Écrire Un militant vietnamien placé en détention risque d’être expulsé

Le 6 mars, la police thaïlandaise de l’immigration a arrêté le militant vietnamien Le Chi Thanh et l’a envoyé au centre de détention des services de l’immigration de Suan Phlu, à Bangkok.

Le Chi Thanh est un ancien policier qui s’est servi des réseaux sociaux pour dénoncer la corruption et les comportements répréhensibles au sein du secteur de la sécurité publique du Viêt-Nam.

En 2021 et 2022, il a été condamné au total à une peine de cinq ans de prison pour des accusations forgées de toutes pièces, ayant exprimé pacifiquement ses opinions sur des questions sociales et politiques.

Une fois libéré, il est entré légalement en Thaïlande et a obtenu un permis de travail par la suite. Les autorités thaïlandaises ont affirmé que son permis avait expiré après l’annulation de son passeport par les autorités vietnamiennes. Le Chi Thanh n’a pas été informé de cette annulation avant d’être arrêté.

S’il est renvoyé de force au Viêt-Nam, il risque de subir des violations, notamment des actes de torture et des mauvais traitements.

Le Chi Thanh doit être libéré immédiatement et sans condition.

En avril 2021, Le Chi Thanh a été arrêté pour avoir « résisté à des policiers dans l’exercice de leurs fonctions », au motif qu’il aurait opposé une résistance aux agents lors d’un contrôle routier à Thu Duc. Le Chi Thanh diffusait en direct une vidéo des policiers qui stoppaient sa voiture ; son arrestation semblait motivée par des considérations politiques, du fait de son militantisme. Il a été condamné à deux ans de prison en janvier 2022.

Plus tard, en juin 2022, il a été condamné à une peine de prison supplémentaire de trois ans pour « abus des libertés démocratiques dans le but de porter atteinte aux intérêts de l’État, et aux droits et intérêts légitimes des citoyens », en vertu de l’article 331 du Code pénal vietnamien, en raison de ses publications sur Facebook critiquant les autorités du pays.

Lors de son audience, Le Chi Thanh a déclaré avoir été torturé pendant sa détention provisoire dans le but de lui extorquer des aveux ; les policiers l’auraient notamment battu et suspendu par les bras et les jambes pendant sept jours. En novembre 2022, des experts de l’ONU ont adressé une lettre au gouvernement vietnamien, afin d’évoquer les préoccupations au sujet de ces actes de torture. Son cas fait écho aux précédentes conclusions d’Amnesty International, selon lesquelles les prisonniers·ères d’opinion, notamment les défenseur·e·s des droits humains, sont en butte à des risques systémiques de torture et de mauvais traitements en détention.

Des experts de l’ONU ont déjà mis en évidence la pratique selon laquelle des responsables vietnamiens rendent visite à des réfugiés montagnards et hmongs détenus dans des centres de rétention thaïlandais afin de les pousser à retourner « volontairement » au Viêt-Nam. Ce qui soulève de vives inquiétudes quant à la capacité et à la volonté de la Thaïlande de garantir une protection efficace aux réfugié·e·s vietnamiens, qui demeurent particulièrement exposés aux intimidations et aux pressions exercées par les autorités vietnamiennes.

Des organisations de la société civile et des experts de l’ONU ont pointé à plusieurs reprises la coopération croissante entre les autorités thaïlandaises et vietnamiennes s’agissant de réprimer les dissident·e·s. Leurs préoccupations sont renforcées par une série de faits très inquiétants, notamment la disparition forcée de militant·e·s thaïlandais au Viêt-Nam en janvier 2019, l’enlèvement du blogeur Truong Duy Nhat en Thaïlande plus tard ce même mois, et la disparition forcée du journaliste vietnamien indépendant Duong Van Thai en avril 2023.

Plus récemment, en février 2026, les autorités thaïlandaises ont renvoyé de force au Viêt-Nam Y Quynh Bdap, militant autochtone montagnard, mettant en lumière le durcissement de la répression transnationale.

