Choktrul Dorje Ten Rinpoche est un responsable religieux et éducatif originaire du canton de Chikdril (Jiuzhi), dans la préfecture tibétaine autonome de Golog (Guoluo 果洛), dans la province du Qinghai. Né en 1967, il est reconnu en tant que lama réincarné (Rinpoche) et joue de longue date un rôle important dans la vie religieuse locale et au sein de sa communauté. Il a fondé et dirigé un monastère dans la municipalité de Mentang, et a établi une école professionnelle vers 2010, qui enseignait la langue et la culture tibétaines et des compétences techniques.
Cette école proposait à la fois un enseignement général et des formations spécialisées - langue tibétaine, arts traditionnels, médecine et pratiques culturelles.
Selon des informations disponibles publiquement, elle est devenue l’une des principales écoles professionnelles de son genre dans la région. Plus de 800 élèves y étaient inscrits à une époque, et plusieurs milliers en sont diplômés, dont un grand nombre ont continué dans l’enseignement supérieur ou ont décroché des emplois.
Le travail accompli par cet établissement était connu des responsables locaux et soutenu par ceux-ci, ainsi que l’indiquent des reportages dans les médias et au moins un exemple de soutien financier par le biais d’un projet de défense de l’héritage culturel appuyé par une banque publique et une fondation liée à l’État œuvrant pour le développement.
Encore récemment, au début du mois de novembre 2025, des services gouvernementaux locaux ont effectué des inspections dans cette école, ce qui indique qu’elle était toujours opérationnelle peu avant l’arrestation présumée. L’école a semble-t-il été fermée après sa disparition, et les élèves ont été renvoyés chez eux.
Outre son travail dans les domaines de la religion et de l’enseignement, Choktrul Dorje Ten Rinpoche s’impliquait au sein de structures publiques locales, notamment en tant que membre d’un système consultatif politique au niveau cantonal et dans des rôles liés à l’assemblée populaire locale. Il soutenait par ailleurs les moyens de subsistance locaux, notamment par le biais d’activités commerciales, et était considéré par beaucoup comme un responsable communautaire fournissant un soutien financier et social à des familles dans le besoin.
Depuis son arrestation présumée en décembre 2025, les seules informations concernant le statut de Choktrul Dorje Ten Rinpoche sont limitées à des rumeurs selon lesquelles il fait l’« objet d’une enquête ». En Chine, ce type de terminologie est régulièrement utilisé pour faire référence à la privation de liberté en relation avec l’information judiciaire - avant que le parquet n’approuve le placement en détention ou n’émette un acte d’inculpation.
Amnesty International a recensé des dizaines de cas de défenseur·e·s des droits humains et d’autres personnes en Chine, détenus au secret pour des périodes prolongées tandis qu’ils font « l’objet d’une enquête » sans être inculpés ni bénéficier d’une représentation légale.
L’accès à l’information depuis les régions à population tibétaine reste fortement restreint, en particulier pour les journalistes, les universitaires et les organisations de défense des droits humains, ce qui rend difficile toute vérification indépendante des cas de détention et de disparition.
Au fil des années, Amnesty International a recensé un certain nombre de cas, tels que ceux du dirigeant religieux tibétain Tenzin Delek Rinpoche, du moine Rinchen Tsultrim et de Tashi Wangchuk, défenseur de la langue tibétaine, caractérisés par un accès limité à un avocat, un manque de transparence et d’autres atteintes à l’équité des procès.
Ces dernières années, les autorités des zones tibétaines - malgré leur « autonomie » nominale - ont imposé des restrictions de plus en plus sévères à l’éducation à la langue tibétaine et aux pratiques religieuses de la région. Les initiatives éducatives et culturelles mettant en avant la langue et l’identité tibétaines se heurtent à des mesures renforcées de surveillance et de contrôle.
Des responsables religieux et des enseignants ont également été soumis à des dispositifs de surveillance, à des restrictions et, dans certains cas, à une détention, dans le cadre de politiques plus larges visant à promouvoir l’« unité ethnique » et une identité nationale unifiée, ainsi qu’une éducation idéologique étendue et la concentration sur le mandarin comme langue principale d’instruction. Ces mesures ont réduit l’espace dédié à l’expression culturelle et religieuse, et renforcent le contrôle de l’État sur les pratiques bouddhistes tibétaines.
Les organes internationaux de défense des droits humains ont à de nombreuses reprises exprimé leur inquiétude face à la situation du Tibet et d’autres régions de Chine. Dans sa mise à jour de février 2026 présentée au Conseil des droits de l’homme, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a relevé l’absence de progrès dans la mise en œuvre de précédentes recommandations concernant les droits des Tibétain·e·s et d’autres communautés affectées.
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