Écrire Une trentaine de personnes ont été exécutées, et des dizaines d’autres restent en danger

Au moins 50 hommes condamnés à mort dans l’est de la Libye risquent d’être exécutés d’un moment à l’autre, les Forces armées arabes libyennes (FAAL), les autorités de fait dans la région, ayant repris les exécutions pour la première fois en Libye depuis 2010.

Depuis le 23 août 2026, les FAAL ont procédé à l’exécution arbitraire d’au moins 30 personnes condamnées à mort, à l’issue de procès manifestement iniques, entachés de torture et caractérisés par le secret, s’étant déroulés devant des tribunaux militaires.

Certaines des personnes exécutées et sous le coup d’une sentence de mort ont été déclarées coupables de meurtre et d’infractions liées au terrorisme, en relation avec le conflit armé ayant opposé les FAAL et des groupes armés entre 2014 et 2018.

Plusieurs de ces hommes ont dit avoir été torturés dès leur arrestation par des groupes armés affiliés aux FAAL, le but étant de leur arracher des « aveux », utilisés par la suite à titre de « preuves » dans le but de les poursuivre en justice. Les FAAL doivent immédiatement cesser les exécutions.

Selon des défenseurs des droits humains, les autorités dans l’est de la Libye ont empêché les familles de personnes exécutées d’inhumer ces dernières, décidant au contraire de garder leurs dépouilles et de procéder aux enterrements elles-mêmes après avoir uniquement autorisé des membres de ces familles à confirmer l’identité des défunts.

Les autorités auraient donné l’instruction aux familles de ne pas organiser de cérémonies funéraires, les privant de leur droit de faire leur deuil et d’inhumer leurs proches conformément à leurs pratiques culturelles et religieuses - une décision également condamnée par des organes des Nations unies, car elle constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant.

L’annonce des Forces armées arabes libyennes (FAAL) selon laquelle les exécutions a été faite environ deux semaines après que le général de division Fawzi al Mansouri, chef des renseignements militaires des FAAL, a été tué dans un attentat à la voiture piégée à Benghazi le 10 août 2026.

Amnesty International a recensé plusieurs violations des droits à un procès équitable dans le cadre de procédures qui se sont tenues devant des tribunaux militaires dans l’est de la Libye, notamment : le droit d’obtenir une assistance juridique avant et pendant le procès, et de bénéficier du temps et des ressources requis afin de préparer une défense ; de garder le silence durant un interrogatoire ; de bénéficier d’une audience publique devant un tribunal compétent, indépendant et impartial ; de recevoir un jugement raisonné et d’obtenir un véritable réexamen de la déclaration de culpabilité et de la condamnation par une juridiction supérieure, entre autres.

Selon des recherches effectuées par Amnesty International, entre 2018 et 2021, des tribunaux militaires ont condamné des centaines de membres de la population civile dans l’est de la Libye lors de procès militaires secrets et manifestement iniques, visant à punir des opposants et détracteurs réels ou supposés des FAAL et des groupes armés qui leur sont alliés.

Au moins 22 personnes ont été condamnées à mort, tandis que certaines informations ont fait état d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements en détention provisoire.
Les procureurs et les juges militaires manquent d’indépendance et d’impartialité, car ils sont affiliés aux FAAL ou aux groupes armés qui leur sont alliés.

Ainsi, Faraj Al Soussaa, actuel chef du parquet militaire de l’est de la Libye, représentait les FAAL dans le cadre des pourparlers de la Commission militaire conjointe libyenne (5+5) menés sous l’égide de l’ONU. De même, le juge du tribunal militaire permanent de Benghazi est subordonné au chef de l’Autorité judiciaire militaire générale.

En vertu du droit international, les tribunaux militaires doivent uniquement être utilisés pour juger le personnel militaire pour des manquements à la discipline militaire. Les procès militaires de civil·e·s sont problématiques, car les procureurs et les juges sont des militaires en service et sont soumis à leur hiérarchie ; ils manquent par conséquent d’indépendance et d’impartialité. Par ailleurs, les jugements rendus par un tribunal militaire ne sont susceptibles d’appel que devant une juridiction militaire supérieure.

En 2017, les membres de la Chambre des représentants, le dernier parlement élu de la Libye, ont adopté la loi n° 4/2017, qui a établi la compétence des tribunaux militaires sur les civil·e·s poursuivis pour « terrorisme » et des infractions commises dans des « zones militaires ». À l’époque, le pays était divisé entre deux entités concurrentes, la Chambre des représentants, alliée aux FAAL, contrôlant une grande partie de l’est de la Libye, en désaccord avec le gouvernement d’union nationale, reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.

En novembre 2018, un porte-parole des FAAL a déclaré que les modifications législatives de 2017 offraient des fondements juridiques qui permettaient que des tribunaux militaires jugent des personnes poursuivies pour « terrorisme ».

En 2025, la chambre constitutionnelle de la Cour suprême libyenne a estimé que la loi n° 4/2017 était contraire à la Constitution, car elle prévoyait que les civil·e·s accusés d’infractions liées au terrorisme et de crimes contre l’État soient jugés par des tribunaux militaires.

