L’Iran accueille depuis 40 ans un des plus larges groupes de personnes réfugiées et en quête d’asile au monde. Selon le HCR, en 2022, on recensait plus de 4,5 millions d’Afghan·e·s en Iran, et au moins un million d’entre eux ont fui vers l’Iran depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, notamment des défenseur·e·s des droits humains, des militantes et des manifestantes, des journalistes et d’autres opposant·e·s.
Les Afghan·e·s se trouvant en Iran, qu’il s’agisse de personnes arrivées récemment, vivant dans le pays depuis des décennies, ou nées en Iran de parents afghans, risquent d’être exposés à des discriminations généralisées, en droit et en pratique, prenant notamment la forme d’obstacles entravant leur accès à l’éducation, au logement, à l’emploi, aux soins de santé et aux services bancaires, et les empêchant de bénéficier du droit de circuler librement. Ils sont par ailleurs confrontés à un climat généralisé de racisme et de xénophobie, alimenté par des discours de haine et se traduisant par des actes de violence contre eux de la part d’acteurs étatiques et non étatiques restant souvent impunis.
Les lois iraniennes n’offrent pas de voie fiable vers la naturalisation, sauf par le mariage avec un·e citoyen·ne iranien ou dans quelques autres circonstances exceptionnelles.
En conséquence, la plupart des Afghan·e·s résidant en Iran conservent une situation précaire au regard de la législation relative à l’immigration, même après avoir vécu dans le pays pendant des décennies, et leurs enfants, bien qu’ils soient nés en Iran, ne se voient pas automatiquement accorder la nationalité iranienne.
Jusqu’en mars 2025, plusieurs millions d’Afghan·e·s avaient été autorisés à faire temporairement légaliser leur séjour en Iran en obtenant un document de « recensement » (bargeh-e sarshomari). Les personnes auxquelles ce document a été délivré pouvaient accéder à des services socio-économiques limités, notamment au système de santé publique, à l’éducation publique, à un permis de travail, à des services bancaires et à la possibilité de souscrire un bail de location.
Le 12 mars 2025, le Centre iranien pour les étrangers et les affaires d’immigration, qui relève du ministère de l’Intérieur, a annoncé que les documents de « recensement » des Afghan·e·s expireraient automatiquement dès le début de l’année 1404 du calendrier iranien (soit le 20 mars 2025) et que l’accès à tous les services socio-économiques serait supprimé. Au cours des mois suivants, les autorités iraniennes ont déclaré leur intention de renvoyer en Afghanistan, avant le mois de juin 2025, les Afghan·e·s dont les documents de « recensement » avaient expiré. Entre le 1er juin et le 10 juillet 2025, les autorités iraniennes ont expulsé au moins 546 000 personnes, dont 5 000 « mineur·e·s non accompagnés et séparés » en juin 2025.
Amnesty International a recueilli les témoignages de sept Afghan·e·s démontrant les violations systématiques commises par les autorités iraniennes à l’égard de cette population par le biais d’expulsions accélérées. Un Afghan qui se trouvait encore en Iran lorsqu’il s’est entretenu avec Amnesty International début juillet 2025 a déclaré qu’il n’avait pas pu inscrire ses enfants à l’école publique car leurs documents de « recensement » avaient expiré, et qu’il ne pouvait pas quitter librement son domicile pendant la journée par crainte d’être arrêté arbitrairement et expulsé. Il a déclaré : « J’ai l’impression d’être assigné à résidence. Je ne sors que la nuit pour marcher un peu. Je dors pendant la journée pour passer le temps. »
Il a ajouté que sa carte SIM ne fonctionnait plus et que, comme il avait fui en Iran après la prise du pouvoir par les talibans en 2021, il risquait que ceux-ci le soumettent à une arrestation arbitraire en raison de son ancien travail dans les médias en Afghanistan. S’il était arrêté en Afghanistan, il pourrait être victime de graves violations des droits humains.
D’autres personnes qui se sont entretenues avec Amnesty International ont été contraintes de quitter l’Iran en raison de l’expiration de leurs documents de « recensement ». Elles ont déclaré que les autorités iraniennes leur avaient facturé des frais exorbitants pour leur transfert forcé vers l’Afghanistan, et qu’elles avaient également été contraintes à payer des impôts locaux pour chacun des membres de leur famille, avant d’être envoyées à la frontière afghane, sous peine d’être placées en détention arbitraire si ces frais n’étaient pas acquittés.
Après l’escalade des hostilités entre Israël et l’Iran le 13 juin 2025, les responsables iraniens, qui ont toujours qualifié les Afghan·e·s d’« étrangers » ou de « ressortissants non autorisés », ont intensifié les discours racistes, xénophobes et déshumanisants à l’égard de cette communauté. Ils ont appelé à plusieurs reprises à un « nettoyage » rapide des « ressortissants étrangers », leur ordonnant de quitter l’Iran, les désignant comme boucs émissaires pour les échecs du gouvernement sur le terrain de la protection sociale, et leur imputant la responsabilité des tensions qui pèsent sur l’éducation publique, les soins de santé publics et le secteur de l’emploi.
Les autorités ont par ailleurs porté des accusations non fondées contre des Afghan·e·s, les accusant d’« espionnage » pour le compte d’Israël. Au moins cinq personnes identifiées comme afghanes ont été arrêtées depuis le 14 juin 2025 sur la base d’accusations de ce type, et les médias d’État ont diffusé les « aveux » forcés d’au moins quatre de ces hommes.
Amnesty International a recensé des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires, des actes de torture et des mauvais traitements, des disparitions forcées et des crimes de guerre sous le régime taliban. Les talibans ont privé les femmes et les filles de presque tous leurs droits, y compris l’accès à l’éducation au-delà de l’école primaire, et l’accès au travail.
Cette situation, associée à la torture et aux mauvais traitements, aux disparitions forcées et à la privation de liberté visant les femmes et les filles, constitue un crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre.
L’Afghanistan est le seul État au monde où les femmes et les filles sont interdites d’accès à l’éducation au-delà de l’école primaire. Les talibans ont également imposé des restrictions contre les minorités religieuses et ethniques.