Écrire Les poursuites visant sept membres d’une communauté doivent être abandonnées

Le 23 novembre 2024, sept membres de la communauté Vikolôngwa Mbútwa, dans la province de Huíla, en Angola, ont été arrêtés et placés en détention après une violente intervention de police en relation avec un conflit foncier.

Ils ont tous été remis en liberté depuis lors – deux d’entre eux au bout de 13 mois – mais sont actuellement jugés pour diverses infractions.

Leur procès s’est ouvert en décembre 2025, et la date de l’audience de prononcé du jugement doit être fixée d’un jour à l’autre.

Les autorités angolaises doivent immédiatement abandonner les charges qui ne sont pas étayées par des éléments de preuve crédibles et obtenus légalement, et lancer une enquête efficace et impartiale sur les allégations de torture, de mauvais traitements et de recours excessif à la force formulées par ces sept personnes.

Vikolôngwa Mbútwa est une communauté rurale proche de Chibia, dans la province de Huíla (sud de l’Angola), dont les membres dépendent de l’agriculture et de l’élevage pour assurer leur subsistance. Cette communauté considère les terres faisant l’objet du litige comme son territoire ancestral, et estime que le conflit a débuté lorsqu’un propriétaire terrien local a commencé à procéder à des excavations dans la zone.

Un fossé d’environ trois mètres de large et de profondeur a notamment été creusé autour de la zone concernée, représentant un risque de sécurité pour les résident·e·s et les animaux, et restreignant l’accès à des pâturages et à des terres fertiles utilisées pour les cultures.

Des membres de la communauté affirment qu’ils ne peuvent depuis lors plus faire paître leurs animaux, ni accéder à des terres qu’ils avaient précédemment cultivées, ce qui les oblige à se limiter à cultiver uniquement les zones entourant leurs domiciles.

Le 14 août 2024, trois mois avant les arrestations, la communauté avait demandé l’intervention de l’administrateur municipal de Chibia. Elle a fait appel au gouverneur de Huíla le 23 septembre 2024, et attendait encore une réponse officielle lorsque la police est intervenue le 23 novembre 2024.

Le 25 février 2025, les procédures spéciales des Nations unies ont écrit au gouvernement angolais à propos de l’affaire, faisant état de leurs préoccupations face aux violences, aux arrestations arbitraires et au traitement infligés aux membres de la communauté.

Sapalo António Kakandi aurait été atteint à l’abdomen par une balle en caoutchouc, Paulo Cambuta Kapaya a été frappé au front avec la crosse d’un pistolet, et Eduardo Mbambi Licino Kessongo a été roué de coups en garde à vue jusqu’à ce qu’il perde connaissance, et a été privé de vêtements pendant une semaine.

Francisca Tuhauma et Cecília Candumbo Mweyanavi, toutes deux enceintes à l’époque, auraient été soumises à des traitements dégradants au poste de police de Quihita, où elles se trouvaient en garde à vue.

Plus d’un an après leur arrestation, ces sept personnes n’ont toujours pas reçu de soins médicaux et continuent à connaître des souffrances persistantes. Francisca Ernesto Bahumo a déclaré que son bébé est né avec des problèmes de santé après les violences qu’elle a subies.

Cette affaire rappelle des questions plus larges déjà abordées par Amnesty International en 2021 dans son rapport intitulé The End Of Cattle’s Paradise. L’organisation a découvert que dans les provinces de Huíla et Cunene, la vulnérabilité des communautés a été accrue par le détournement de pâturages communaux vers des exploitants agricoles commerciaux, et qu’à Gambos, dans la province de Huíla, l’occupation de terres parmi les plus fertiles par des exploitations agricoles commerciales a compromis la résilience économique et sociale de communautés pastorales et aggravé l’insécurité alimentaire.

Amnesty International a également signalé que le détournement de pâturages traditionnels pour l’agriculture commerciale a mis à mal les moyens de subsistance de populations rurales déjà affectées par la sécheresse.

J'agis

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Monsieur le Procureur général,

Je vous écris afin de vous faire part de ma vive préoccupation au sujet de sept membres de la communauté de Vikolôngwa Mbútwa, dans la province de Huíla, en Angola : Sapalo António Kakandi, Paulo Cambuta Kapaya, Mwetuyapula Francisco, Eduardo Mbambi Licino Kessongo, Eduardo Tchaima, Francisca Tuahuma et Cecília Candumbo Mweyanavi.

La communauté de Vikolôngwa Mbútwa a besoin de terres pour ses cultures et pour l’élevage de bétail. Ses membres avaient demandé l’intervention des autorités administratives et de la province afin d’obtenir leur aide dans le cadre d’un litige foncier, et attendaient une réponse.

Le 23 novembre 2024, les membres de la communauté ont entendu le bruit de machines sur les terres et ont pensé que l’administrateur local était arrivé afin de leur communiquer la décision des autorités. Ils se sont au contraire heurtés à des policiers qui ont tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc dans leur direction, et ont frappé et soumis à des arrestations violentes sept membres de cette communauté.

Si cinq de ces personnes ont été remises en liberté deux jours plus tard, le 25 novembre 2024, les deux autres ont été maintenues en détention provisoire pendant 13 mois. Elles ont toutes les sept été accusées d’association de malfaiteurs, de coups et blessures graves, de résistance à représentant de l’État, de participation à une émeute, de recours illégal à des armes, de menaces et de perturbation des services publics. Leur procès s’est ouvert le 17 décembre 2025.

Une audience de prononcé du jugement devait avoir lieu en mars 2026 mais a été reportée. Le jugement est désormais attendu d’un moment à l’autre.

Amnesty International craint fort que le maintien d’accusations infondées et le manquement au devoir d’examiner les violations signalées ne renforcent l’insécurité et la peur au sein de cette communauté, et ne menacent les droits et les moyens de subsistance d’autres personnes confrontées à des conflits fonciers similaires.

Je vous demande d’abandonner immédiatement les poursuites infondées engagées contre les sept membres de la communauté de Vikolôngwa Mbútwa et de mettre fin aux poursuites qui les visent.

Je vous exhorte en outre à veiller à ce qu’une enquête rigoureuse, indépendante, impartiale et efficace soit menée dans les meilleurs délais sur les allégations de torture, de mauvais traitements et de recours excessif à la force contre ces sept personnes.

En attendant l’abandon des charges, et dans l’éventualité d’étapes supplémentaires de procédure dans cette affaire, je vous demande de prendre toutes les mesures en votre pouvoir afin d’assurer que les droits de la défense et toutes les garanties d’équité des procès soient pleinement respectés.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération.

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