Du 25 août au 1er septembre 2025, l’Indonésie a connu l’une des plus grandes vagues de contestation depuis la transition démocratique du pays en 1998. Des manifestations ont eu lieu à Djakarta et dans au moins 15 provinces pour protester contre les politiques publiques largement perçues comme nocives pour l’espace civique et contre la dégradation des conditions sociales et économiques.
Au lieu de faciliter les rassemblements pacifiques, les autorités ont réagi en recourant à une force excessive, à des arrestations massives et à des poursuites pénales. Amnesty International a constaté que des centaines de manifestant·e·s, d’étudiant·e·s et de militant·e·s avaient fait l’objet d’enquêtes ou de poursuites uniquement pour avoir participé aux manifestations ou exprimé leur soutien envers celles-ci.
Parmi eux figuraient notamment sept militants – Delpedro Marhaen Rismansyah, Muzaffar Salim, Khariq Anhar, Syahdan Husein, Wawan Hermawan, Saiful Amin et Shelfin Bima Prakosa – qui ont été arrêtés séparément entre août et septembre 2025 mais tous poursuivis au titre de la Loi relative à l’information et aux transactions électroniques pour des discours, des publications de réseaux sociaux ou d’autres activités pacifiques en lien avec les manifestations.
Le 6 mars, le tribunal de district de Djakarta-Centre a relaxé Delpedro Marhaen Rismansyah, Muzaffar Salim, Khariq Anhar et Syahdan Husein de toutes les charges retenues contre eux, en estimant que le parquet n’avait pas réussi à étayer ses accusations d’incitation à la violence, de diffusion de fausses informations, de discours haineux ou d’exploitation de personnes mineures. Le juge a rétabli leurs droits et souligné que le droit pénal ne devait pas être utilisé pour sanctionner l’expression politique non violente.
Ces quatre militants ont été libérés après avoir passé près de sept mois de détention. Cependant, le parquet a formé un pourvoi en cassation devant la Cour suprême, qui n’a pas encore statué sur ce dossier.
Le 7 avril, le même tribunal de district de Djakarta-Centre a condamné Wawan Hermawan à sept mois d’emprisonnement pour avoir republié l’image modifiée créée par Khariq Anhar. Amnesty International Indonésie a critiqué cette décision en soulignant son incohérence avec les relaxes prononcées dans l’affaire connexe. Wawan Hermawan a depuis été libéré après avoir purgé sa peine.
Dans une autre affaire, le tribunal de district de Kediri (province de Java-Est) a rendu deux jugements contradictoires le 28 avril. Saiful Amin a été relaxé après que le juge a reconnu que ses actions relevaient de l’exercice de la liberté d’expression. En revanche, Shelfin Bima Prakosa a été déclaré coupable d’incitation à la violence et condamné à quatre mois d’emprisonnement pour sa participation à la même manifestation.
Amnesty International Indonésie a dénoncé l’incohérence entre ces deux décisions, révélatrice du traitement inégal des manifestant·e·s pacifiques. Les deux hommes sont désormais libres, mais le parquet a fait appel de la relaxe de Saiful Amin.
Ces cas montrent que les autorités indonésiennes continuent d’utiliser des dispositions vagues du Code pénal et de la Loi relative à l’information et aux transactions électroniques pour rendre passible de poursuites l’exercice des libertés d’expression et de réunion pacifique. Même si, parmi les sept militants poursuivis, six ne sont plus en détention, Khariq Anhar fait encore l’objet d’un procès et le parquet continue de contester les relaxes de Delpedro Marhaen Rismansyah, Muzaffar Salim, Syahdan Husein et Saiful Amin, ce qui prolonge leur incertitude juridique et entraîne un effet paralysant sur l’exercice des libertés fondamentales.