Écrire Les « 16 de nyatsime » doivent être libérés et toutes les charges retenues contre eux doivent être abandonnées

Seize hommes, connus sous le nom des « 16 de Nyatsime », parmi lesquels deux parlementaires de l’opposition, ont été arrêtés en juin pour avoir mené des actions de contestation lors des obsèques d’une militante de l’opposition, pour dénoncer l’homicide de celle-ci.

Ils ont été inculpés d’incitation publique à la violence, une infraction passible d’une longue peine de prison, dont la durée est souvent laissée à la discrétion des magistrats.

Ils sont détenus depuis plus de 130 jours sans avoir fait l’objet d’un procès et leurs demandes de libération sous caution ont été refusées à de nombreuses reprises. Ils attendent leur procès, qui doit s’ouvrir en novembre.

Les autorités du Zimbabwe doivent abandonner toutes les accusations motivées par des considérations politiques retenues contre les « 16 de Nyatsime » et les libérer immédiatement.

Le 24 mai 2022, Moreblessing Ali, une militante du principal parti d’opposition, la Coalition des Citoyens pour le Changement (CCC), a été enlevée au centre commercial de Chibhanguza, à Nyatsime, dans la ville dortoir de Chitungwiza, située à 22 km de Harare, la capitale du Zimbabwe. Le ravisseur présumé, identifié par des personnes qui se trouvaient au centre commercial, est un militant connu du parti au pouvoir, la ZANU-PF. Le 11 juin, le corps mutilé de Moreblessing Ali a été retrouvé dans un puits chez un sympathisant de la ZANU-PF. Les sympathisant·e·s de la ZANU-PF ont rapidement nié la motivation politique de l’enlèvement et de l’homicide de Moreblessing Ali et ont qualifié les faits de « relation ayant mal tourné ».

Job Sikhala, député membre de la CCC qui a été arrêté 67 fois au total pour des accusations motivées par des considérations politiques sans jamais être déclaré coupable, a dirigé les recherches de Moreblessing Ali et a été désigné comme avocat par sa famille. Il a mobilisé des appels en faveur de la justice, qui ont été considérés comme une provocation par des sympathisant·e·s de la ZANU-PF. Un conseiller de la ZANU-PF a déclaré que les personnes assistant aux obsèques n’étaient pas supposées se réunir à Nyatsime en mémoire de la mort de Moreblessing Ali, bien que ce soit l’endroit où celle-ci vivait.

Le 14 juin, après les obsèques de Moreblessing Ali, des affrontements ont éclaté entre des membres de la ZANU-PF et de la CCC, et ont entraîné des destructions de biens privés. Job Sikhala et Godfrey Sithole, un autre député de la CCC, ont été arrêtés et inculpés d’« incitation à la violence ou à la violence publique », sous le prétexte qu’ils auraient fait des déclarations incitant à la violence et fourni des véhicules pour conduire des sympathisant·e·s de la CCC des villes de Chitungwiza et Epworth vers Nyatsime. S’ils sont déclarés coupables, ils encourent une longue peine de prison, dont la durée est souvent laissée à la discrétion du magistrat.

Le 14 juillet, Job Sikhala a été inculpé d’« entrave à la justice », au titre de l’article 184(1) (e) de la Loi de réforme et de codification du droit pénal, une infraction passible d’une amende et/ou d’une peine de prison pouvant atteindre six mois. Job Sikhala est accusé d’avoir publié des vidéos sur YouTube et sur un site d’informations en ligne indiquant que Moreblessing Ali avait été enlevée et tuée par des sympathisant·e·s de la ZANU-PF, ce qui aurait induit la police en erreur pendant son enquête.

Les deux hommes se sont vu refuser la libération sous caution à plusieurs reprises, notamment le 19 octobre dernier pour Job Sikhala. Les tribunaux ont indiqué que les deux hommes seraient jugés en novembre 2022. Parallèlement, les 14 autres hommes n’ont pas encore été informés de la date de leur procès. Les avocats de Job Sikhala et de Godfrey Sithole ont demandé que les documents nécessaires leur soient remis et qu’une date précise soit fixée pour le procès, afin de pouvoir se préparer. Le tribunal a ordonné aux procureurs de transmettre les documents, mais ils ne l’ont à ce jour pas fait, ce qui a conduit les avocats à demander que les procureurs soient poursuivis pour entrave à la justice. Le 14 juillet, les avocats de Job Sikhala ont déposé une requête en récusation contre le président du tribunal en charge des accusations d’entrave à la justice, l’accusant de partialité.

