Selon des informations dont Amnesty International a pris connaissance, émanant notamment de sources de première main et de défenseur·e·s des droits humains basés hors d’Iran, des dizaines de personnes risquent fort d’être soumises à une exécution, après avoir été condamnées à mort à l’issue de procès manifestement iniques, notamment pour des infractions liées aux stupéfiants ou des charges d’une trop grande portée ou formulées en termes vagues, telles qu’« inimitié à l’égard de Dieu » (moharebeh) et « corruption sur terre » (efsad-e fel-arz).
Figurent parmi elles au moins trois femmes : Pakhshan Azizi, Sharifeh Mohammadi et Verisheh Moradi, et au moins 50 hommes : Abbas Deris, Abolhassan Montazer, Abdolghani Shahbakhsh, Abdolrahim Ghanbarzehi, Adnan Ghobeishavi, Afshin Ghorbani Meyshani, Ahmadreza Djalali, Ali (Soran) Ghassemi, Ali Mojadam, Ali Obeidavi, Alireza Bamerzpournak, Alireza Kafaei, Alireza Merdasi, Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar, Amir Hossein Maghsoudloo (Amir Tataloo), Amir Mohammad Khosheghbal, Babak Alipour, Babak Shahbazi, Ehsan Faridi, Eidou Shahbakhsh, Farshad Etemadi Far, Fazel Bahramian, Habib Deris, le ressortissant turc Hatem Özdemir, Hossein Nemati, Issa Eidmohammadi, Kaveh Salehi, Manouchehr Fallah, Masoud Jamei, Mehrab (Mehran) Abdullahzadeh , Milad Armoun, Moein Khanfari, Mohammad Taghavi Sangdehi, Mohammad Javad Vafaei Sani, Mohammadreza Moghaddam, Navid Najaran, Omid Tabari Moghaddam, Peyman (Amin) Farhahvar, Pezhman Soltani, Peyman (Amin) Farhahvar, Pouya Ghobadi, Rezgar Beigzadeh Babamiri, Salem Mousavi, Saman Mohammadi Khiareh, Shahin Basami, Soleiman Shahbakhsh, Tayfour Salimi Babamiri, Vahid Bani Amerian, Yaghoub Derakhshan et Yousef Ahmadi.
Après les déclarations de représentants de l’État, on craint que des milliers d’autres condamnés ne soient mis à mort, ou ne soient visés par des enquêtes ou des poursuites pour des infractions passibles de la peine capitale, notamment des atteintes à la législation sur les stupéfiants ou des charges à la définition trop large ou formulées en termes vagues, qui ne sont pas conformes au principe de légalité, ainsi que pour des infractions pénales universellement reconnues, comme par exemple le meurtre.
À la suite du soulèvement Femme Vie Liberté en 2022, les autorités iraniennes ont utilisé leur recours à la peine capitale comme une arme, afin de semer la peur au sein de la population et de resserrer leur emprise sur le pouvoir.
En 2023, l’Iran a exécuté au moins 853 personnes, soit une augmentation de 48 % par rapport à 2022.
En 2024, Amnesty International a enregistré 972 exécutions, ce qui représente le nombre le plus élevé depuis 2015, avec au moins 52 % (505) des exécutions recensées en 2024 dans ce pays concernant des personnes déclarées coupables d’infractions liées aux stupéfiants. Cela confirmait une tendance inquiétante à la hausse depuis que les autorités ont repris en 2021 une politique extrêmement répressive en la matière, en violation du droit international, qui interdit strictement le recours à la peine de mort pour ce type d’infraction.
Le recours des autorités iraniennes à la peine de mort a par ailleurs un impact disproportionné sur les minorités opprimées en Iran, en particulier les Kurdes, les Baloutches et les Afghan·e·s. Le nombre d’Afghan·e·s ayant été exécutés en 2024 a quant à lui nettement augmenté par rapport à 2023, passant de 25 à 80, dont environ la moitié pour des infractions liées aux stupéfiants. Cette hausse a été concomitante avec une multiplication des discours et traitements haineux et déshumanisants à l’égard des ressortissant·e·s afghans, ce qui a continué en 2025.
Après l’escalade des hostilités entre Israël et l’Iran le 13 juin 2025, les responsables iraniens, qui qualifient de longue date les Afghan·e·s d’« étrangers » ou de « ressortissants non autorisés », ont intensifié les discours racistes, xénophobes et déshumanisants à l’égard de cette communauté. Les autorités ont par ailleurs porté des accusations non fondées contre des Afghan·e·s, les accusant d’« espionnage » pour le compte d’Israël.
Au moins cinq personnes identifiées comme afghanes ont été arrêtées depuis le 14 juin 2025 sur la base d’accusations de ce type, et les médias d’État ont diffusé les « aveux » forcés d’au moins quatre de ces hommes.
De hauts représentants de l’État, notamment Gholamhossein Mohseni Eje’i, le responsable du pouvoir judiciaire, ont demandé des procès et des exécutions expéditifs pour « soutien » à des États hostiles, notamment Israël, ou « collaboration » avec ceux-ci. Des médias affiliés à l’État se sont prononcés en faveur de la répétition des massacres de 1988 dans les prisons, un article de Fars News affirmant que « les mercenaires [...] méritent des exécutions similaires à 1988 ». Depuis le 13 juin 2025, au moins neuf hommes ont été exécutés sur la base de charges à caractère politique ou d’accusations d’espionnage pour le compte d’Israël.
Amnesty International s’oppose catégoriquement à la peine de mort, en toutes circonstances. Cette sanction viole le droit à la vie tel qu’il est proclamé par la Déclaration universelle des droits de l’homme et constitue le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit.
Amnesty International ne cesse d’appeler tous les pays où elle est encore en vigueur, y compris l’Iran, à instaurer un moratoire officiel sur les exécutions, en vue de l’abolition totale de la peine de mort.