Écrire Un universitaire détenu dans des conditions déplorables

L’universitaire Bahruz Samadov souffre depuis qu’il a été transféré dans une prison de haute sécurité, sans recevoir depuis plus d’un mois les médicaments qui lui ont été prescrits.

Sa santé physique et mentale s’est gravement détériorée en détention.

Bahruz Samadov, doctorant à l’Université Charles de Prague, dénonce depuis longtemps les violations des droits humains commises en Azerbaïdjan, tout en appelant de ses vœux la paix dans le sud du Caucase. Depuis 2020, après qu’il a co-signé la « Déclaration anti-guerre de la jeunesse de gauche en Azerbaïdjan », il a été calomnié publiquement par les médias d’État, des experts et des fonctionnaires, qui l’ont qualifié de « traître » en raison de ses positions anti-guerre et de ses appels à la paix. Venu de Prague, il a été arrêté le 21 août 2024 alors qu’il se trouvait à Bakou, et inculpé de « haute trahison » en vertu de l’article 274 du Code pénal.

Sa famille et son avocat n’ont pas pu s’entretenir avec lui au cours des deux jours ayant suivi son arrestation. On lui a refusé une libération sous caution, et la demande déposée par sa défense afin qu’il puisse être assigné à domicile et parler à ses proches durant sa détention provisoire a été rejetée.

Les charges retenues contre Bahruz Samadov découlent de son militantisme pacifique, de son travail de plaidoyer en faveur du dialogue et de la paix avec l’Arménie voisine, et de ses critiques concernant l’expulsion de la population d’origine arménienne de la région du Haut-Karabakh, que l’Azerbaïdjan a placée sous son contrôle par la force militaire entre 2020 et 2023.

Ses écrits, publiés par des médias régionaux et internationaux respectés, notamment OC Media, Eurasianet et OpenDemocracy, portaient sur des solutions pacifiques au conflit opposant l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et sur les droits humains, de même que ses publications sur les réseaux sociaux.

Les poursuites engagées contre Bahruz Samadov ont été motivées par des considérations politiques, et aucune preuve crédible n’a jamais été présentée publiquement. Son procès s’est dans les faits tenu à huis clos : seules quelques personnes, notamment sa grand-mère âgée de 83 ans (sa parente la plus proche encore en vie), des ami·e·s et plusieurs militant·e·s ont été admis dans la salle d’audience pour l’annonce de sa condamnation.

En signe de protestation face aux 16 ans de prison requis par le parquet, Bahruz Samadov a observé une grève de la faim pendant cinq jours. Selon sa grand-mère, il a tenté de se suicider en détention mais a été sauvé par un co-détenu. Son avocat et des militant·e·s locaux ont depuis lors fait part de leur vive inquiétude au sujet de sa santé mentale et physique.

La condamnation de Bahruz Samadov et de l’universitaire Igbal Abilov à de lourdes peines d’emprisonnement sur la base d’accusations forgées de toutes pièces relève de la volonté des autorités azerbaïdjanaises d’étouffer la critique universitaire et de dissuader tout débat sur des questions sensibles sur le plan politique.

J'agis

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Monsieur le Président,

Je vous écris afin de vous faire part de ma vive inquiétude au sujet de la détention de Bahruz Samadov, chercheur et militant en faveur de la paix, et de ses conditions de détention à la prison pénitentiaire d’Umbaki.

Le 23 juin 2025, Bahruz Samadov a été condamné à 15 ans de prison sur la base de charges de « haute trahison » fabriquées de toutes pièces. Selon ses amis et sa famille, sa santé physique et mentale s’est détériorée au cours de l’année qu’il vient de passer en détention. Il a tenté de se suicider à deux reprises en prison.

En février 2026, Bahruz Samadov a été transféré à l’établissement pénitentiaire d’Umbaki, une prison de haute sécurité réputée pour ses conditions très dures. Il a entamé une grève de la faim après avoir perdu son recours contre ce transfert, qui l’éloigne à 70 kilomètres de son seul parent encore en vie, sa grand-mère âgée de 83 ans, Zibeyda Osmanova. Bahruz Samadov peut passer deux appels téléphoniques par semaine. Dans la prison d’Umbaki, il n’est pas du tout autorisé à se rendre dans la cour. Il ne peut se rendre que sur un balcon d’un mètre, pendant deux heures par jour maximum. En outre, on lui a retiré l’accès à la télévision et à la radio.

Le 27 février, une équipe médicale du ministère de la Justice lui a rendu visite, sur demande de son avocat, et lui a prescrit plusieurs médicaments. Il ne les a pas reçus pendant plus d’un mois. La dernière visite d’un médecin remonte à février 2026. Cependant, aucun représentant du Bureau du défenseur des droits n’a rendu visite à Bahruz Samadov depuis son transfert, malgré les appels lancés par ce dernier pour obtenir des médicaments.

Je vous demande de libérer immédiatement et sans condition Bahruz Samadov. Dans l’attente de sa libération, je vous prie de veiller à ce qu’il bénéficie de soins de santé adéquats, qu’il soit détenu dans des conditions conformes aux normes internationales et que des observateurs indépendants ainsi que le défenseur des droits soient autorisés à lui rendre visite en détention.

Enfin, je vous prie de mettre un terme aux représailles qui visent plus largement les détracteurs pacifiques, les journalistes et les militant·e·s.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération.

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