L’article 13 de la Loi relative à la prévention et la répression de la torture et de la disparition forcée interdit aux autorités de renvoyer, d’expulser ou d’extrader une personne vers un pays tiers s’il existe des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’y être soumise à la torture, à des traitements cruels ou inhumains, ou à une disparition forcée. D’autre part, la Thaïlande est partie à la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, qui contraint légalement la Thaïlande à adhérer au principe de non-refoulement.

Ainsi, la Thaïlande est tenue de protéger immédiatement Le Chi Thanh et de veiller à ce qu’il ne soit pas renvoyé au Viêt-Nam, où il court un risque sérieux d’être persécuté, torturé ou soumis à des mauvais traitements.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Premier ministre,

Je vous écris afin de vous faire part de ma vive préoccupation concernant le militant vietnamien anti-corruption Le Chi Thanh, interpellé par la police de l’immigration le 6 mars et actuellement détenu au centre de détention des services de l’immigration de Suan Phlu, à Bangkok. Il risque d’être expulsé vers le Viêt-Nam de manière imminente.

Le Chi Thanh est un ancien policier qui s’est servi des réseaux sociaux pour dénoncer la corruption et les comportements répréhensibles au sein du secteur de la sécurité publique du Viêt-Nam. En 2021 et 2022, il a été condamné au total à une peine de cinq ans de prison pour des accusations forgées de toutes pièces, pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions sur des sujets de société et de politique. Une fois libéré, il est entré légalement en Thaïlande et a obtenu un permis de travail. Les autorités thaïlandaises affirment que son permis a expiré après l’annulation de son passeport par les autorités vietnamiennes. Le Chi Thanh n’a jamais été informé de cette annulation avant d’être arrêté. Aujourd’hui, il est réfugié en Thaïlande.

Je suis préoccupé·e par les informations selon lesquelles les autorités thaïlandaises ont permis à des membres de l’ambassade vietnamienne de rendre visite à Le Chi Thanh au centre de détention. Cette visite semble s’inscrire dans une pratique déjà observée dans de nombreux cas, à savoir que des agents vietnamiens ont pu rendre visite à des demandeurs·euses d’asile et réfugié·e·s vietnamiens détenus dans des centres thaïlandais afin de les pousser à retourner « volontairement » au Viêt-Nam.

Par ailleurs, je suis consterné·e par le témoignage de Le Chi Thanh, qui affirme avoir été torturé par des policiers pendant sa détention provisoire au Viêt-Nam en 2021, notamment frappé et suspendu par les bras et les jambes, après avoir été arrêté en raison de l’exercice de son droit à la liberté d’expression. Ces informations pointent un risque réel et grave de nouvelles violations des droits humains, notamment de torture et de mauvais traitements, que Le Chi Thanh risque de subir s’il est renvoyé au Viêt-Nam.

Monsieur le Premier ministre, je vous prie instamment de :

  ne pas renvoyer de force Le Chi Thanh au Viêt-Nam, conformément à l’obligation internationale absolue incombant à la Thaïlande en matière de non-refoulement, à la Convention des Nations Unies contre la torture et à la loi nationale relative à la torture et aux disparitions forcées ;

  libérer immédiatement Le Chi Thanh et veiller à ce que lui-même et les autres demandeurs·euses d’asile bénéficient d’un examen exhaustif, efficace et équitable de leur demande d’asile et de leur réinstallation ;

  ne pas autoriser les visites de responsables vietnamiens à des détenus vietnamiens dont la procédure d’asile est en cours, sans leur consentement et sans qu’ils en aient fait la demande, car cela peut constituer une menace, une intimidation ou une contrainte visant à pousser les réfugié·e·s et les demandeurs·euses d’asile à retourner au Viêt-Nam contre leur gré ;

  veiller, en attendant sa libération, à ce que Le Chi Thanh soit traité conformément à l’Ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus (règles Nelson Mandela), protégé contre la torture et les mauvais traitements, et bénéficie d’une assistance juridique et des soins médicaux dont il a besoin.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma haute considération.

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