Écrire UN PRISONNIER IRANIEN GRAVEMENT MALADE RENVOYÉ EN CELLULE

Mehdi Rajabian, un musicien iranien, a été forcé à retourner à la prison d’Evin, à Téhéran, le 4 décembre. Il s’était vu accorder une permission de sortie pour raisons médicales après avoir observé une grève de la faim pendant un mois. Il a été hospitalisé durant cette permission et Amnesty International craint pour sa santé. Son frère, Hossein Rabajian, un cinéaste, fait lui aussi une grève de la faim. Ces deux hommes sont des prisonniers d’opinion.

Le musicien iranien Mehdi Rajabian a été forcé à retourner à la prison d’Evin le 4 décembre bien qu’il soit en mauvaise santé physique et mentale. Il bénéficiait d’une permission de sortie pour raisons médicales depuis le 27 novembre et était hospitalisé à l’hôpital Bu Ali, dans sa ville, Sari (province de Mazandaran), au nord de Téhéran. Il souffre de plusieurs problèmes de santé nécessitant des soins et traitements spécialisés. À la suite d’un examen en imagerie par résonance magnétique (IRM) réalisé avant son incarcération, un neurologue a indiqué à Mehdi Rajabian qu’il semblait développer une sclérose en plaques (SEP), et devait passer des examens complémentaires afin d’établir un diagnostic. Pendant les deux premiers mois qui ont suivi son arrestation, il a été privé d’un traitement qui, selon son médecin, est indispensable pour retarder la manifestation des symptômes de la SEP. Il est par ailleurs victime de crises de convulsions depuis que des agents des forces de sécurité l’ont roué de coups après son arrestation, en octobre 2013. Amnesty International croit savoir que son incarcération et la privation de soins médicaux adéquats en prison affectent gravement la santé mentale de Mehdi Rajabian et qu’il a le moral au plus bas.

Avant sa permission de sortie pour raisons médicales, Mehdi Rajabian et son frère, Hossein Rajabian, un cinéaste emprisonné qui est également en mauvaise santé, ont entamé une grève de la faim le 28 octobre afin de réclamer leur libération. Les deux frères avaient déjà mené une grève de la faim en septembre pour protester contre le refus des autorités de leur permettre d’obtenir des soins médicaux adéquats ou une permission de sortie pour raison médicale, et contre la décision qui a été prise de les séparer en les plaçant dans deux quartiers différents de la prison d’Evin, à Téhéran. À la connaissance d’Amnesty International, Hossein Rajabian continue à observer une grève de la faim.

En avril 2015, à l’issue d’un procès manifestement inique, Mehdi et Hossein Rajabian ont été condamnés à six ans d’emprisonnement pour des charges liées à leurs activités artistiques, notamment pour « atteinte aux valeurs sacrées de l’islam » et « activités audiovisuelles illégales ». Une cour d’appel a ensuite statué qu’ils devaient purger la moitié de leurs peines d’emprisonnement, soit trois années au lieu de six. Celle-ci avait assorti le reste de leur peine d’un sursis de cinq ans, sous réserve de « bonne conduite ». Ils ont commencé à purger leur peine le 4 juin 2016 et sont considérés comme des prisonniers d’opinion par Amnesty International.

Mehdi Rajabian et Hossein Rajabian sont tous les deux en mauvaise santé. Mehdi Rajabian a notamment fait une crise d’épilepsie le 10 septembre et a été emmené à l’infirmerie de la prison. Après avoir entamé sa seconde grève de la faim, Mehdi Rajabian a toussé du sang à deux reprises. La première fois, le 2 novembre 2016, son compagnon de cellule l’a porté jusqu’à l’infirmerie de la prison d’Evin, où Mehdi Rajabian dit que le médecin de la prison est devenu de plus en plus grossier, en particulier quand Mehdi Rajabian n’a pas été capable de répondre à ses questions et a refusé des solutés intraveineux. S’en est suivie une altercation, durant laquelle Mehdi Rajabian affirme que le médecin lui a donné un coup de poing dans le ventre. Hossein Rajabian, quant à lui, souffrait déjà de problèmes rénaux avant son incarcération et est en proie à des symptômes aigus proches de la fièvre en prison. Quelques heures après avoir entamé sa première grève de la faim, le 8 septembre 2016, il a été emmené à l’infirmerie de la prison pour un examen de sang qui a révélé un taux élevé de globules blancs. Il a ensuite été conduit, pieds et poings liés, dans un hôpital hors de la prison, mais n’a pas bénéficié de soins adéquats avant de regagner la prison. Dans une lettre ouverte écrite le 26 octobre 2016, les deux frères ont expliqué qu’ils avaient mis fin à leur précédente grève de la faim parce que les autorités leur avaient promis qu’ils seraient de nouveau placés dans le même quartier de la prison et qu’ils recevraient des soins médicaux adéquats. Ils ont cependant affirmé que leurs problèmes de santé s’étaient aggravés. Ils ont en outre lancé un appel dans cette lettre : « Nous appelons tous les artistes à travers le monde à condamner ces abus en réagissant d’une façon digne d’un artiste. Ne nous oubliez pas en ces temps extrêmement difficiles ».

