Écrire Des journalistes incarcérés en grève de la faim

Sanaz Alahyari et Amirhossein Mohammadifar, deux journalistes iraniens, observent une grève de la faim depuis le 4 juillet. Ils protestent contre leur maintien en détention et contre la répression actuellement exercée par les autorités contre les militant.e.s des droits des travailleurs et contre les journalistes qui couvrent les manifestations organisées à l’usine de canne à sucre de Haft Tappeh, dans la province du Khuzestan. Selon les médecins de la prison, l’état de santé de la journaliste Sanaz Alahyari est précaire et s’il continue à se dégrader, un arrêt respiratoire pourrait être à craindre.

Sanaz Alahyari et son mari, Amirhossein Mohammadifar, font partie du personnel de Gam, un magazine en ligne qui aborde des sujets ayant trait à la justice sociale, notamment aux droits des travailleuses et travailleurs. Le 9 janvier 2019, ils ont été arrêtés à Téhéran et transférés dans la section 209 de la prison d’Evin, qui est gérée par le ministère du Renseignement. Après une période à l’isolement, Sanaz Alahyari a été transférée dans l’aile réservée aux femmes, et Amirhossein Mohammadifar dans la section 4 de cet établissement. Au cours de cette période, ils ont été interrogés en l’absence d’un avocat. Leurs proches ont été informés qu’ils devaient choisir un avocat sur une liste de professionnels validée par le responsable du pouvoir judiciaire, mais ils ont refusé de se plier à cette restriction.
Selon les informations recueillies par Amnesty International, Sanaz Alahyari, dans la section 209 de la prison d’Evin, était détenue dans une cellule sombre, sans lumière naturelle, où elle devait dormir à même le sol. Les autorités ont également refusé de lui fournir de nouvelles lunettes après que les siennes ont été cassées dans des circonstances inconnues d’Amnesty International. La première visite de la famille de Sanaz Alahyari a eu lieu 20 jours après son arrestation et s’est déroulée derrière une vitre. Quand ses proches sont revenus la voir, en mars 2019, ils ont constaté qu’elle avait les yeux fortement enflés. Sanaz Alahyari a développé d’autres problèmes de santé par la suite, et souffre notamment de douleurs abdominales récurrentes et de violents tremblements des mains et des jambes. Elle a également perdu une dizaine de kilos. Sa famille a demandé à maintes reprises au ministère public et aux autorités pénitentiaires de la transférer dans un centre médical extérieur à la prison pour qu’elle puisse y passer des examens. Ses proches ont également écrit deux lettres aux autorités à cet effet, l’une au procureur général de Téhéran, Ali Alghasi Mehr, et l’autre au procureur général du pays, Mohammad Jafar Montazeri. Leurs demandes sont restées sans réponse.
Le 14 janvier 2019, un autre employé du magazine Gam, Amir Amirgholi, a également été arrêté par des agents du ministère du Renseignement, dans la ville de Babolsar (province du Mazandaran, nord de l’Iran), et transféré dans la section 209 de la prison d’Evin. Il a été maintenu à l’isolement pendant 40 jours, puis transféré dans la prison de Sheyban, à Ahvaz (province du Khuzestan). Ce transfert a apparemment eu lieu à la demande de représentants du ministère du Renseignement et de responsables du ministère public à Suse (province du Khuzestan), qui ont arrêté depuis novembre 2018 plusieurs défenseurs des droits des travailleurs à la suite des manifestations pacifiques des ouvriers de l’usine de canne à sucre de Haft Tappeh. Amir Amirgholi a été renvoyé dans la prison d’Evin le 28 avril.
Le 29 avril, Sanaz Alahyari, Amirhossein Mohammadifar et Amir Amirgholi ont été présentés séparément aux services du ministère public dans la prison d’Evin et informés des charges retenues contre eux. Ils sont notamment inculpés de « rassemblement et collusion en vue de commettre des atteintes à la sécurité nationale », de « propagande contre le régime », de « diffusion d’informations mensongères » et d’« appartenance à un groupe formé dans le but de porter atteinte à la sécurité nationale ». Les charges retenues contre ces journalistes sont directement liées au fait qu’ils ont exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion en couvrant des manifestations organisées par des ouvriers de l’usine de canne à sucre de Haft Tappeh, dans la province du Khuzestan, pour réclamer le versement d’arriérés de salaire et dénoncer de mauvaises conditions de travail. Les trois journalistes attendent actuellement d’être jugés par la 28e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran.
Au moins trois autres défenseurs des droits des travailleurs, Esmail Bakhshi, Sepideh Gholian et Ali Nejati, et une journaliste, Asal Mohammadi, font actuellement l’objet de poursuites pénales pour avoir participé aux manifestations pacifiques organisées par les ouvriers de l’usine de canne à sucre de Haft Tappeh. Esmail Bakhshi et Sepideh Gholian sont détenus depuis le 20 janvier 2019. Ils ont été arrêtés après avoir dénoncé publiquement les actes de torture subis selon eux au cours de leur première détention, en novembre et décembre 2018 (voir Iran. Deux militants des droits du travail risquent d’être de nouveau torturés, 29 janvier 2019, MDE 13/9745/2019). Ali Nejati, ancien président et membre actuel du syndicat de Haft Tappeh, a été arrêté le 29 novembre 2018 et libéré sous caution le 28 janvier 2019, dans l’attente de son procès. Asal Mohammadi, une autre employée du magazine Gam , a été arrêtée le 8 décembre 2018 et libérée sous caution le 5 janvier 2019, dans l’attente de son procès. Amnesty International croit comprendre que le ministère public a joint les dossiers de ces personnes à ceux de Sanaz Alahyari, Amirhossein Mohammadifar et Amir Amirgholi, et qu’ils seront probablement jugés tous ensemble.

Action terminée

Toutes les infos
Toutes les actions

Libérez celles qui se battent contre la peine de mort

Agissez pour demander la libération de trois défenseures iraniennes en prison pour avoir militer contre la peine de mort. Signez la pétition