Le Centre de recherche et d’éducation populaire / Programme pour la paix (CINEP/PPP) est une organisation colombienne de défense des droits humains et groupe de réflexion dont le siège se trouve à Bogotá. Depuis 1972, année de sa fondation par les Jésuites, le CINEP/PPP est l’une des principales organisations qui rassemblent des informations sur la violence politique en Colombie, la dénoncent et défendent les droits fondamentaux.
Le CINEP/PPP a lui-même subi cette violence politique. Régulièrement depuis de nombreuses années, il fait l’objet de menaces et d’attaques visant à intimider ses membres et à gêner leur travail en faveur des droits humains. En 1997, deux chercheurs du CINEP/PPP, Mario Calderón et Elsa Alvarado, ont été tués à Bogotá. Près de 30 années après, la Fiscalía General de la Nación (organe de l’État qui déclenche la procédure pénale, mène l’enquête et prononce l’inculpation) a qualifié cette attaque de crime contre l’humanité, mais elle reste impunie malgré des informations crédibles pointant la responsabilité d’agents de l’État et de forces paramilitaires dans cette affaire.
En tant qu’organisation de défense des droits humains et groupe de réflexion, le CINEP a toujours concentré ses actions sur les régions et populations touchées par la violence armée, la discrimination et la privation de droits fondamentaux en Colombie. Il travaille notamment dans le « bouchon du Darién » et le bassin du fleuve Atrato, deux régions du département du Chocó, sur la côte Pacifique de la Colombie.
Cette zone est depuis longtemps caractérisée par la présence de groupes armés, dont des mouvements de guérilla et des paramilitaires. Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, les groupes paramilitaires collaborant avec l’Armée colombienne ont été à l’origine de déplacements forcés massifs et d’autres graves atteintes aux droits humains dénoncés par Amnesty International à l’époque.
Les forces paramilitaires ont déposé les armes au milieu des années 2000, tandis que les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP), un groupe de guérilla, ont maintenu une forte présence dans le département du Chocó jusqu’à leur propre démobilisation au début de l’année 2017, à la suite de l’Accord de paix de 2016.
En 2017, Amnesty International a alerté à plusieurs reprises sur des actes violents touchant la population civile, notamment les communautés indigènes et afro-colombiennes, commis à la fois par des groupes paramilitaires dissidents et par l’Armée de libération nationale (ELN), un autre groupe de guérilla.
Ces groupes ont comblé le vide laissé par la démobilisation des FARC-EP, révélant l’incapacité de l’État à tenir ses engagements de protection et de non-répétition dans le cadre de l’Accord de paix de 2016, qui a été soulignée par Amnesty International dans un rapport intitulé The Years of Solitude Continue. Colombia : the Peace Agreement and Guarantees of Non-Repetition in Chocó.
Depuis, de multiples entités allant d’institutions comme le bureau du défenseur des droits à diverses organisations de la société civile, dont Amnesty International, ont dénoncé les exactions commises par des groupes armés tels que les Forces d’autodéfense gaïtanistes de Colombie, groupe composé de paramilitaires dissidents et devenu Armée gaïtaniste de Colombie (EGC), également appelé Clan du Golfe.
Le 25 juin 2025, le CINEP a publié son dernier rapport en date sur la situation en Colombie, dans lequel sont mis en évidence le contrôle territorial exercé par l’EGC dans le département du Chocó et sa tentative de reconfiguration du pouvoir local au détriment des communautés indigènes et afro-colombiennes.
Depuis, le CINEP a été visé par plusieurs déclarations stigmatisantes et intimidantes de la part de ce groupe armé, qui participe à des négociations publiques avec le gouvernement colombien. De nombreuses organisations de la société civile et le bureau de la défenseure des droits ont condamné ces déclarations menaçantes.