Écrire Un ancien rédacteur en chef ouïghour âgé de 70 ans est détenu au secret

Le fils du rédacteur en chef à la retraite Qurban Mamut n’a pas vu ni entendu son père depuis novembre 2017. Qurban Mamut était allé voir son fils aux États-Unis en février 2017. Son fils, citoyen des États-Unis, pense que son père est détenu parce qu’il a des proches qui vivent en-dehors de la Chine.

Une source lui a indiqué en septembre 2018 que Qurban Mamut avait été envoyé dans un centre « de transformation par l’éducation ».

L’âge et l’absence d’informations sur l’état de santé de Qurban Mamut suscite des inquiétudes à son sujet.

Qurban Mamut est un écrivain, journaliste et ancien rédacteur en chef de Xinjiang Civilization, journal d’état en langue ouïghoure faisant la promotion de l’histoire et de la culture ouïghoures. Il a travaillé pour le journal Xinjiang Civilization à partir de 1985 et a pris sa retraite de rédacteur en chef en 2011.

Le fils de Qurban Mamut, Bahram Sintash, est citoyen des États-Unis, où il vit avec sa femme et leur enfant tout en travaillant pour Radio Free Asia. Qurban Mamut est allé rendre visite à son fils aux États-Unis en février 2017, et son fils pense que cette visite pourrait constituer la raison pour laquelle Qurban Mamut est détenu. Amnesty International a rassemblé de nombreuses informations sur des cas de personnes du Xinjiang ayant été envoyées en rééducation après s’être rendues à l’étranger ou y avoir résidé, ou parce qu’elles avaient des proches vivant à l’étranger.

Bahram Sintash est désormais un producteur de contenu numérique à Radio Free Asia. Son Service ouïghour est l’une des seules structures fournissant des informations indépendantes sur la situation au Xinjiang. Amnesty International a réuni des informations sur des cas où des proches de journalistes de Radio Free Asia étaient pris pour cibles par les autorités chinoises et envoyés dans des centres de « transformation par l’éducation ». Par exemple, une vingtaine de proches de Gulchehra Hoja ont été pris pour cibles et détenus en raison du travail de cette femme comme journaliste au sein du Service ouïghour de Radio Free Asia.

Le Xinjiang est l’une des régions chinoises dont la population est la plus diversifiée sur le plan ethnique. Plus de la moitié de ses 22 millions d’habitant·e·s appartiennent à des groupes ethniques principalement d’origine turque et majoritairement musulmans, parmi lesquels les Ouïghours (environ 11,3 millions de personnes), les Kazakhs (environ 1,6 million) et d’autres populations dont les langues, les cultures et les modes de vie sont très différents de ceux des Hans, qui sont majoritaires en Chine « intérieure ».

En mars 2017, les autorités du Xinjiang ont adopté le « Règlement de lutte contre l’extrémisme », qui définit et interdit un large éventail de comportements qualifiés d’« extrémistes », tels que la « diffusion de pensées extrémistes », le fait de critiquer ou de refuser d’écouter ou de regarder des émissions de la radio et de la télévision publiques, le port de la burqa, le port d’une barbe « anormale », le fait de s’opposer aux politiques nationales, et la publication, le téléchargement, le stockage et la lecture d’articles, de publications ou de matériel audiovisuel présentant un « contenu extrémiste ». Cette réglementation a en outre instauré un « système de responsabilisation » destiné aux cadres du gouvernement pour les activités de « lutte contre l’extrémisme », et mis en place une évaluation annuelle de leurs performances.

On estime que jusqu’à un million de Ouïghours, de Kazakhs et d’autres membres d’ethnies à majorité musulmane sont détenus dans des centres de « transformation par l’éducation ». Les autorités chinoises ont nié l’existence de ces lieux jusqu’en octobre 2018, et ont ensuite affirmé qu’il s’agissait de centres de « formation professionnelle » gratuite et volontaire. Selon elles, l’objectif de cette formation est de fournir des enseignements techniques et professionnels pour permettre à ces personnes de trouver un emploi et de devenir des citoyens « utiles ». Les explications de la Chine, cependant, contredisent les informations recueillies auprès d’ancien·ne·s détenu·e·s faisant état de coups, de privation de nourriture et de détention à l’isolement.

La Chine a rejeté les demandes de la communauté internationale, y compris d’Amnesty International, l’appelant à autoriser des experts indépendants à se rendre librement dans la région du Xinjiang. En revanche, elle a multiplié les efforts pour faire taire les critiques en invitant des délégations de divers pays à se rendre au Xinjiang pour des visites soigneusement orchestrées et surveillées de près.

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