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Monsieur le Procureur,
Je vous écris afin d’exprimer mes vives préoccupations au sujet de la détention arbitraire prolongée de la défenseure des droits humains Marwa Arafa, 33 ans, maintenue en détention provisoire depuis près de six ans, uniquement pour avoir exercé ses droits fondamentaux, notamment en apportant un soutien aux familles de personnes détenues pour des raisons politiques. Le 20 avril 2020, les forces de sécurité ont fait une descente au domicile de Marwa Arafa, à Nasr City, au Caire, et l’ont arrêtée devant sa fille de deux ans, provoquant un grave traumatisme chez la fillette, aggravé par l’incarcération prolongée de sa mère.
Les forces de sécurité ont soumis Marwa Arafa à une disparition forcée pendant 14 jours, tandis que sa famille recherchait désespérément des informations sur le lieu où elle se trouvait et le sort qui lui avait été réservé, en faisant notamment appel aux services du procureur et au ministre de l’Intérieur. Le 4 mai 2020, elle a comparu devant le service du procureur général de la sûreté de l’État, dans le cadre de l’affaire n° 570, et a été interrogée au sujet d’accusations infondées : avoir « rejoint un groupe terroriste et financé le terrorisme ».
Depuis, la détention provisoire de Marwa Arafa a été renouvelée en violation de la législation égyptienne, qui fixe une limite maximale de deux ans. En décembre 2024, elle a été déférée devant les tribunaux aux côtés de 38 personnes pour des accusations de terrorisme forgées de toutes pièces, découlant de ses activités militantes pacifiques. Ses droits à un procès équitable ont été bafoués, notamment son droit à une défense adéquate. Les autorités carcérales de la prison du Dixième jour de ramadan lui refusent la possibilité de communiquer avec son avocat. Sa prochaine audience a été fixée au 15 février 2026.
L’état de santé de Marwa Arafa s’est fortement détérioré à la suite de son incarcération inique. Selon sa mère, en août 2025, elle a souffert d’une embolie pulmonaire en raison de la chaleur extrême et d’une anémie sévère. Elle n’était pas en mesure de se déplacer toute seule et souffrait de difficultés respiratoires. Malgré cela, elle a été renvoyée dans sa cellule, après une seule nuit passée à la clinique de la prison, sans que son diagnostic et son traitement ne soient finalisés. Selon un médecin indépendant consulté par sa famille, Marwa Arafa a besoin d’un écho-doppler cardiaque et d’une échographie, et ces examens ne peuvent pas être réalisés à la clinique de la prison. Le service du procureur général de la sûreté de l’État a rejeté les multiples demandes de sa famille et de son avocat quant à son transfert vers un établissement médical approprié en dehors de la prison.
Je vous demande de libérer immédiatement et sans condition Marwa Arafa, et d’abandonner toutes les charges retenues contre elle, car elle est détenue uniquement pour avoir exercé ses droits humains. En attendant sa libération, elle doit être détenue dans des conditions conformes aux normes internationales relatives au traitement des prisonniers et avoir accès à des soins de santé adéquats, y compris dans des hôpitaux extérieurs si nécessaire, et pouvoir s’entretenir avec sa famille et ses avocats.
Veuillez agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de ma très haute considération.
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