Richard Jordan a été jugé et condamné à mort pour la première fois en 1976 en vertu de la loi du Mississippi de 1974 relative à la peine capitale, qui prévoyait l’application automatique de ce châtiment à toute personne reconnue coupable d’un meurtre passible de la peine de mort.
La Cour suprême du Mississippi a déterminé que cette loi était inconstitutionnelle après l’arrêt de juillet 1976 prononcé par la Cour suprême des États-Unis, invalidant les régimes de condamnation à la peine capitale obligatoire. Richard Jordan a été rejugé en 1977 en vertu d’une nouvelle loi et a encore été condamné à mort. Cette sentence a été annulée, de même qu’une autre prononcée en 1983, avant que Richard Jordan ne soit de nouveau condamné à la peine capitale en 1998, peine qui a maintenant été appliquée.
En 1978, la Cour suprême du Mississippi avait rejeté l’argument selon lequel la condamnation à mort prononcée contre lui en 1977 violait la clause Ex Post Facto de la Constitution américaine, qui interdit les lois rétroactives. Les avocats ont fait valoir que la seule peine conforme à la Constitution pour un meurtre, toutes catégories confondues, dans le Mississippi au moment du crime de janvier 1976 était la réclusion à perpétuité.
La Cour suprême du Mississippi a toutefois estimé que les modifications apportées à la législation de cet État en 1976 afin qu’une condamnation à mort soit conforme à la Constitution « concernaient la procédure et non le fond ». Cependant, dans des arrêts rendus sur d’autres affaires en 2023 et 2024, la Cour suprême du Mississippi, selon les propos des avocats de Richard Jordan concernant l’arrêt de 1978, « a bouleversé plus de 40 ans de jurisprudence, annulé plus de 1 500 affaires et transformé la manière dont la Cour comprend les concepts de séparation des pouvoirs et de droit positif ».
En conséquence, « dans le Mississippi, tout ce qui était de l’ordre de la procédure relève désormais du droit positif ». À la lumière de ces éléments, les avocats ont fait valoir que l’arrêt de 1978 de la Cour suprême de l’État, qui rejetait l’interdiction de la rétroactivité, était fondé sur un raisonnement erroné.
En mai 2025, la Cour suprême du Mississippi a déterminé que la demande était prescrite et sujette à des restrictions sur les appels successifs, bien que l’un des juges ait fait état de son désaccord. Les avocats ont demandé une nouvelle audience, qui leur a été refusée le 12 juin 2025, sur la base de l’opinion dissidente de ce même juge. Richard Jordan a formé un recours auprès de la Cour suprême des États-Unis pour qu’elle examine la demande concernant le caractère rétroactif. La Cour suprême a rejeté cette requête le 25 juin 2025 sans émettre de commentaire.
Le 24 juin 2025, la cour d’appel du cinquième circuit des États-Unis a rejeté un recours contestant la constitutionnalité du protocole d’injection létale du Mississippi. Depuis juillet 2022, la législation du Mississippi autorise quatre méthodes d’exécution - l’injection létale, l’asphyxie à l’azote, l’électrocution et le peloton d’exécution - et permet aux responsables de l’administration pénitentiaire de choisir la méthode qu’ils « préfèrent ».
Pour l’injection létale, qui est actuellement la méthode « privilégiée », l’équipe d’exécution injecte trois substances - un anesthésique, un paralysant chimique et un troisième médicament pour arrêter le cœur. Notant que la Cour suprême des États-Unis a déclaré que les « sursis de dernière minute » aux exécutions « devraient être l’exception absolue », et qu’elle n’a jamais considéré qu’une méthode d’exécution était « cruelle et inhabituelle » au point d’être inconstitutionnelle, le collège de juges du cinquième circuit a refusé d’accorder un sursis. Le 25 juin, la Cour suprême des États-Unis a refusé d’intervenir.
Le gouverneur Tate Reeves a expliqué sur Facebook : « la presse et d’autres personnes m’ont posé de nombreuses questions cette semaine [au sujet de l’exécution prochaine de Richard Jordan], et je veux que mes concitoyens du Mississippi sachent clairement ce qu’il en est ». Il a ajouté qu’il avait examiné le recours en grâce, mais que l’exécution aurait lieu comme prévu. Il a conclu que « justice doit être rendue - et dans le Mississippi - justice sera rendue ». L’exécution a eu lieu peu après 18 heures, heure locale.
Dans une déclaration, ses avocats ont indiqué que Richard Jordan avait « reçu le statut de travailleur de niveau supérieur en prison, une position de confiance accordée aux détenus pour bonne conduite et à condition qu’aucun rapport d’infraction n’ait été ajouté à leur dossier depuis une longue période. Richard Jordan était un mentor pour les autres détenus et était connu pour atténuer les conflits entre les autres détenus. » Ils ont conclu en déclarant : « Richard a passé chaque jour à essayer de se racheter pour son crime. Jusqu’à son dernier jour, il n’a cherché qu’à aider les autres ».
Le Mississippi a procédé à 24 des 1 632 exécutions menées aux États-Unis depuis 1976. Il y a eu 25 exécutions cette année, par injection létale, azote gazeux et peloton d’exécution. Ces exécutions ont eu lieu dans 10 États (Alabama, Arizona, Floride, Indiana, Louisiane, Mississippi, Oklahoma, Caroline du Sud, Tennessee et Texas).
Amnesty International s’oppose catégoriquement à la peine de mort, en toutes circonstances.