L’affaire a une nature hautement politique et on craint que Job Sikhala ait été empoisonné en détention, après qu’il a indiqué ne pas se sentir bien et déclaré qu’il avait reçu des informations de sympathisant·e·s du parti au pouvoir selon lesquelles le plan était de l’empoissonner en prison. Certains responsables du parti au pouvoir ont indiqué sur les réseaux sociaux qu’ils « allaient veiller à ce que Job Sikhala ne soit pas libéré de prison. »

Job Sikhala (50 ans) est un député de la circonscription de Zengeza-Ouest représentant la CCC et est également avocat. Godfrey Sithole (40 ans) est député de la circonscription de Chitungwiza-Nord.

Shopa (41 ans) vit à Chitungwiza. Il a été arrêté car son véhicule a été vu sur la route de Nyatsime le jour où les affrontements ont eu lieu pour les obsèques.

Clever Sibanda (37 ans), Ephrage Gwavava (35 ans) et Robert Madzokere (30 ans), tous militants de la CCC, ont été arrêtés un mois après les faits, après avoir été mis en cause par des personnes qui savaient qu’ils étaient militants de la CCC.

Emmanuel Muradzikwa (38 ans) est chauffeur de poids lourds. Il ne se trouvait pas à Nyatsime le jour en question, mais a été mis en cause en raison de son lien avec des chauffeurs qui avaient été embauchés pour les obsèques.

Zecks Makoni (54 ans), Enock Tsoka (39 ans), Shepherd Bulakasi (40 ans) et Tatenda Pindahama (43 ans) sont des chauffeurs qui avaient été embauchés pour conduire les personnes assistant aux obsèques de Moreblessing Ali. Ils affirment qu’ils ne se trouvaient pas sur le lieu où les violences se sont produites.

Zephania Chinembiri (45 ans) et Roan Tsoka (39 ans) ont été arrêtés simplement parce qu’ils sont propriétaires des véhicules utilisés pour conduire les personnes assistant aux obsèques.
Zephania Chinembiri ne se trouvait pas à Nyatsime le jour des faits.

Misheck Guzha (62 ans), Precious Jeche (41 ans) et Odious Makoma (42 ans) ont été arrêtés après avoir signalé à la police que leurs biens avaient été endommagés pendant les affrontements. Ils n’assistaient pas aux obsèques.

Felix Biri, qui vit également à Nyatsime, a été enlevé le 30 septembre par des partisans de la ZANUF-PF et torturé avant d’être arrêté et inculpé de participation à des violences publiques, en lien avec les violences de juin. Il a été libéré sous caution le 17 octobre.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Président de la République,

Je vous écris pour vous faire part de ma vive préoccupation quant à la détention illégale des responsables politiques de l’opposition Job Sikhala et Godfrey Sithole, et de 14 autres hommes, qui sont tous détenus sans avoir bénéficié d’un procès.

Job Sikhala et Godfrey Sithole sont membres du principal parti d’opposition du Zimbabwe : la Coalition des Citoyens pour le Changement (CCC). Le 14 juin 2022, ils ont été arrêtés à Nyatsime, dans la ville de Chitungwiza, à 22 km de Harare, après avoir assisté aux obsèques de Moreblessing Ali. Militante politique, Moreblessing Ali avait été portée disparue pendant trois semaines avant que l’on retrouve son corps sans vie et mutilé le 11 juin. Les deux députés, ainsi que 14 autres hommes qui ont également été arrêtés et sont détenus arbitrairement, parmi lesquels trois militants de la CCC et cinq chauffeurs qui conduisaient des personnes qui assistaient aux obsèques, dont certains ne se trouvaient même pas sur les lieux de l’infraction présumée, ont été inculpés d’« incitation à la violence » en raison d’affrontements lors des obsèques entre des membres du parti au pouvoir, la ZANU-PF, et des membres de la CCC, qui ont entraîné des destructions de biens privés. Ces hommes sont connus collectivement sous le nom des « 16 de Nyatsime ».

Ces accusations motivées par des considérations politiques portées contre les 16 hommes et le refus persistent du tribunal de première instance (puis, en appel, de la haute cour) de leur accorder une libération sous caution présentent toutes les caractéristiques d’une manœuvre des autorités zimbabwéennes pour persécuter et réduire au silence des opposants réels ou présumés du parti au pouvoir.

C’est pourquoi je vous demande :
• de libérer immédiatement et sans condition Job Sikhala, Godfrey Sithole et les 14 autres hommes, de garantir leur sécurité à leur retour chez eux et de veiller à ce qu’ils soient protégés des actions abusives du parti au pouvoir ;
• d’abandonner toutes les poursuites engagées contre eux et de veiller à ce qu’ils ne soient pas menacés, intimidés, harcelés ou arrêtés ;
• de mettre fin à la pratique consistant à détourner le système pénal pour intimider, harceler et persécuter les militant·e·s et les opposant·e·s réels ou présumés du parti au pouvoir.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération.

VOS APPELS : Anglais, Shona. Vous pouvez également écrire dans votre propre langue.


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