Atajurt (également connu sous le nom de Nagyz Atajurt – « La vraie patrie ») est un mouvement de défense des droits humains qui réunit des informations et attire l’attention sur les cas de violations des droits humains des Kazakhs, des Ouïghours et d’autres minorités turques dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine. Ce mouvement et ses membres ont fait l’objet de pressions répétées de la part des autorités kazakhes, notamment avec des arrestations, des détentions administratives et de poursuites pénales.
Dans le cas présent, tout a commencé par une manifestation pacifique organisée le 13 novembre 2025 près de la frontière entre le Kazakhstan et la Chine, dans la région d’Almaty. Les protestataires, qui pour beaucoup étaient des Kazakhs originaires de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, demandaient la libération d’un citoyen kazakh détenu en Chine depuis juillet 2025.
Les militant·e·s ont dans un premier temps écopé de sanctions administratives, notamment des amendes et des détentions de courte durée. Cependant, peu après, à la suite d’une plainte diplomatique déposée par le consulat chinois à Almaty, les autorités ont ouvert une enquête pénale contre les 19 participant·e·s au titre de l’article 174 du Code pénal du Kazakhstan pour « incitation à la discorde ethnique ou nationale ».
Le 13 avril 2026, le tribunal de Taldykorgan a déclaré ces 19 personnes coupables. Onze d’entre elles ont été condamnées à cinq ans d’emprisonnement et les huit autres à une « restriction des libertés », une peine non privative de liberté qui les place sous la surveillance de l’État et restreint divers aspects de leur vie quotidienne. Les 19 militant·e·s ne seront en outre pas autorisés à participer à des activités publiques ou politiques pendant trois ans à l’issue de leur peine. Le 9 juin 2026, les condamnations ont été confirmées en appel.
La situation de certaines de ces personnes est particulièrement préoccupante, leur état de santé s’étant apparemment dégradé depuis leur incarcération. Tursynbek Kabi souffre d’une importante perte d’audition causée par la torture, notamment les coups qu’il a subis lors de sa détention au Xinjiang en 2018. Il souffre également de douleurs chroniques, de problèmes de mobilité et il a besoin d’un appareillage auditif.
Des sympathisant·e·s de cet homme ont dit que les demandes visant à remplacer son emprisonnement par une assignation à résidence pour raisons de santé ont été rejetées.
Batyrbek Baigazy souffre de graves problèmes de vue et a besoin de toute urgence d’une intervention chirurgicale ophtalmologique. Yerbol Nurlybayev souffre d’une grave maladie rénale touchant ses deux reins et a besoin de soins médicaux spécialisés.
Deux femmes ont échappé à l’emprisonnement immédiat, car elles ont de jeunes enfants. L’une d’elles est Nazigul Maksutkhan, qui milite au sein d’Atajurt et qui est une défenseure des droits humains. Pendant la procédure judiciaire, Nazigul Maksutkhan était enceinte et elle avait initialement été placée en résidence surveillée. À la suite de sa condamnation, sa peine de quatre ans et huit mois d’emprisonnement a été suspendue et remplacée par une peine non privative de liberté, car elle s’occupe de son enfant.
Les poursuites engagées contre les 19 militant·e·s d’Atajurt s’inscrivent dans le contexte des pressions exercées sur les membres d’Atajurt, leurs sympathisant·e·s et leurs proches au Kazakhstan. En juin 2026, les autorités ont arrêté Batikha Bilashkyzy, la sœur de Serikzhan Bilash, fondateur du mouvement Atajurt. Elle a apparemment été arrêtée pour des motifs politiques, ce qui a fait craindre que les autorités ne s’en prennent aux proches des membres d’Atajurt à titre de représailles, à cause de leurs liens avec ce mouvement.
En avril 2026, les autorités ont empêché les proches de membres d’Atajurt emprisonnés de se rendre à Astana, la capitale, pour une réunion à l’ambassade des États-Unis.