Le 5 octobre 2013, lors de leur arrestation par des pasdaran (gardiens de la révolution), qui a eu lieu à leur bureau dans la ville de Sari, Mehdi Rajabian et Hossein Rajabian ont reçu des décharges de pistolet incapacitant et ont eu les yeux bandés. Pendant 18 jours, ils ont été maintenus en détention dans un lieu inconnu, où ils affirment avoir été torturés, notamment à l’électricité. Ils ont ensuite été détenus pendant deux mois à l’isolement dans la section 2A de la prison d’Evin. Les agents chargés de les interroger les ont contraints à faire des « aveux » filmés, les menaçant de réclusion à perpétuité s’ils refusaient. Ils ont été remis en liberté sous caution en décembre 2013. Au terme de leur procès, le 26 avril 2015, ils ont chacun été condamnés à cinq ans d’emprisonnement pour « atteinte aux valeurs sacrées islamiques », à un an d’emprisonnement pour « propagande contre le système », et à une amende d’un montant de 200 millions de rials (environ 6 625 dollars des États-Unis) pour « activités audiovisuelles illégales ». En première instance comme en appel, les trois hommes ont indiqué aux juges que leurs « aveux » leur avaient été arrachés sous la torture. Le juge qui présidait la cour durant leur procès en appel leur a déconseillé d’évoquer leurs allégations de torture et a menacé de prononcer des peines plus lourdes s’ils le faisaient. Ils n’ont pas pu consulter d’avocat au moment de leur arrestation ni pendant leurs procès en première instance et en appel.

Mehdi Rajabian est le fondateur du site Internet iranien Barg Music, lancé en 2009 et diffusant de la musique non autorisée. En Iran, seule la musique qui a reçu l’aval des censeurs officiels peut être diffusée, et les musiciens qui ne sont pas munis d’une autorisation se retrouvent dans la clandestinité. Barg Music a distribué de la musique en persan produite par des chanteurs iraniens, à l’étranger. Certaines de leurs paroles et de leurs messages ont un caractère politique ou abordent des sujets tabous. Avant son arrestation, Mehdi Rajabian travaillait sur un projet ayant pour objectif de raconter l’histoire du pays par le biais de la musique en utilisant le setâr, un instrument traditionnel. Les pasdaran qui ont procédé à son arrestation ont confisqué ses enregistrements et d’autres supports en relation avec ce projet. Mehdi Rajabian a été accusé d’avoir diffusé la voix d’artistes féminines, ainsi que celle de chanteurs « hostiles à la révolution islamique ». Les autorités iraniennes imposent des restrictions aux chanteuses, leur interdisant de se produire en solo devant des hommes. Des dignitaires religieux conservateurs affirment que les voix de femmes ont le pouvoir de provoquer une excitation sensuelle immorale. En février 2015, l’ayatollah conservateur Hassan Nouri Hamedani a ainsi déclaré : « Nous nous dresserons contre tout film, tout livre ou toute musique qui est contraire aux principes de l’islam et à la révolution [...] Rien ne peut rendre acceptable le chant des femmes. Nous nous opposerons à toute tentative en ce sens. » Hossein Rajabian a été arrêté après avoir réalisé son premier long métrage, intitulé The Upside Down Triangle, sur le droit au divorce des femmes en Iran. Les pasdaran ont saisi tout le matériel en rapport avec le film. Le film est interdit de diffusion en Iran.
Les charges retenues contre les deux frères sont en rapport avec leurs activités artistiques, notamment avec le long métrage d’Hossein Rajabian portant sur le droit au divorce des femmes en Iran, et avec la diffusion par Mehdi Rajabian de musiques non autorisées enregistrées par des chanteurs iraniens à l’extérieur du pays.

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