Écrire Des défenseurs des droits humains risquent d’être soumis à un procès secret

Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong, qui travaillent pour une ONG luttant contre la discrimination, sont maintenus en détention au secret depuis leur arrestation, le 22 juillet 2019.

L’épouse de Cheng Yuan a été informée par le parquet le 10 juillet 2020 qu’un acte d’accusation a été dressé dans cette affaire le 24 juin, et que les trois hommes vont donc être jugés pour « incitation à la subversion de l’État ».
Comme les autorités n’ont pas fourni d’autres informations au sujet de la mise en accusation aux familles des trois hommes ni aux avocats choisis par les familles, il est à craindre que les trois défenseurs des droits humains ne soient jugés dans le cadre d’un procès secret.

Comme ils ne sont pas autorisés à communiquer avec leurs familles ni avec les avocats de leur choix, ils risquent d’être soumis à la torture ou à d’autres mauvais traitements.

Changsha Funeng (长沙富能) est une ONG qui défend les droits des personnes avec des handicaps et d’autres groupes marginalisés, et qui lutte contre la discrimination à l’emploi dont font l’objet les personnes vivant avec le VIH et l’hépatite B, en menant des actions judiciaires. Le responsable de cette organisation, Cheng Yuan, est un militant expérimenté dans le domaine de l’intérêt public et du droit en Chine. Il a représenté des clients dans une dizaine d’affaires de discrimination au cours de la dernière décennie, et a contribué à faire baisser la discrimination institutionnelle à l’égard des porteurs de l’hépatite B en Chine.

En 2013, il a mené une procédure historique et, pour la première fois, une personne séropositive au VIH a été indemnisée pour discrimination à l’embauche. Par ailleurs, Cheng Yuan n’a cessé de recourir aux poursuites judiciaires et à l’action de plaidoyer pour obtenir l’abolition de la « politique de l’enfant unique » de la Chine et la réforme du système d’enregistrement des ménages (hukou). Liu Yongze et Wu Gejianxiong sont tous deux des employés de Changsha Funeng.

Cheng Yuan, Li Yongze et Wu Gejianxiong ont cessé d’avoir des contacts avec leurs amis et collègues depuis le 22 juillet 2019. Li et Wu étaient censés rencontrer un avocat au sujet de poursuites judiciaires dans l’après-midi du 22 juillet, mais ils ne se sont pas présentés à ce rendez-vous. Il a ultérieurement été confirmé que les trois hommes ont été placés en détention pénale à leur domicile à Changsha le 22 juillet 2019.

Une semaine avant leur arrestation, Cheng Yuan s’était rendu à Hong Kong, sur fond de manifestations contre le projet de loi sur l’extradition, afin de régler des affaires personnelles et relatives à son organisation. Cheng Yuan avait auparavant dit à l’un de ses amis que la police avait averti les partenaires de travail au sein de Changsha Funeng qu’il était sur le point d’être arrêté.

Des proches des trois hommes ont signalé qu’ils avaient fait l’objet de manœuvres d’intimidation et de menaces de la part de la police. On leur a dit de ne rien publier en ligne et de cesser de parler aux médias de la détention des trois hommes. L’épouse de Cheng Yuan, Shi Minglei, a été interrogée le 22 juillet et elle est depuis placée en résidence surveillée pour des « soupçons de subversion du pouvoir de l’État ». Au cours de l’interrogatoire, des enquêteurs ont menacé de s’en prendre à l’enfant du couple, âgé de trois ans, et d’arrêter des personnes qu’elle connaît si elle ne collaborait pas avec eux. Plus tard, le 8 août, le frère de Cheng Yuan, Cheng Hao, a été convoqué pour un interrogatoire après avoir appelé publiquement à la libération de son frère.

En mars 2020, les avocats engagés par les familles ont été informés par les autorités qu’ils avaient été « renvoyés ». Les autorités ont affirmé que leur renvoi avait été demandé par les trois détenus, alors que les avocats n’avaient pas été autorisés à rencontrer leurs clients depuis leur placement en détention. Les familles pensent que les trois hommes ont été poussés à renvoyer les avocats qu’elles avaient engagés.

Amnesty International a réuni des informations montrant que les autorités chinoises ont dans plusieurs cas contraint des défenseur·e·s des droits humains incarcérés à renvoyer les avocats qu’ils avaient choisis, et nommé à leur place des avocats favorables au gouvernement pour les défendre face à des accusations motivées par des considérations politiques.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Procureur général,

Je vous écris afin de vous faire part de mes vives préoccupations au sujet de Cheng Yuan (程渊), Liu Yongze (刘永泽) et Wu Gejianxiong (吴葛健雄), employés d’une ONG qui lutte contre la discrimination, qui sont maintenus en détention au secret depuis le 22 juillet 2019. Il est très inquiétant de savoir que les proches des trois hommes n’ont reçu aucune information au sujet de cette affaire depuis près d’un an, mis à part qu’ils ont eu connaissance de leur mise en accusation par vos services à la suite de l’appel téléphonique qu’ils ont passé le 10 juillet.

Les trois hommes, qui sont actuellement incarcérés dans le centre de détention du district de Kaifu de la ville de Changsha, ont été inculpés d’« incitation à la subversion de l’État » (煽动颠覆国家政权罪) et ils doivent être jugés par le tribunal populaire intermédiaire de Changsha. Les trois hommes pourraient avoir subi des pressions qui les ont poussés à renvoyer les avocats choisis par leur famille en mars 2020, ce qui est très préoccupant.

Il est très inquiétant de savoir que les trois hommes sont détenus au secret depuis plus d’un an, sans que leurs familles ou leurs avocats aient pu vérifier leur état de santé physique et psychologique. Au vu des garanties limitées protégeant les personnes détenues au secret, je crains fortement que Cheng Yuan, Li Yongze et Wu Gejianxiong ne soient soumis à des actes de torture ou à d’autres mauvais traitements.

Il est désolant de constater que des personnes comme Cheng Yuan, Li Yongze et Wu Gejianxiong, qui défendent les droits de groupes marginalisés et œuvrent pour la protection des droits des personnes les plus vulnérables dans la société, sont détenues dans de telles conditions et inculpés d’infractions vagues relatives à la sécurité nationale. Compte tenu de l’absence de transparence dans cette affaire jusqu’à présent, je crains également que ces trois hommes ne soient rapidement jugés de façon secrète.

Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong sont considérés comme des prisonniers d’opinion, car ils sont détenus uniquement pour avoir mené leurs activités professionnelles et défendu de manière pacifique les droits humains. En conséquence, je vous demande instamment :

• de libérer Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong immédiatement et sans condition, et d’abandonner les charges retenues contre eux, car ils sont détenus uniquement pour avoir mené leurs activités professionnelles et défendu les droits humains de manière pacifique ;
• de veiller à ce que, pendant leur détention, Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong puissent chacun avoir des contacts réguliers et sans restriction avec leur famille et les avocats de leur choix, et à ce qu’ils ne soient pas soumis à des actes de torture ni à d’autres mauvais traitements.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération,

VOS APPELS : anglais ou chinois. Vous pouvez également écrire dans votre propre langue.


Toutes les infos
Toutes les actions

Protégez les manifestants au Bélarus

Signez la pétition pour la protection des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique au Bélarus