 2025, les autorités carcérales ont empêché Mohamed Adel de passer ses examens de troisième cycle universitaire, en tant qu’étudiant en droit public affilié à l’Université de Mansoura.

Le 20 janvier 2026, le militant Ahmed Douma a été interpellé sans mandat à son domicile, au Caire, visiblement à titre de représailles pour avoir exprimé sa solidarité à l’égard de Mohamed Adel en ligne et avoir demandé à ce que les responsables de l’agression dont il aurait été victime en prison rendent des comptes. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a interrogé Ahmed Douma pendant plus de 12 heures avant de le libérer sous caution pour la somme de 100 000 livres égyptiennes (environ 1 800 euros).

J'agis

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Monsieur le Procureur,

Je vous écris afin de vous faire part de ma vive inquiétude au sujet du maintien en détention arbitraire de Mohamed Adel, militant politique de premier plan et ancien porte-parole du Mouvement de la jeunesse du 6 avril. Arrêté en juin 2018 en lien avec l’exercice pacifique de ses droits humains, il a par la suite été poursuivi dans le cadre de multiples affaires pour des accusations similaires, notamment « appartenance à un groupe illégal » et diffusion de « fausses nouvelles ». Le 2 septembre 2023, un tribunal d’Aga, à Mansoura, l’a condamné à quatre ans de prison dans le cadre de l’affaire n° 2981 de 2023 pour diffusion de « fausses nouvelles » sur les réseaux sociaux, en lien avec des publications s’opposant à ce que l’Égypte contracte des emprunts auprès du Fonds monétaire international (FMI).

Les autorités carcérales l’ont ensuite informé que la période qu’il avait passée en détention provisoire ne serait pas décomptée dans le calcul de sa peine, qui ne commencerait qu’à partir du jour du verdict, fixant ainsi sa date de libération potentielle au 2 septembre 2027.

Le 15 janvier 2026, la famille et les avocats de Mohamed Adel ont déposé une plainte officielle auprès du parquet, réclamant une enquête sur ses allégations d’agression en prison. Lors d’une visite au parloir le 14 janvier, Mohamed Adel a raconté à sa femme que des détenus l’avaient frappé, avaient tenté de l’étrangler en lui serrant le cou et avaient menacé de le tuer le 10 janvier, lorsque des gardiens l’avaient sorti de sa cellule ; ces derniers ne sont absolument pas intervenus.

Sa femme a confirmé avoir vu des ecchymoses sur son genou droit et des marques de strangulation sur son cou. Lorsque la famille a publiquement annoncé avoir déposé plainte, le ministère de l’Intérieur a publié une déclaration le 15 janvier 2026, niant que Mohamed Adel ait été agressé. Le 19 janvier, le procureur général du parquet d’appel de Mansoura a interrogé sa femme et son père en lien avec cette plainte. Depuis lors, aucune information n’a été divulguée sur l’avancement de l’enquête.

La santé de Mohamed Adel s’est dégradée depuis qu’il a entamé une grève de la faim le 7 décembre 2025 pour protester contre le refus des autorités de le libérer, alors qu’il a purgé sa peine. Il est privé des soins médicaux dont il a besoin, notamment de la possibilité de consulter des spécialistes pour les divers problèmes de santé qu’il a développés depuis son incarcération, notamment une déchirure du ligament du genou, une atrophie musculaire de l’épaule et des douleurs thoraciques.

Les autorités pénitentiaires l’empêchent également de faire de l’exercice dehors et de profiter de la lumière du soleil. Le 10 février, son épouse s’est vue refuser un droit de visite sans aucune explication ; les autorités pénitentiaires lui ont enjoint de revenir le 14 février.

Je vous prie de libérer Mohamed Adel immédiatement et sans condition, et d’abandonner toutes les accusations portées contre lui, car il est détenu uniquement pour avoir exercé ses droits fondamentaux.

Dans l’attente de sa libération, je vous demande de veiller à ce qu’il soit détenu dans des conditions respectant les normes internationales et puisse communiquer avec sa famille et ses avocats, et consulter des professionnels de santé qualifiés, afin de bénéficier de soins conformes à l’éthique médicale et respectant notamment les principes de confidentialité, d’autonomie et de consentement éclairé.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de ma haute considération.

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