Écrire Peine d’emprisonnement pour Alexeï Navalny

Le 2 février, un tribunal russe a décidé d’emprisonner d’Alexeï Navalny, célèbre opposant et militant anticorruption, pendant deux ans et huit mois pour « manquement aux obligations de sa mise à l’épreuve ».

Des dizaines de milliers de personnes se sont jointes à des manifestations régulières pour exprimer leur soutien à Alexeï Navalny, et des milliers d’entre elles ont été arrêtées arbitrairement et soumises à des mauvais traitements.

Alexeï Navalny doit être libéré immédiatement et sans condition.

Alexeï Navalny est un homme politique russe et un militant anticorruption. Il fait partie des voix les plus célèbres qui s’élèvent pour critiquer les autorités russes et a créé la Fondation anticorruption (connue sous le sigle FBK en Russie), qui a mené des enquêtes sur des cas de corruption concernant des hauts responsables ainsi que des politiciens et hommes d’affaires de premier plan en Russie. Alexeï Navalny et nombre de personnes employées par la FBK ou collaborant avec elle ont fait l’objet de représailles, notamment d’accusations pénales et administratives forgées de toutes pièces, de descentes de police et de perquisitions au domicile, de violences physiques et de conscription militaire sélective.

En 2014, Alexeï Navalny a été déclaré coupable d’accusations de fraude motivées par des considérations politiques et condamné à une peine de trois ans et six mois d’emprisonnement avec sursis, assortie d’une mise à l’épreuve. La Cour européenne des droits de l’homme a statué par la suite que cette condamnation était arbitraire et manifestement déraisonnable (Navalny c. Russie, n° 101/15, § 83, 5 mars 2018), et qu’en maintenant Alexeï Navalny à résidence pendant 10 mois avant sa condamnation, les autorités russes avaient poursuivi un but inavoué, à savoir supprimer le pluralisme politique (Navalny c. Russie (N° 2), § 98, n° 43734/14). La Cour suprême de Russie a ordonné la tenue d’un nouveau procès, qui n’a pas pris en compte des violations des droits humains mises en évidence par la Cour européenne des droits de l’homme et a confirmé la déclaration de culpabilité et la peine initiales.

Le 20 août 2020, l’état de santé d’Alexeï Navalny s’est fortement dégradé au cours d’un vol reliant Tomsk (Sibérie) à Moscou. Le 22 août, à la demande pressante de sa famille et après une vigoureuse campagne nationale et internationale en sa faveur, Alexeï Navalny, dans le coma, a été transféré à Berlin, en Allemagne, pour y être soigné. Vladimir Poutine a par la suite affirmé qu’il était intervenu personnellement pour autoriser ce transfert. Alexeï Navalny s’est peu à peu rétabli en Allemagne et a quitté l’hôpital pour poursuivre sa convalescence.

Des experts de plusieurs pays ont conclu qu’Alexeï Navalny avait été empoisonné au moyen d’un agent neurotoxique de type Novitchok. Pourtant, et bien que des représentants d’Alexeï Navalny aient tenté à maintes reprises d’obtenir l’ouverture d’investigations pénales pour empoisonnement présumé, les autorités russes ont invariablement refusé d’ouvrir une enquête et de reconnaître ce diagnostic. Selon des éléments publiés par le site d’investigation indépendant Bellingcat, Alexeï Navalny pourrait avoir été empoisonné par des agents du Service fédéral russe de sécurité (FSB) .

En décembre 2020, alors qu’Alexeï Navalny se remettait de son empoisonnement, une nouvelle action pénale a été engagée contre lui pour « détournement » des dons de ses sympathisants. Dans le même temps, le Service fédéral d’application des peines a affirmé qu’Alexeï Navalny enfreignait les conditions de sa mise à l’épreuve en ne se présentant pas aux autorités pénitentiaires. Ce service a demandé la levée de sa mise à l’épreuve et l’application de sa peine d’emprisonnement de trois ans et six mois.

Le 17 janvier, Alexeï Navalny a pris un avion pour Moscou, où il a été appréhendé au poste de contrôle aux frontières. Des manifestations de grande ampleur, très majoritairement pacifiques, ont été organisées un peu partout en Russie en janvier et en février pour dénoncer son arrestation. Au cours de ces actions de protestation, plus de 11 000 personnes ont été arrêtées arbitrairement, souvent de façon violente. Des centaines de manifestant.es pacifiques ont été placés en « détention administrative » à l’issue de procès iniques et détenus dans des conditions assimilables à une forme de torture ou de mauvais traitements. Un certain nombre de sympathisant.es célèbres d’Alexeï Navalny et de personnes ayant collaboré avec lui, ainsi que de simples manifestant.es, sont sous le coup de charges pénales forgées de toutes pièces, liées aux manifestations.

Le 2 février, un tribunal moscovite a fait droit à la requête du Service fédéral d’application des peines et a ordonné l’emprisonnement d’Alexeï Navalny pendant deux ans et huit mois, déduisant de sa peine le temps qu’il avait passé en assignation à résidence.

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