Nasta Loika a fait l’objet d’une arrestation arbitraire le 6 septembre 2022, alors qu’elle quittait le tribunal municipal de Minsk, après avoir assisté à une audience dans le cadre du procès contre ses collègues défenseurs des droits humains Marfa Rabkova, Andreï Chapyuk et leurs huit coaccusés. Le 7 septembre 2022, Nasta Loika a été condamnée à 15 jours de détention, prétendument pour « houliganisme simple », au titre de l’article 19.1 du Code des infractions administratives. Le 22 septembre, le tribunal de l’arrondissement Frunzenski, à Minsk, l’a de nouveau placée 15 jours en détention, pour les mêmes motifs.
Pendant sa détention, Nasta Loika n’a pas été autorisée à consulter son avocat et s’est vu refuser des soins médicaux qui lui étaient nécessaires ainsi que des produits de première nécessité, notam-ment des vêtements chauds et de l’eau potable. Elle a été remise en liberté le 6 octobre 2022, après avoir purgé sa peine.
Le 28 octobre, Nasta Loika a de nouveau fait l’objet d’une arrestation arbitraire à Minsk et, le 31 octobre, elle a été sanctionnée par 15 jours de privation de liberté, au titre des mêmes inculpations. Elle n’a pas été libérée au terme de ses 15 jours de détention le 12 novembre, et les mêmes accusations ont de nouveau été retenues contre elle. Durant son audience en ligne, Nasta Loika a déclaré avoir été torturée à coups de décharges électriques durant un interroga-toire, et laissée dans la cour pendant huit heures, dans le froid, sans manteau - ce qui lui a valu de tomber malade. Les autorités carcérales refusaient de lui remettre les colis qui lui étaient adressés contenant des médicaments, des produits d’hygiène personnelle et des vêtements chauds dont elle avait besoin en urgence.
Le 24 décembre 2022, à l’issue de cinq périodes de détention de 15 jours, des poursuites pénales ont été intentées contre Nasta Loika en vertu des articles 342.1 (« organisation et préparation d’actions portant gravement atteinte à l’ordre public ou participation active à de telles actions ») et 130.3 (« incitation à l’inimitié ou à la discorde raciale, nationale, religieuse ou sociale ») du Code pénal.
La dernière accusation en date se fondait sur sa participation présumée à la rédaction d’un rapport sur la persécution de membres de groupes anarchistes au Bélarus en 2018. Ce rapport fournit une évaluation critique des activités des policiers, que les enquêteurs ont qualifiée d’« incitation à l’hostilité » contre les policiers en tant que « groupe professionnel », un chef d’accusation lié à l’« extrémisme ». Il s’agit là d’un nouvel exemple de la criminalisation flagrante du travail de défense des droits humains par les autorités du Bélarus.
Le 20 juin 2023, Nasta Loika a été déclarée coupable de cette dernière accusation et condamnée à sept ans d’emprisonnement. Le 3 octobre 2023, l’appel de cette sentence a été examiné. Sa condamnation a été confirmée. En novembre, elle a été transférée du centre de détention provisoire de Minsk à la colonie pénitentiaire de Homel, où elle purge désormais sa peine. En outre, le 12 octobre 2023, le Comité de sûreté de l’État bélarussien (KGB) a inscrit Nasta sur la Liste des organisations et des individus impliqués dans des activités terroristes : aujourd’hui, toute transaction financière la concernant est interdite et les personnes recueillant des fonds pour la soutenir peuvent être inculpées du chef de « financement d’activités terroristes ».
En août 2025, Nasta Loika a été transférée à l’isolement dans une cellule de quatre mètres carrés. Elle y a été détenue pendant six mois à l’isolement total, jusque fin janvier 2026.
À ce moment-là, elle a été transférée à la colonie pénitentiaire et détenue sous un régime général. Elle a commencé à travailler dans une usine de couture, comme la majorité des autres femmes emprisonnées dans cet établissement de Homel. Les prisonnières travaillent au moins huit heures par jour et sont rémunérées entre cinq et 10 euros par mois.
Le premier avocat de Nasta a été la cible des représailles de l’État parce qu’il la représentait et a dû s’exiler. Son deuxième avocat a été radié du barreau à titre de représailles. Il s’agissait là d’une violation flagrante du droit de Nasta à un procès équitable, y compris le droit d’être représentée par l’avocat de son choix.
Plus de 1 200 personnes sont toujours emprisonnées pour des motifs politiques au Bélarus. C’est notamment le cas des défenseur·e·s des droits humains de Viasna Marfa Rabkova, Valentin Stefanovitch et du bénévole Vital Chopik.