Écrire Procès secrets pour des militant·e·s baloutches

Cinq militant·e·s baloutches, Mahrang Baloch, Bebarg Zehri, Beebow Baloch, Shah Jee Sibghat Ullah et Gulzadi Baloch, se sont vu refuser la libération sous caution à plusieurs reprises et font l’objet d’un procès en prison, sans que les médias ni des observateurs indépendants ne puissent y assister, sur la base de charges forgées de toutes pièces.

Après un an de détention arbitraire, plusieurs de ces militant·e·s présentent de graves problèmes de santé et sont privés de soins médicaux adéquats. Les autorités pakistanaises doivent immédiatement libérer ces cinq personnes, qui sont détenues uniquement pour avoir exercé sans violence leurs droits fondamentaux.

Tant que ces militant·e·s seront en détention, les autorités doivent assurer que les garanties relatives à l’équité des procès soient respectées, et qu’on leur permette de bénéficier de services médicaux.

Mahrang Baloch n’a pas été en mesure d’obtenir des soins médicaux adéquats pour les maux de dos dont elle souffre pourtant depuis six mois. De nombreuses demandes ont été déposées auprès de l’administration carcérale, mais on lui a refusé ces soins et elle est contrainte de recourir à l’automédication depuis des mois. À une occasion, après que son état s’est fortement détérioré, un médecin travaillant à la prison a été appelé pour l’examiner. Le traitement a cependant été insuffisant compte tenu du manque d’équipements médicaux en prison.

Quand les autorités ont été forcées à la conduire à l’hôpital le 18 février 2026 en raison de douleurs sévères, sa famille et ses avocats n’en ont pas été informés. Des examens médicaux ont révélé que Mahrang Baloch souffre d’un grave problème à la colonne vertébrale, et que si elle ne reçoit pas les soins requis, sa mobilité risque d’être gravement compromise.

Bebarg Zehri a été blessé lors d’une attaque par les forces pakistanaises de sécurité en 2010, et souffre d’une perte de mobilité dans les deux jambes. Son état s’est aggravé en un an de détention, durant lequel s’est déclarée une infection pour laquelle il a dû subir une intervention chirurgicale. Si sa famille a été satisfaite de son opération, il n’a pas pu bénéficier de soins post-opératoires, ni de visites de suivi par des médecins. Il a besoin de séances de physiothérapie régulières, mais les soins inadéquats prodigués en prison ont aggravé son état et sa masse musculaire a beaucoup diminué. Sa famille a déclaré que les autorités carcérales ne répondent pas à ses besoins en termes d’accessibilité, et que les demandes adressées aux autorités sont systématiquement ignorées.

Le déni de soins médicaux est un problème persistant pour les détenu·e·s. Fin avril 2025, Beebow Baloch a été envoyée à la prison de district de Pishin et aucune raison n’a été fournie pour ce transfert. Elle a été la seule femme détenue sur place pendant plusieurs jours et aurait été soumise à la torture. Elle a été conduite à l’hôpital CMH après que son état s’est fortement dégradé, et a finalement été renvoyée à la prison de Hudda, où elle se trouve depuis lors.

Les ordres de détention prononcés contre ces cinq militant·e·s - en vertu de l’Ordonnance de 1960 sur le maintien de l’ordre public - ont expiré le 22 juin 2025. Ils ont ensuite comparu devant un tribunal antiterroriste le 8 juillet, quelques heures avant qu’une commission judiciaire ne doive se réunir dans le but d’examiner la légalité de leur détention.

Ces militant·e·s ont depuis lors été inculpés dans diverses affaires à travers la province du Baloutchistan, en vertu de la Loi antiterroriste pakistanaise de 1997. Leurs avocat·e·s ont passé les six derniers mois à demander leur libération sous caution dans différentes zones de la province.

