Les 10 Nubiens d’Égypte détenus sont : Adel Ibrahim Faqir (chef de la communauté nubienne de Riyadh), Farjallah Ahmed Youssef (ancien chef de la communauté nubienne de Riyadh), Jamal Abdullah Masri (président de l’Association du village nubien de Dhamit, à Riyadh), Mohamed Fathallah Gomaa, Sayyed Hashem Shater, Ali Gomaa Ali Bahr, Saleh Gomaa Ahmed, Abdulsalam Gomaa Ali Bahr, Abdullah Gomaa Ali et Wael Ahmed Hassan Ishaq (membre de l’Association du village nubien de Thomas).
Ces 10 hommes ont été arrêtés une première fois le matin d’un événement qu’ils avaient prévu d’organiser le 25 octobre 2019 pour commémorer la guerre israélo-arabe de 1973. Des membres des forces de sécurité saoudiennes les ont interrogés, en leur reprochant de ne pas avoir mis la photo du président égyptien, Abdel Fattah al Sissi, sur l’affiche annonçant l’événement, aux côtés d’autres généraux de l’armée égyptienne. Le 25 décembre 2019, ils ont été libérés, avec interdiction de quitter le territoire dans l’attente des suites de la procédure. Des manifestations similaires avaient eu lieu les années précédentes en Arabie saoudite sans représailles contre la communauté nubienne.
Ils ont été placés au secret, sans pouvoir communiquer avec leur famille ni avec leur avocat, pendant les deux premiers mois de leur détention. C’est lors de leur première audience devant le Tribunal pénal spécial, le 10 novembre 2021, qu’ils ont vu leur avocat pour la première fois, alors qu’ils étaient détenus depuis près de 16 mois. Au cours de la deuxième audience, qui s’est déroulée le 24 janvier 2022, l’avocat de la défense a présenté un dossier comportant des allégations indiquant que les « aveux » formulés par ces hommes avaient été obtenus sous la contrainte. Le parquet a contesté ce paragraphe et le juge a ordonné que l’avocat le modifie.
Le Tribunal pénal spécial a condamné Mohammad Fathallah Gomaa à 18 ans de prison, tandis que les autres hommes ont été condamnés à des peines allant de 10 à 16 ans de prison. Le 6 septembre 2025, le Tribunal pénal spécial a réduit les peines de huit des 10 hommes. On ignore si de nouvelles condamnations ont été prononcées contre les deux autres accusés, Jamal Abdullah Masri et Abdulsalam Gomaa Ali Bahr, qui étaient absents durant le procès.
L’ethnie nubienne est un groupe minoritaire en Égypte et au Soudan. Ses membres sont depuis longtemps marginalisés et victimes de discrimination en raison de leur identité culturelle, ethnique et linguistique. En 1964, le gouvernement égyptien a chassé des milliers de Nubien·ne·s de leurs terres dans le sud de l’Égypte pour construire le barrage d’Assouan, qui a causé l’inondation de plusieurs villages nubiens et entraîné d’autres déplacements.
La population nubienne déplacée s’est réinstallée dans d’autres régions. Une grande partie a migré dans les pays du golfe Persique, notamment en Arabie saoudite, pour chercher du travail. Pour préserver sa culture et son héritage, la diaspora nubienne a créé des associations culturelles et sociales. Pendant plusieurs décennies, les associations nubiennes ont fonctionné normalement en Arabie saoudite, se consacrant exclusivement à des activités culturelles et sociales, sans faire de politique.
Depuis le début des années 2000, cependant, les revendications de militantes et militants nubiens en faveur d’un retour sur leurs terres ancestrales et d’une indemnisation ont pris de l’ampleur. L’article 236 de la Constitution égyptienne de 2014 a prévu pour la première fois la mise en œuvre d’un plan de développement global pour les régions marginalisées, dont la Nubie, avec la participation des habitant·e·s locaux, en vue de préserver leur héritage. Une coalition de 40 associations nubiennes a été formée à Riyadh au début de l’année 2020 pour appeler le président égyptien, Abdel Fattah al Sissi, à appliquer l’article 236 et à permettre le retour des Nubien·ne·s sur leurs terres.
Le Tribunal pénal spécial d’Arabie saoudite tient systématiquement des procès d’une iniquité flagrante aboutissant à des condamnations très sévères, dont des peines de prison allant jusqu’à 34 ans suivies d’interdictions de voyager tout aussi longues et même des condamnations à mort, et sert d’instrument politique pour réprimer l’opposition.