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Monsieur le Ministre,
Je vous écris afin de vous faire part de ma vive inquiétude quant à la détention et aux violations du droit à un procès équitable d’Amr Abdelfattah, ingénieur en télécommunications franco-égyptien incarcéré en Arabie saoudite depuis le 16 juin 2024 après avoir été arrêté alors qu’il effectuait son pèlerinage du Hadj.
Amr Abdelfattah a été interpellé par des agents des forces de sécurité saoudiennes à La Mecque ; ils lui ont demandé de présenter son permis pour le Hadj et l’ont informé que le document qu’il possédait n’était pas valide. Sa famille a par la suite explqué à Amnesty International qu’ils avaient été victimes d’une arnaque au visa, un problème qui a concerné d’autres pèlerins voyageant pour le Hadj.
Lorsqu’Amr Abdelfattah a été traduit en justice devant le Tribunal pénal spécial, près d’un an après son arrestation, il a appris qu’il était également accusé de plusieurs infractions liées à la liberté d’expression, notamment d’« outrage au gouvernement du Royaume », « offense au chef de l’État » et violation de la loi antiterroriste pour avoir « fait l’éloge de personnes détenues » ; aucune de ces infractions n’est reconnue par le droit international.
Sa famille pense que ces accusations découlent de propos qu’il a tenus devant un policier après son arrestation.
Le Tribunal pénal spécial est connu pour bafouer les droits à une procédure régulière et utilise fréquemment des dispositions vagues de la législation sur la cybercriminalité et la lutte contre le terrorisme, qui assimilent l’expression pacifique d’opinions à du « terrorisme ».
Amr Abdelfattah n’a pas été autorisé à bénéficier des services d’un·e avocat·e tout au long de la procédure judiciaire ; la plupart des audiences se sont déroulées en l’absence de son avocat ou de représentants du consulat français. En août 2026, son avocat en France a appris qu’il avait été condamné à « des années » de prison, sans plus de précisions sur la peine spécifique ni les motifs de cette condamnation.
Par ailleurs, je suis très inquiet·ète au sujet des allégations selon lesquelles Amr Abdelfattah a été soumis à des actes de torture et des mauvais traitements pendant sa détention à la prison centrale de Dhahban. Les gardiens l’ont roué de coups, obligé à courir avec les pieds attachés et privé de nourriture. En décembre 2024, il a perdu connaissance après avoir été frappé par des gardiens et a été conduit à l’hôpital. Il souffre aussi d’une grave détresse psychologique depuis son arrestation.
Les autorités saoudiennes doivent libérer Amr Abdelfattah immédiatement et sans condition. Dans l’attente de sa libération, elles doivent empêcher de nouvelles violations de ses droits à un procès équitable, veiller à ce qu’il puisse communiquer régulièrement avec sa famille et ses avocats, et mener rapidement une enquête indépendante et efficace sur ses allégations de torture et de mauvais traitements.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.
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