Écrire Des militants arrêtés pour avoir enqueté sur des usines de chaussures

Trois défenseurs des droits des travailleurs qui enquêtaient secrètement sur les conditions de travail dans les usines de l’entreprise Huajian, qui produisent des chaussures pour la marque Ivanka Trump, notamment, ont été appréhendés fin mai par les autorités à Ganzhou (province du Jiangxi). Les médias d’État ont annoncé qu’ils avaient été placés en « détention criminelle » et qu’ils faisaient l’objet d’une enquête.
Le 30 mai, les médias ont signalé que Deng Guilian, l’épouse du défenseur des droits des travailleurs Hua Haifeng, avait reçu un appel téléphonique du bureau de la Sécurité publique de la province du Jiangxi, qui lui avait indiqué que son mari avait été placé en détention pour « surveillance illégale ». Hua Heifeng travaillait en collaboration avec China Labor Watch (CLW), une organisation dont le siège est à New York et qui mène des recherches sur les conditions de travail dans les chaînes d’approvisionnement des grandes multinationales. La dernière enquête de CLW portait sur les conditions de travail chez Huajian, l’un des plus grands fabricants de chaussures au monde, qui produit pour les marques Ivanka Trump, Coach et Nine West, entre autres. Par ailleurs, deux autres syndicalistes, Li Zhao et Su Heng , ont été portés disparus ; on pense qu’ils ont eux aussi été placés en détention.
Le 6 juin, le journal d’État The Paper (Le Journal) a indiqué que, selon la police, les trois hommes avaient été placés en « détention criminelle » pour « utilisation illégale de matériel ou de dispositifs spéciaux pour réaliser des prises de son ou des prises de vues photographiques secrètes ». Selon The Paper, les trois hommes ont « avoué » travailler sous couverture dans le but de recueillir des informations sur les conditions de travail et les secrets internes de l’entreprise et de fournir ces informations à des organisations étrangères afin de percevoir de l’argent.
L’avocat de Hua Haifeng, qui a pu rencontrer son client le 6 juin, a déclaré à Bloomberg que l’affaire était traitée par l’unité de la Sécurité nationale du bureau de la Sécurité publique.
Deng Guilian, qui a pris publiquement la défense de son mari, a indiqué que son domicile avait été placé sous surveillance. Elle reçoit régulièrement la visite d’agents de la Sûreté de l’État, et elle est suivie par des inconnus lorsqu’elle sort de chez elle.

Le 17 mai, Bloomberg a indiqué que China Labor Watch (CLW) avait envoyé une lettre à Ivanka Trump pour l’exhorter à améliorer les conditions de travail dans les usines qui produisent sa ligne de chaussures. Selon Bloomberg, CLW a affirmé que les ouvriers devaient travailler 12 heures et demie par jour, six jours par semaine, et qu’ils n’avaient aucune formation à la sécurité, alors qu’ils travaillaient avec des huiles et des colles.

D’après le New York Times, Hua a tenté de se rendre à Hong Kong le 25 mai afin de rencontrer le directeur exécutif de CLW et un journaliste du New York Times, mais il s’est vu refuser la permission d’entrer à Hong Kong. On lui a ensuite dit de s’adresser à la police, qui l’a informé qu’elle savait qu’il enquêtait sur les usines de l’entreprise Huajian. Hua est ensuite rentré à Ganzhou, où il a finalement été placé en détention.

Le 5 juin, un porte-parole du Département d’État des États-Unis a appelé à la libération des syndicalistes. Cependant, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que « les autres pays n’[avaient] en aucun cas le droit de s’immiscer dans notre souveraineté et notre indépendance judiciaires ».

Ces dernières années, la Chine a promulgué une loi et des réglementations destinées à protéger les droits des travailleurs, mais elles ne sont guère appliquées. Selon le Bureau national des statistiques de Chine (BNS), en 2016, 35 % seulement des 281 millions de travailleurs migrants employés comme domestiques en Chine avaient un contrat de travail. Dans le même temps, les syndicats indépendants sont interdits et la Fédération nationale des syndicats chinois (FNSC), gérée par l’État, est la seule organisation autorisée à représenter les travailleurs en Chine. Les syndicats affiliés à la FNSC au niveau de l’entreprise sont souvent contrôlés par la direction des usines, ce qui leur laisse peu de marge de manœuvre pour protéger les intérêts des travailleurs.

Ces dernières années, les autorités, de plus, ont durci leur attitude vis-à-vis des ONG qui défendent les droits des travailleurs. En décembre 2015, les autorités de la province du Guangdong ont ainsi mené une campagne de répression à l’égard de ces ONG, prenant pour cible au moins 33 personnes – 31 ont été relâchées par la suite. Après avoir été privé du droit de consulter un avocat, le militant des droits du travail Zeng Feiyang a été condamné début octobre à une peine de trois ans d’emprisonnement assortie d’un sursis courant sur quatre ans. Un autre défenseur des travailleurs, Meng Han, a été condamné à un an et neuf mois de prison le 3 novembre 2016. Très souvent, les centres de détention, dans un premier temps, n’ont pas autorisé les personnes placées en détention à consulter un avocat, au motif qu’il s’agissait d’affaires « mettant en danger la sécurité nationale ».

Ces dernières années, une série de lois sur la sécurité nationale, constituant une sérieuse menace pour la protection des droits humains, ont été promulguées en Chine. La Loi sur la gestion des ONG étrangères a ainsi créé des obstacles supplémentaires à l’exercice, déjà restreint, des droits aux libertés de réunion et d’association pacifiques et d’expression. Officiellement censée réglementer et même protéger les activités des ONG étrangères, elle a transféré au ministère de la Sécurité publique – chargé du maintien de l’ordre – la responsabilité de superviser l’enregistrement de ces ONG, de surveiller leur fonctionnement et d’approuver leurs activités en amont. Elle a également rendu passible de poursuites toute activité entre partenaires étrangers et ONG nationales chinoises ou particuliers chinois non expressément approuvée par les autorités.

La grande liberté laissée à la police dans la supervision et la gestion des activités des ONG étrangères a accru le risque que cette loi soit utilisée de manière abusive pour intimider et poursuivre en justice des défenseurs des droits humains et des employés d’ONG. Pendant la période de consultation, Amnesty International a présenté à l’État chinois un document (disponible en chinois et en anglais) dans lequel elle l’exhortait à retirer le projet de loi ou à le modifier sur le fond de manière à ce qu’il soit compatible avec le droit international relatif aux droits humains et les normes connexes (voir https://www.amnesty.org/en/documents/asa17/1776/2015/en/).

Nom : Hua Haifeng
Homme

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