Écrire Des employés d’une ong détenus pour « subversion »

Soupçonnés de « subversion du pouvoir de l’État », les défenseurs des droits humains Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong sont maintenus en détention au secret depuis le 22 juillet 2019.

S’ils sont déclarés coupables, ils encourent la réclusion à perpétuité.

N’étant pas autorisés à communiquer avec leur famille ni à consulter l’avocat de leur choix, ils risquent fortement d’être victimes de torture et d’autres mauvais traitements.

Les raisons pour lesquelles les trois employés de Changsha Funeng sont détenus demeurent floues. Cette ONG s’intéresse principalement aux questions de protection sociale et, selon son cofondateur Yang Zhangqing, n’est pas du toute une organisation politique. Cheng Yuan a raconté à l’un de ses amis que la police avait parlé aux partenaires de travail de Changsha Funeng, affirmant qu’il était sur le point d’être arrêté. Il a également dit à un autre ami que la police l’avait mis en garde, via un intermédiaire, sur le fait qu’il ne devait plus se rendre à Changsha, dans la province du Hunan, en Chine. Une semaine avant leur arrestation, Cheng Yuan s’est rendu à Hong Kong, sur fond de manifestations contre le projet de loi sur l’extradition, afin de régler des affaires personnelles et relatives à son organisation.

Liu Yongze et Wu Gejianxiong sont tous deux des employés de Changsha Funeng. Ils étaient censés rencontrer un avocat au sujet d’une affaire de poursuites judiciaires dans l’après-midi du 22 juillet. L’avocat n’a pas pu contacter les deux hommes, qui ne se sont pas présentés à ce rendez-vous. À peu près au même moment, le directeur de Changsha Funeng, Cheng Yuan, n’était pas non plus joignable. Depuis, leurs amis, leurs proches et leurs collègues n’ont pas pu entrer en contact avec eux. Il a par la suite été confirmé que Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong ont été arrêtés à leur domicile à Changsha le 22 juillet.

Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong font un travail remarquable en vue de mettre fin aux discriminations visant les personnes infectées par le VIH et de faire progresser le droit à la santé et les droits des personnes souffrant d’un handicap en Chine. Changsha Funeng a été fondée en 2016 pour garantir les droits des groupes marginalisés, comme les personnes souffrant de handicaps, et promouvoir la transparence au sein du gouvernement, notamment la mise en œuvre de la réglementation relative à la divulgation des informations gouvernementales.

Responsable de l’organisation, Cheng Yuan est un militant expérimenté dans le domaine de l’intérêt public et du droit en Chine. Depuis 10 ans, il a représenté des clients dans une dizaine d’affaires de discrimination à l’égard de personnes vivant avec l’hépatite B et le sida et a contribué à faire baisser la discrimination institutionnelle à l’égard des porteurs de l’hépatite B en Chine. En 2013, il a mené une procédure historique et, pour la première fois, une personne séropositive au VIH a été indemnisée pour discrimination à l’embauche. Par ailleurs, Cheng Yuan œuvre à abolir la politique de l’enfant unique et à réformer le système d’enregistrement des ménages, par le biais de poursuites judiciaires et d’un travail de campagne.

J'agis

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Monsieur,

Je vous écris afin de vous faire part de mes vives préoccupations concernant la détention de Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong, employés d’une ONG qui lutte contre les discriminations à Changsha. Privés de la possibilité de communiquer avec leurs familles et de consulter l’avocat de leur choix, je crains que les trois hommes ne courent le risque de subir des actes de torture et d’autres mauvais traitements.

Membres de Changsha Funeng, une ONG juridique d’intérêt public, Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong sont détenus pour des motifs pénaux car ils sont soupçonnés de « subversion du pouvoir de l’État », depuis le 22 juillet 2019. Les trois hommes sont détenus au centre de détention du Bureau de la sûreté de l’État de la province du Hunan.

Je souhaite également exprimer mon inquiétude concernant les mesures de harcèlement et les persécutions infligées aux familles des trois militants. Menacées par la police, elles ont été enjointes de ne rien poster en ligne et de cesser de parler aux médias de la détention de leurs proches. L’épouse de Cheng Yuan, Shi Minglei, a été interrogée le 22 juillet et est depuis lors placée en résidence surveillée pour des « soupçons de subversion du pouvoir de l’État ». Au cours de l’interrogatoire, des agents de la sécurité nationale ont menacé de s’en prendre à l’enfant du couple âgé de trois ans et d’arrêter des personnes qu’elle connait si elle ne collaborait pas avec eux. Plus tard, le 8 août, le frère de Cheng Yuan, Cheng Hao, a été convoqué pour interrogatoire après avoir appelé publiquement à libérer son frère.

Changsha Funeng est une ONG installée à Changsha, cofondée en 2016 par Cheng Yuan. Elle défend les droits des groupes marginalisés, notamment des personnes souffrant de handicaps, et lutte contre la discrimination à l’embauche que subissent les personnes vivant avec le VIH et l’hépatite B en intentant des poursuites judiciaires.

Ces trois hommes sont des prisonniers d’opinion, détenus uniquement pour avoir mené leurs activités professionnelles et défendu de manière pacifique les droits humains.

En conséquence, je vous prie instamment :

1) de libérer Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong immédiatement et sans condition, et d’abandonner les charges retenues contre eux, car ils sont détenus uniquement pour avoir mené leurs activités professionnelles et défendu les droits humains de manière pacifique ;

2) de veiller à ce que, pendant leur détention, Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Geijianxiong puissent avoir des contacts réguliers et sans restriction avec leur famille et les avocats de leur choix et à ce qu’ils ne soient pas soumis à des actes de torture ni à d’autres mauvais traitements ;

3) de mettre fin à tous les actes de harcèlement et de persécution visant les membres de leur famille.

Sincères salutations,

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