Vikolôngwa Mbútwa est une communauté rurale proche de Chibia, dans la province de Huíla (sud de l’Angola), dont les membres dépendent de l’agriculture et de l’élevage pour assurer leur subsistance. Cette communauté considère les terres faisant l’objet du litige comme son territoire ancestral, et estime que le conflit a débuté lorsqu’un propriétaire terrien local a commencé à procéder à des excavations dans la zone.
Un fossé d’environ trois mètres de large et de profondeur a notamment été creusé autour de la zone concernée, représentant un risque de sécurité pour les résident·e·s et les animaux, et restreignant l’accès à des pâturages et à des terres fertiles utilisées pour les cultures.
Des membres de la communauté affirment qu’ils ne peuvent depuis lors plus faire paître leurs animaux, ni accéder à des terres qu’ils avaient précédemment cultivées, ce qui les oblige à se limiter à cultiver uniquement les zones entourant leurs domiciles.
Le 14 août 2024, trois mois avant les arrestations, la communauté avait demandé l’intervention de l’administrateur municipal de Chibia. Elle a fait appel au gouverneur de Huíla le 23 septembre 2024, et attendait encore une réponse officielle lorsque la police est intervenue le 23 novembre 2024.
Le 25 février 2025, les procédures spéciales des Nations unies ont écrit au gouvernement angolais à propos de l’affaire, faisant état de leurs préoccupations face aux violences, aux arrestations arbitraires et au traitement infligés aux membres de la communauté.
Sapalo António Kakandi aurait été atteint à l’abdomen par une balle en caoutchouc, Paulo Cambuta Kapaya a été frappé au front avec la crosse d’un pistolet, et Eduardo Mbambi Licino Kessongo a été roué de coups en garde à vue jusqu’à ce qu’il perde connaissance, et a été privé de vêtements pendant une semaine.
Francisca Tuhauma et Cecília Candumbo Mweyanavi, toutes deux enceintes à l’époque, auraient été soumises à des traitements dégradants au poste de police de Quihita, où elles se trouvaient en garde à vue.
Plus d’un an après leur arrestation, ces sept personnes n’ont toujours pas reçu de soins médicaux et continuent à connaître des souffrances persistantes. Francisca Ernesto Bahumo a déclaré que son bébé est né avec des problèmes de santé après les violences qu’elle a subies.
Cette affaire rappelle des questions plus larges déjà abordées par Amnesty International en 2021 dans son rapport intitulé The End Of Cattle’s Paradise. L’organisation a découvert que dans les provinces de Huíla et Cunene, la vulnérabilité des communautés a été accrue par le détournement de pâturages communaux vers des exploitants agricoles commerciaux, et qu’à Gambos, dans la province de Huíla, l’occupation de terres parmi les plus fertiles par des exploitations agricoles commerciales a compromis la résilience économique et sociale de communautés pastorales et aggravé l’insécurité alimentaire.
Amnesty International a également signalé que le détournement de pâturages traditionnels pour l’agriculture commerciale a mis à mal les moyens de subsistance de populations rurales déjà affectées par la sécheresse.