Depuis novembre 2023, près de 30 journalistes et professionnel·le·s des médias ont été arrêtés par les autorités azerbaïdjanaises, qui intensifient leur répression contre les voix indépendantes et toute dissidence dans le pays. Au moins 12 d’entre eux détenus depuis le 6 décembre 2024 sont des journalistes et des professionnel·le·s des médias liés à Meydan TV, à l’École de Journalisme de Bakou et à d’autres médias indépendants, dans le cadre d’une seule affaire pénale.
Le 6 décembre 2024, les journalistes de Meydan TV Aynur Ganbarova (Elgunash), Aytaj Ahmadova (Tapdiq), Khayala Agayeva, Aysel Umudova, Ramin Jabrailzadeh (Deko) et Natig Javadli ont été arrêtés, aux côtés d’Ulvi Tahirov, le directeur adjoint de l’École de Journalisme de Bakou. D’autres arrestations ont suivi : Shamshad Agha (Aghayev), rédacteur-en-chef d’Argument.az et contributeur à Meydan TV, ainsi que les reporters indépendants Nurlan Gahramanli (Libre) et Fatima Movlamli, interpellés en février 2025, la journaliste Ulviyya Guliyeva (Ali) en mai 2025, et le photojournaliste Ahmad Mukhtar en août 2025.
Les poursuites pénales intentées contre Meydan TV et les personnes associées servent à sanctionner et bâillonner le journalisme critique, comme c’est le cas pour les autres journalistes détenus et emprisonnés en Azerbaïdjan.
Ces journalistes sont inculpés au titre de l’article 206.3.2 du Code pénal de l’Azerbaïdjan (« contrebande de devises étrangères »), une disposition invoquée à maintes reprises pour réduire au silence les médias et les journalistes indépendants dans le pays, notamment Abzas Media, Toplum TV et Kanal-13.
Les sources de financement au niveau national pour les médias indépendants sont extrêmement limitées en Azerbaïdjan. Le marché publicitaire est restreint et les entreprises qui osent faire de la publicité dans des médias critiques envers le gouvernement prennent des risques. Afin de faire barrage aux sources de financement étranger pour les médias critiques et les ONG, les autorités ont adopté une loi exigeant l’approbation du gouvernement pour toute subvention étrangère.
Cette disposition criminalise de facto le financement étranger et ouvre la voie à des poursuites contre les médias indépendants et leur personnel s’ils perçoivent une rémunération pour leur travail effectué hors d’Azerbaïdjan, ce qui a pour effet d’anéantir les médias indépendants. En outre, le parquet ajoute bien souvent des accusations connexes, comme c’est le cas dans l’affaire « Meydan TV », notamment en vertu de l’article 192.2.2 (« activités professionnelles illégales »).
Le 20 juin 2025, le tribunal de Bakou chargé des crimes graves a condamné sept professionnel·le·s affiliés au média d’investigation indépendant Abzas Media à des peines d’emprisonnement allant de sept ans et demi à neuf ans : le directeur Ulvi Hasanli, la rédactrice en chef Sevinc Vagifgizi, le journaliste d’investigation Hafiz Babaly, les reporters Nargiz Absalamova et Elnara Gasymova, le traducteur Muhammad Kekalov, et l’économiste et correspondant de Radio Free Europe Farid Mehralizade.
Des procédures pénales sont en cours contre d’autres journalistes et professionnel·le·s des médias, notamment de Toplum TV, dont le co-fondateur Alesger Memmedli, et les journalistes Farid Ismayilov et Mushfig Jabbar.
Les journalistes arrêtés signalent régulièrement être soumis à des mauvais traitements : ils sont notamment privés des soins médicaux nécessaires et enfermés dans des cellules surpeuplées (de 15 à 18 détenus entassés dans des cellules conçues pour accueillir de 8 à 10 personnes) et dans des conditions insalubres (les toilettes étant situées à l’endroit où ils dorment), ce qui provoque une détérioration de leur état de santé, ou y contribue.
Les actes de torture et les mauvais traitements en détention sont monnaie courante en Azerbaïdjan et sont perpétrés en toute impunité.
Amnesty International a maintes fois dénoncé le refus de soins de santé dont les détracteurs du gouvernement incarcérés ont besoin. Le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) du Conseil de l’Europe a publiquement dénoncé « l’absence persistante de coopération » des autorités azerbaïdjanaises concernant son appel à améliorer les conditions dans les prisons et à mettre un terme à la torture et aux mauvais traitements.