Écrire Des militants arrêtés pour avoir commémoré le 4 juin 1989

Quatre militants ont été officiellement arrêtés pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État », pour avoir commémoré le 27e anniversaire de la répression de Tiananmen en faisant la promotion d’une boisson alcoolisée chinoise portant une étiquette en référence au 4 juin 1989, avec la célèbre image d’un homme faisant face à des chars.

Le 5 juillet, Fu Hailu, Luo Fuyu et Zhang Junyong ont été officiellement arrêtés pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État », après avoir été maintenus en détention pendant environ un mois. Ils ont été arrêtés pour avoir diffusé sur Internet une publicité pour un baijiu, un alcool très consommé en Chine, dont l’étiquette indiquait « Souvenez-vous, Huit-Alcool-Six-Quatre », en référence à la date du 4 juin 1989, et représentait la célèbre image d’un homme faisant face à des chars.

Un autre militant, Chen Bing, avait été appréhendé à l’aéroport de Shuangliu le 21 juin, à Chengdu, avant d’être libéré sous caution le 30 juin. Il a cependant été officiellement arrêté le 6 juillet, soupçonné d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État ».

Pendant les mois de mai et juin, les autorités chinoises ont traqué les militants qui organisaient des activités pour commémorer la répression de Tiananmen. Au total, 12 personnes ont été placées en détention. Huit d’entre elles ont par la suite été libérées sous caution, mais les quatre personnes nommées ci-dessus sont toujours en détention. Ma Qing, originaire de la province du Sichuan, a été libérée sous caution le 21 juin après avoir été arrêtée le 27 mai. Luo Yaling, de Chongqing a été libérée sous caution le 3 juillet après avoir été maintenue en détention pendant 31 jours, accusée d’avoir « cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public ».

Quatre militants de Pékin, Xu Caihong, Ma Xinli, Liang Taiping et Li Wei ont été libérés sous caution le 29 juin. Ils avaient été placés en détention le 31 mai et le 1er juin, pour avoir « cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public », après s’être rassemblés à Pékin pour commémorer la date anniversaire. Deux autres militants de Pékin, Zhang Baocheng et Zhao Changqing, arrêtés pour les mêmes accusations, ont été libérés sous caution le 7 juillet.

En avril 1989, des manifestations organisées à l’instigation de plusieurs étudiants qui se réunissaient initialement pour honorer la mémoire du haut responsable du Parti communiste Hu Yaobang se sont propagées rapidement dans l’ensemble du pays. Les étudiants réclamaient qu’il soit mis fin à la corruption des fonctionnaires et appelaient à des réformes politiques et économiques. Leurs demandes ont emporté l’adhésion d’un large public. Des manifestations pacifiques ont eu lieu à Pékin et dans toute la Chine. Les autorités n’ont pas réussi à persuader les manifestants de rentrer chez eux. Compte tenu de l’escalade des tensions à Pékin, l’état de siège a été instauré le 20 mai.

Dans la nuit du 3 juin 1989, des militaires lourdement armés et des centaines de véhicules blindés sont arrivés dans la ville pour mettre fin aux manifestations en faveur de la démocratie. De nombreux civils, dont des enfants et des personnes âgées, ont été abattus par des soldats. Le 4 juin, l’armée avait pris totalement le contrôle de Pékin.

Fin juin 1989, les autorités chinoises ont publié un rapport officiel dans lequel elles affirmaient que « plus de 3 000 civils avaient été blessés et plus de 200, dont 36 étudiants, avaient trouvé la mort dans les émeutes ». Elles y indiquaient aussi que plusieurs dizaines de militaires étaient décédés. Bien qu’on ignore toujours si ces chiffres sont exacts, ils sont probablement en deçà de la réalité.

Immédiatement après la répression militaire, les autorités ont commencé à traquer les personnes qui avaient participé aux manifestations. De nombreux civils ont été arrêtés, torturés ou emprisonnés à l’issue de procès iniques.

Beaucoup ont été inculpés de crimes « contre-révolutionnaires ». Bien que les infractions « contre-révolutionnaires » aient été supprimées du Code pénal en 1997, les affaires concernant des personnes déjà incarcérées pour de telles infractions, notamment celles ayant participé aux manifestations de 1989 en faveur de la démocratie, n’ont pas été réexaminées.

Parmi les militants détenus pour avoir commémoré le 27e anniversaire de la répression de Tiananmen cette année figurent Zhang Baocheng, Zhao Changqing et Li Wei, qui appartenaient au réseau informel « Mouvement des nouveaux citoyens », dirigé par le juriste Xu Zhiyong. Ce réseau préconisait des activités visant à endosser une « nouvelle responsabilité citoyenne » consistant à rejeter la corruption et à faire le bien de la société, à participer à la vie civique en organisant des réunions sur la situation politique, à aider les plus faibles et à s’unir pour partager et coordonner le travail.

En avril 2014, Li Wei et Zhang Baocheng ont été condamnés à deux ans d’emprisonnement et Zhao Changqing à deux ans et demi pour avoir « organisé un rassemblement dans le but de troubler l’ordre public ». Li Wei, Zhang Baocheng et Zhao Changqing ont été libérés à l’issue de leur peine, respectivement en avril, mars et octobre 2015.

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