Écrire Des journalistes détenus ont besoin de soins médicaux urgents

Le journaliste Abdelkhaleq Amran a besoin de toute urgence de soins médicaux après avoir été soumis à des actes torture ou d’autres mauvais traitements, selon ses proches. Neuf autres journalistes détenus arbitrairement avec lui ont également besoin d’être soignés.

Selon ses proches, Abdelkhaleq Amran, qui fait partie d’un groupe de 10 journalistes détenus arbitrairement au Yémen depuis juin 2015, a besoin de toute urgence de soins médicaux après avoir été torturé il y a deux semaines. D’autres personnes détenues dans des cellules voisines de la sienne au Bureau de la sécurité politique (PSO), à Sanaa, la capitale, ont déclaré à sa famille l’avoir entendu crier depuis sa cellule le 30 novembre. D’après ses proches, une blessure à la colonne vertébrale dont il souffrait déjà auparavant s’est aggravée depuis et il ne peut maintenant plus marcher correctement sans aide. Malgré son état, il est privé de soins et de médicaments.

Les journalistes Hisham Tarmoom, Tawfiq al Mansouri, Hareth Hamid, Hasan Annab, Akram al Walidi, Haytham al Shihab, Hisham al Yousefi, Essam Balgheeth et Salah al Qaedi sont également désormais détenus au PSO. Selon les informations recueillies par Amnesty International, ils souffrent de divers problèmes de santé, notamment des douleurs à l’estomac, aux intestins, au dos et aux dents, ainsi que des hémorroïdes, pour lesquels ils ne sont autorisés à recevoir ni soins, ni traitement médicamenteux. Les responsables du PSO ont en outre empêché les familles d’apporter à leurs proches détenus des médicaments ou même des couvertures et des vêtements chauds pour l’hiver lors de leurs visites.

En septembre, des proches des 10 journalistes ont été autorisés à leur rendre visite pour la première fois depuis leur disparition forcée en mai, après leur transfert du centre de détention provisoire d’Al Habra, situé à Sanaa, au PSO sans que leurs familles en aient été informées. Les proches d’autres détenus ont raconté à ceux d’Abdelkhaleq Amran que pendant presque toute la durée de sa détention au secret au PSO, il avait été maintenu à l’isolement et ses codétenus entendaient quotidiennement des cris provenant de sa cellule. Pendant cette période, les Houthis, qui détiennent le pouvoir de fait, ont refusé de fournir des informations aux familles des journalistes quant au nouveau lieu où ils se trouvaient.

Les 10 journalistes cités travaillent pour divers médias, dont certains sont hostiles aux Houthis et d’autres favorables au parti d’opposition Al Islah (Rassemblement yéménite pour la réforme).

Abdelkhaleq Amran, Hisham Tarmoom, Tawfiq al Mansouri, Hareth Humid, Hasan Annab, Akram al Walidi, Haytham al Shihab, Hisham al Yousefi et Essam Balgheeth travaillaient dans une chambre qu’ils avaient louée à l’hôtel Qasr al Ahlam, situé rue Al Sitteen, à Sanaa, quand plusieurs hommes armés ont fait irruption dans la pièce le 9 juin 2015 vers 4 heures du matin. Ces hommes étaient partiellement en uniforme et certaines de leurs armes portaient des slogans associés au groupe armé des Houthis et à sa branche politique, Ansarullah. Les journalistes ont d’abord été séparés en deux groupes, qui ont été conduits dans deux postes de police de Sanaa – celui d’Al Ahmar et celui d’Al Hasaba –, où certains ont été autorisés à passer un bref coup de fil à leur famille. Deux jours plus tard, plusieurs d’entre eux ont été transférés à la brigade antiterroriste du Service des enquêtes criminelles, où ils sont restés en détention pendant un mois. De mi-juillet à mi-septembre 2015, ces neuf journalistes ont été détenus au secret dans des lieux non révélés ; ce n’est que grâce aux témoignages d’anciens prisonniers du centre de détention provisoire d’Al Thawra, à Sanaa, que leurs familles ont appris qu’ils y avaient été transférés. Le centre de détention provisoire d’Al Thawra est placé sous l’autorité du ministère de l’Intérieur du gouvernement contrôlé par les Houthis.

Salah al Qaedi, quant à lui, a été arrêté par les Houthis à son domicile de Sanaa le 28 août 2015 en fin d’après-midi. Sa famille a indiqué à Amnesty International qu’il avait été torturé en détention. Bien que cet homme ne fasse l’objet d’aucune accusation officielle, ses proches supposent qu’il est détenu parce qu’il travaillait pour Suhail TV, une chaîne de télévision proche d’Al Islah qui a dénoncé ouvertement les violences perpétrées par les Houthis depuis qu’ils ont pris le contrôle de Sanaa, en septembre 2014, et qui était considérée comme favorable aux frappes aériennes de la coalition menée par l’Arabie saoudite. En septembre 2014, les Houthis ont effectué une descente dans les locaux de la chaîne, qui a finalement dû cesser ses activités en mars 2015.

Le 16 mars 2016, neuf des journalistes concernés, à l’exception de Salah al Qaedi, ont été transférés du centre de détention provisoire d’Al Thawra, à Sanaa, où ils se trouvaient depuis la mi-septembre 2015, à celui d’Al Habra, également situé dans la capitale. Salah al Qaedi, quant à lui, était détenu à Al Habra depuis la mi-octobre 2015.

Le 23 mai 2016, les familles des 10 journalistes détenus se sont rendues à Al Habra. À leur arrivée, des gardiens leur ont dit qu’ils n’étaient plus là mais ont refusé de révéler où ils se trouvaient. Ces journalistes ont été victimes d’une disparition forcée ce jour-là, puisqu’ils ont été transférés du centre de détention provisoire d’Al Habra au Bureau de la sécurité politique (PSO) sans que leurs familles en soient informées.

Le 9 mai, ils avaient entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention prolongée sans inculpation ni jugement. Selon des parents d’Abdelkhaleq Amran et de Hareth Hamid, ceux-ci étaient alors tombés gravement malades mais la direction de la prison avait refusé de les faire admettre dans un hôpital, comme le demandaient leurs familles.

Les Houthis, principalement issus de la minorité chiite zaïdite installée dans le nord du pays, ont pris le contrôle de plusieurs postes de l’armée et des forces de sécurité à Sanaa en septembre 2014. À la fin de la troisième semaine de janvier 2015, ils avaient attaqué des positions militaires, la résidence présidentielle et des bâtiments gouvernementaux. Le président Abd Rabbu Mansour Hadi et son gouvernement ont alors démissionné, laissant les Houthis prendre de fait le pouvoir dans la capitale et d’autres zones du Yémen. Depuis, les Houthis ont conservé leur mainmise sur Sanaa et plusieurs régions du pays.

Depuis le début des frappes aériennes menées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, en mars 2015, on a constaté une augmentation brutale du nombre d’arrestations arbitraires, de placements en détention et de disparitions forcées imputables aux Houthis et aux forces alliées fidèles à l’ancien président Ali Abdullah Saleh. Des centaines de militants, de défenseurs des droits humains et d’autres personnes se réclamant de divers courants politiques – considérés par les Houthis comme leurs opposants – ont été arbitrairement arrêtés, placés en détention et parfois soumis à des actes de torture et d’autres mauvais traitements. Certains ont été victimes de disparition forcée. La majorité des personnes visées étaient des dirigeants, des membres ou des sympathisants du parti politique Al Islah. La plupart de ces arrestations ont eu lieu dans les villes de Sanaa, Ibb, Hodeida et Taïz.

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