Said Abdelrazek est un Égyptien de 30 ans qui s’est converti au christianisme en 2016 après avoir mené une étude comparative des religions et à l’issue de plusieurs années de réflexion personnelle. Selon sa compagne, à la suite de sa conversion, les autorités égyptiennes l’ont ciblé au moyen d’arrestations arbitraires et d’une surveillance. En 2018, Said Abdelrazek a fui en Russie, où il a déposé une demande d’asile et obtenu un statut de protection temporaire pour un an.
En 2024, les autorités russes l’ont expulsé vers l’Égypte, en violation du principe de « non-refoulement ». Ce principe interdit aux États de renvoyer, d’extrader ou de transférer une personne dans un pays où elle serait confrontée à un risque réel de persécution, de torture ou d’autres violations graves des droits humains.
D’après des sources bien informées, son expulsion a suivi une condamnation pour « atteinte aux sentiments des croyants » liée au fait qu’il avait partagé des contenus considérés comme insultants à l’égard des personnes musulmanes.
Said Abdelrazek a déposé une demande de visa humanitaire auprès de l’Australie en mai 2024.
Depuis son arrestation en 2025, sa fiancée, qui est une ressortissante australienne, appelle publiquement à une intervention diplomatique urgente en soulignant l’absence d’action décisive. Des organisations de défense des droits humains ont exhorté le gouvernement australien à accélérer le processus d’octroi du visa et à faire pression sur les autorités égyptiennes pour qu’elles le libèrent immédiatement.
Said Abdelrazek est actuellement incarcéré à la prison du Dixième jour de ramadan. Amnesty International a recueilli de très nombreux éléments attestant de conditions de détention cruelles et inhumaines dans cette prison, marquées notamment par de lourdes restrictions en matière de circulation, d’accès à la lumière du jour et de contacts familiaux. Toutes les personnes détenues sont privées de lumière du jour car elles ne sont pas autorisées à faire de l’exercice en plein air quotidiennement et beaucoup sont confinées dans leur cellule 23 heures sur 24 en n’ayant droit qu’à une heure maximum d’exercice dans un couloir à l’intérieur du bâtiment. Les visites familiales sont limitées à seulement 20 ou 30 minutes une fois par mois, et certaines personnes sont même totalement privées de visites.
Des femmes proches de personnes détenues ont en outre signalé que des gardiennes de la prison les avaient soumises à des fouilles corporelles intrusives et que le personnel inspectait sans aucune précaution d’hygiène la nourriture apportée par les familles, qui reste la principale source d’alimentation des prisonniers en raison de la mauvaise qualité et des portions insuffisantes des repas fournis par la prison.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Égypte est partie, protège le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, qui comprend le droit de choisir sa religion et d’en changer. En Égypte, les minorités religieuses, notamment les chrétiens coptes, les musulmans chiites et les baha’is, sont constamment en butte à la discrimination dans la législation et dans la pratique.
Des membres de minorités religieuses, des personnes athées et d’autres n’embrassant pas les convictions religieuses autorisées par l’État sont menacés ou harcelés, notamment au moyen de convocations et d’interrogatoires abusifs par l’Agence de sécurité nationale et, dans certains cas, de poursuites pour des accusations vagues de « mépris de la religion ».
Au cours des derniers mois, les autorités égyptiennes ont intensifié leur répression contre les personnes qui n’embrassent pas les convictions religieuses autorisées par l’État. Elles ciblent de plus en plus les personnes qui abordent des questions religieuses en ligne, en violation des obligations internationales du pays en matière de droits humains.
Entre mi-juillet 2025 et le 1er janvier 2026, les forces de sécurité ont arrêté au moins 29 personnes dans six gouvernorats parce que celles-ci avaient publié en ligne des contenus divergeant des discours religieux validés par l’État. Au moins quatre d’entre elles ont indiqué avoir subi des actes de torture à la suite de leur arrestation, au moins 11 ont été privées de leur droit à un avocat pendant la phase d’interrogatoire, et une est morte en détention.
Depuis longtemps, les personnes nées musulmanes et converties au christianisme font l’objet d’un harcèlement des autorités en Égypte, dans certains cas sous la forme de poursuites pénales pour « mépris de la religion », surtout si elles sont soupçonnées de prosélytisme ou de chercher à changer leur religion sur leurs papiers d’identité. Tous les Égyptiens et Égyptiennes sont tenus d’avoir en permanence leur numéro d’identification nationale sur eux à partir de 16 ans.
Ce numéro figurant sur la carte d’identité est exigé pour accéder à l’enseignement supérieur, aux soins médicaux et à l’emploi, ainsi que pour toutes les démarches administratives et les transactions financières.
Les autorités égyptiennes refusent depuis longtemps d’accorder une reconnaissance juridique et des papiers d’identités aux Baha’is ainsi qu’aux anciens musulmans convertis au christianisme ou à d’autres religions.