L’Opération Dignité (Karama), lancée par le général Khalifa Haftar, commandant en chef des FAAL, à Benghazi en 2014, a marqué le début d’une campagne militaire contre des groupes armés à Derna et Benghazi visant ouvertement à éradiquer le « terrorisme », qui a plus tard permis aux FAAL de renforcer leur contrôle sur une grande partie de l’est de la Libye. La Libye reste divisée, entre gouvernements rivaux, le gouvernement d’unité nationale, dans l’ouest, et le « gouvernement libyen », allié aux FAAL, dans l’est et la majeure partie du sud.

Le 30 août 2026, des négociations favorisées par les Nations unies ont débouché sur un accord relatif aux étapes menant à des élections nationales, notamment concernant la législation électorale et la restructuration de la Haute commission électorale nationale, avec pour objectif l’organisation d’élections d’ici 24 mois.

Amnesty International s’oppose catégoriquement à la peine de mort dans tous les cas et en toutes circonstances. En vertu du droit international, les procédures dans les affaires de crimes passibles de la peine de mort doivent respecter scrupuleusement toutes les normes pertinentes en matière de procès équitable. L’imposition de la peine de mort après un procès inique rend la condamnation arbitraire par nature. Prononcer ce châtiment à l’issue de procédures iniques porte atteinte au droit à la vie.

J'agis

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Monsieur le Maréchal,

La reprise des exécutions en Libye, qui concerne des personnes condamnées à mort à l’issue de procès manifestement iniques entachés de torture, me choque profondément. À l’heure actuelle, au moins 50 hommes continuent à risquer d’être exécutés à la prison militaire de Gernada. Un grand nombre des personnes déjà mises à mort ou se trouvant sous le coup d’une sentence de mort ont été arrêtées dans les villes de Derna et Benghazi, pendant ou après les conflits armés. Elles incluent des combattants ainsi que des personnes soupçonnées de s’être opposées aux FAAL, notamment en raison de liens familiaux ou tribaux.

Le 23 août 2026, le parquet militaire des FAAL a annoncé que 10 personnes avaient été mises à mort par un peloton d’exécution, après avoir été condamnées pour adhésion à des « groupes terroristes » et pour meurtre. Il s’agissait des premières exécutions en Libye depuis 2010.

Selon des défenseurs des droits humains et d’autres sources disposant d’informations directes, 30 personnes ont été exécutées entre le 23 août 2026 et le 9 septembre 2026. Au moins cinq d’entre elles avaient été soumises à une disparition forcée ou une détention au secret après leur arrestation entre 2015 et 2018, dans certains cas pour des périodes allant jusqu’à deux ans.

Durant cette période, l’Agence de sûreté intérieure, un groupe armé allié aux FAAL, a fait subir à au moins quatre d’entre elles des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements afin de leur arracher des « aveux », plus tard utilisés comme des éléments à charge. Des membres de l’Agence de sûreté intérieure leur ont infligé des décharges électriques, des brûlures, des passages à tabac à l’aide d’épais tuyaux en plastique, et les ont suspendus dans des positions douloureuses.

Selon des informations recueillies par Amnesty International, au bout de mois, voire d’années de détention arbitraire, les autorités des FAAL ont fait juger des dizaines de personnes, notamment les 30 hommes exécutés de manière arbitraire, dans le cadre de procès militaires se déroulant en secret. Plusieurs accusés ont été prives du droit de s’entretenir avec un avocat de leur choix et se sont vu assigner des avocats désignés par le tribunal.

Les accusés assistés par des avocats de leur choix ne pouvaient pas s’entretenir avec ceux-ci en privé, parce qu’on leur refusait des visites avant et après le procès, lorsqu’ils se trouvaient à la prison militaire d’al Kuwayfiyah. Les autorités avaient transféré les 30 hommes exécutés et environ 50 autres à la prison militaire de Gernada fin 2025.

Au moins deux des hommes exécutés ont été déclarés coupables et condamnés à mort en 2019, mais avaient vu leur sentence capitale ramenée à une peine de réclusion à perpétuité par une juridiction militaire supérieure en appel. Amnesty International ignore quel fondement juridique a pu justifier leur exécution.

Je vous exhorte à garantir que les exécutions dans l’est de la Libye cessent et qu’un moratoire officiel soit décrété sur les exécutions, à titre de première étape. Toutes les condamnations à la peine de mort prononcées à l’issue de procès manifestement inéquitables doivent être annulées.

Les personnes accusées d’infractions pénales reconnues par le droit international doivent être rejugées par un tribunal civil, conformément aux normes internationales relatives à l’équité des procès, excluant les éléments de « preuve » extorqués sous la torture et d’autres formes de mauvais traitements, et sans requérir la peine de mort.

Les autorités des FAAL doivent également garantir que les allégations de torture et d’autres mauvais traitements donnent lieu à une enquête indépendante et impartiale, et que les responsables présumés soient traduits en justice dans le cadre de procès équitables.

Je demande enfin que vous autorisiez des observateurs internationaux à se rendre à Gernada et dans d’autres prisons et centres de détention de l’est de la Libye.

Veuillez agréer, Monsieur le Maréchal, l’expression de ma haute considération.

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