Si les militant·e·s sont arrivés à obtenir gain de cause dans la plupart des cas, leurs demandes ont été rejetées dans les affaires de terrorisme à Quetta. Ils comparaissent actuellement devant un juge antiterroriste dans l’enceinte de la prison. Durant l’audience du 7 février 2026, ils ont déclaré qu’ils ne faisaient pas confiance au juge chargé de l’affaire, en raison de remarques semble-t-il hostiles de la part du magistrat.

Ces détentions s’inscrivent dans une campagne de répression plus large dans la province contre les manifestations pacifiques et le droit à la liberté d’expression. Les militant·e·s, les avocat·e·s et les journalistes critiquant cette répression sont également pris pour cible.

En janvier 2026, Imaan Mazari et Hadi Ali Chatta, avocats spécialisés dans les droits humains, qui ont par ailleurs défendu Mahrang Baloch dans plusieurs affaires à Islamabad, ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement pour des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles ils ont exprimé leur solidarité avec les militant·e·s baloutches, en particulier Mahrang Baloch.

Le journaliste Sohrab Barkat a également été arrêté en décembre 2025 pour des publications à propos du Baloutchistan sur les réseaux sociaux.

Des lois antiterroristes ont été invoquées pour réduire au silence et sanctionner des militant·e·s, en particulier s’ils appartiennent à des minorités ethniques telles que les Baloutches. En juin 2025, l’Assemblée du Baloutchistan a adopté la Loi antiterroriste de 2025, qui prévoit un placement en détention sans inculpation pour une période pouvant aller jusqu’à trois mois.

En octobre 2025, des dizaines de militant·e·s baloutches ont été placés sur une « liste de surveillance antiterroriste » au titre de la section 11 EE de la Loi antiterroriste.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur,

Je vous écris afin d’exprimer l’inquiétude que m’inspire le fait que Mahrang Baloch, Bebarg Zehri, Beebow Baloch, Shah Jee Sibghat Ullah et Gulzadi Baloch sont maintenus en détention, sont privés de soins médicaux adaptés et voient leur droit à un procès équitable bafoué depuis un an. Ils sont actuellement incarcérés à la prison de Hudda, à Quetta, et leur procès se déroule à l’intérieur de la prison, sans que les médias ni des observateurs indépendants ne puissent y assister, bien que des doutes aient été émis quant à l’impartialité du juge.

Il est alarmant d’apprendre que ces militant·e·s se trouvent toujours en détention malgré l’expiration d’ordres de détention préventive prononcés en vertu de l’Ordonnance sur le maintien de l’ordre public. Ils sont actuellement détenus en vertu de la Loi antiterroriste, sur la base de charges fabriquées, le but étant de prolonger leur détention, ce qui les prive de leur droit à la liberté, de leur droit à un procès équitable, et de leur liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, car ils sont uniquement détenus en relation avec leur travail de défense des droits humains.

Je m’inquiète tout particulièrement pour leur santé et leur sécurité. Bebarg Zehri rencontre des difficultés quotidiennes en raison de son handicap et n’est pas autorisé à bénéficier de séances de physiothérapie adéquates, ce qui a entraîné une dégradation de son état. Mahrang Baloch souffre d’un grave problème à la colonne vertébrale, apparu durant sa détention. Elle ne bénéficie pas de soins médicaux adaptés malgré ses demandes répétées auprès des autorités de la prison.

Je vous demande de garantir : la libération immédiate de ces militant·e·s baloutches, pris pour cible pour avoir exercé de manière pourtant pacifique leurs droits fondamentaux ; ainsi que l’abandon des poursuites les visant. En attendant leur libération, ils doivent pouvoir exercer leurs droits à un procès équitable ; bénéficier de soins médicaux immédiats et adéquats ; et avoir la possibilité de s’entretenir régulièrement et sans entrave avec leur famille et des avocats, conformément aux obligations du Pakistan en vertu du droit international relatif aux droits humains.

J‘espère que votre engagement en faveur de la justice et des droits humains guidera vos actions en vue de répondre de toute urgence à ces graves préoccupations.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma haute considération.

LANGUES À PRIVILÉGIER POUR LA RÉDACTION DE VOS APPELS : Anglais, ourdou


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