Écrire Deux autres militants arrêtés pour avoir fait référence à la répression de Tiananmen

Deux nouveaux militants ont été placés en détention pour avoir fait la promotion d’un baijiu (alcool très consommé en Chine) dont l’étiquette évoquait le 4 juin 1989. Avec les neuf autres militants déjà arrêtés, ce sont maintenant 11 personnes au total qui sont détenues pour avoir commémoré le 27e anniversaire de la répression de Tiananmen. Toutes risquent d’être victimes de torture et d’autres formes de mauvais traitements.

Deux nouveaux militants du Sichuan ont été arrêtés pour avoir commémoré le 27e anniversaire de la répression de Tiananmen. Luo Fuyu et Zhang Jinyong ont été placés en détention le 16 juin 2016 pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État ». Ils ont été arrêtés parce qu’ils ont diffusé sur Internet une publicité pour un baijiu dont l’étiquette indiquait « Souvenez-vous, Huit-Alcool-Six-Quatre », en référence à la date du 4 juin 1989, et représentait la célèbre image d’un homme faisant face à des chars. Deux autres militants du Sichuan, Fu Hailu et Ma Qing, ont déjà été arrêtés pour les mêmes raisons. Fu Hailu a également été placé en détention pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’État », et Ma Qing pour avoir « cherché à provoquer des conflits et troublé l’ordre public ».

Luo Fuyu et Zhang Jinyong se trouvent actuellement au centre de détention de la ville de Chengdu. La famille de Luo Fuyu a été informée de son placement en détention par le bureau de la Sécurité publique du district de Weihua, à Chengdu.

Ces derniers mois, les autorités chinoises ont traqué les militants qui organisaient des activités pour commémorer la répression de Tiananmen. Au total, neuf militants de Pékin, du Sichuan et de Chongqing ont été arrêtés : Zhang Baocheng, Zhao Changqing, Xu Caihong, Ma Xinli, Liang Taiping, Li Wei, Fu Hailu, Ma Qing et Luo Yaling.

En avril 1989, des manifestations organisées à Pékin à l’instigation de plusieurs étudiants qui s’étaient initialement réunis pour honorer la mémoire du haut responsable du Parti communiste Hu Yaobang se sont propagées rapidement dans l’ensemble du pays. Les étudiants réclamaient qu’il soit mis fin à la corruption des fonctionnaires et appelaient à des réformes politiques et économiques. Leurs demandes ont emporté l’adhésion d’un large public. Des manifestations pacifiques ont eu lieu à Pékin et dans toute la Chine. Les autorités n’ont pas réussi à persuader les manifestants de rentrer chez eux. Compte tenu de l’escalade des tensions à Pékin, la loi martiale a été instaurée le 20 mai.

Dans la nuit du 3 juin, des militaires lourdement armés et des centaines de véhicules blindés sont arrivés dans la ville pour mettre fin aux manifestations en faveur de la démocratie. De nombreux civils, dont des enfants et des personnes âgées, ont été abattus par des soldats. Le 4 juin, l’armée avait pris totalement le contrôle de Pékin.

Fin juin 1989, les autorités chinoises ont publié un rapport officiel dans lequel elles affirmaient que plus de 3 000 civils avaient été blessés et plus de 200, dont 36 étudiants, avaient trouvé la mort dans les émeutes. Elles y indiquaient aussi que plusieurs dizaines de militaires étaient décédés. Bien qu’on ignore toujours si ces chiffres sont exacts, ils sont probablement en deçà de la réalité.

Immédiatement après la répression militaire, les autorités ont commencé à traquer les personnes qui avaient participé aux manifestations. De nombreux civils ont été arrêtés, torturés ou emprisonnés à l’issue de procès iniques. Beaucoup ont été inculpés d’infractions « contre-révolutionnaires ». Cette qualification a été supprimée du Code pénal en 1997, mais les affaires concernant les personnes déjà incarcérées pour de telles infractions, notamment celles ayant participé aux manifestations de 1989 en faveur de la démocratie, n’ont pas été réexaminées.
Parmi les personnes détenues pour avoir commémoré le 27e anniversaire de la répression de Tiananmen figurent Zhang Baocheng, Zhao Changqing et Li Wei, qui appartenaient au réseau informel Mouvement des nouveaux citoyens, dirigé par l’éminent juriste Xu Zhiyong. Ce réseau préconisait d’endosser une « nouvelle responsabilité citoyenne » consistant à rejeter la corruption et à faire le bien de la société, de participer à la vie civique en organisant des réunions sur la situation politique, d’aider les plus faibles et de s’unir pour partager et coordonner le travail. En avril 2014, Li Wei et Zhang Baocheng ont été condamnés à deux ans d’emprisonnement et Zhao Changqing à deux ans et demi pour avoir « organisé un rassemblement dans le but de troubler l’ordre public ». Li Wei, Zhang Baocheng et Zhao Changqing ont été libérés à l’issue de leur peine, respectivement en avril, mars et octobre 2015.

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