Écrire Deux militants des droits du travail risquent d’être de nouveau torturés

Les militants iraniens des droits du travail Esmail Bakhshi et Sepideh Gholian, de nouveau arrêtés le 20 janvier après avoir dénoncé les coups et autres violences qu’ils ont subis en détention fin 2018, risquent fortement d’être une fois de plus torturés. Ils doivent être libérés immédiatement et sans condition, car il s’agit de prisonniers d’opinion incarcérés uniquement en raison de leur militantisme pacifique en faveur des droits des travailleurs.

Esmail Bakhshi est un ouvrier de l’usine de canne à sucre d’Haft Tappeh, qui a pris courageusement la parole lors des manifestations pacifiques organisées par des ouvriers de l’usine pour dénoncer le non-paiement des salaires et les conditions de travail. Sepideh Gholian, étudiante à l’université, est une jeune militante des droits du travail qui a participé aux manifestations des ouvriers d’Haft Tappeh et soutient leurs revendications via ses commentaires et ses posts sur les réseaux sociaux. Arrêtés le 18 novembre 2018, ils ont tout d’abord été emmenés au bureau de la police à Suse, dans le Khuzistan. Sepideh Gholian a affirmé qu’à leur arrivée, elle a été battue, jetée contre un mur et frappée à l’épaule avec la lanière en métal de son sac à main. Esmail Bakhshi s’est alors interposé, et les policiers l’ont propulsé à terre, lui ont attaché les mains derrière le dos et l’ont roué de coups. Les deux militants ont alors été emmenés, les yeux bandés, dans un lieu tenu secret à Suse. Selon eux, cet endroit dépendait du ministère du Renseignement. Puis ils ont été conduits, séparément, devant un haut responsable du ministère et un responsable des services du procureur. Après leur libération, Sepideh Gholian a déclaré à Amnesty International : « L’agent des services de renseignement m’a giflée et copieusement insultée. Il a employé un langage très vulgaire et violent, m’a traitée de " putain ", m’a accusée d’avoir des relations sexuelles avec des ouvriers d’Haft Tappeh, et a menacé de demander à ma famille de me tuer pour préserver l’honneur. » Esmail Bakhshi a déclaré : « J’ai été conduit, les yeux bandés et les mains menottées, dans une pièce et on m’a ordonné de m’agenouiller à terre. Deux hommes ont alors commencé à me rouer de coups de pied à la poitrine, au visage et à la tête. Ma tête a cogné contre un mur et j’ai eu des blessures au visage. Ils m’ont emmené dans une cour extérieure et m’ont ligoté les mains à une barre de métal. Il faisait froid et je tremblais. Pourtant, ils m’ont laissé là pendant une ou deux heures. »

Après plusieurs heures passées dans ce lieu tenu secret à Suse, Esmail Bakhshi et Sepideh Gholian ont été transférés à bord d’un van jusqu’à un centre de détention du ministère du Renseignement à Ahvaz. D’après le témoignage qu’ils ont livré à Amnesty International, ils ont été torturés durant le transfert qui a duré environ 1h30. Selon Sepideh Gholian, les agents lui ont ordonné de pencher la tête en avant et lui ont asséné des coups répétés sur la nuque, lui ont dit des obscénités et l’ont contrainte à se qualifier elle-même de « putain ». Esmail Bakhshi a déclaré qu’ils lui avaient tiré les cheveux, l’avaient frappé au visage, à la poitrine, dans le dos, à l’estomac et à la gorge à coups de poings et de matraques, et l’avaient étranglé à de multiples reprises. Il a ajouté qu’ils lui avaient également écarté les jambes avant de lui asséner plusieurs coups sur les testicules, tout en le forçant à s’auto-humilier en se traitant de termes vulgaires : « La douleur était terrible, j’ai perdu connaissance à trois reprises. » Du fait de ces violences, il présentait de multiples blessures : « Pendant plusieurs jours, je pouvais à peine marcher. J’ai eu de la fièvre et un rhume. Mon visage était gonflé et des caillots de sang sortaient de mon nez. Je ne pouvais pas bouger la mâchoire pour mâcher les aliments. Lorsque j’urinais, je ressentais des brûlures terribles et j’avais tellement mal que je souffrais même en dormant. Près de deux mois plus tard, je ressens toujours des douleurs au niveau de mes côtes cassées, des reins, des oreilles et des testicules. » Il a ajouté qu’il n’a bénéficié d’aucun soin médical pendant sa détention et s’est vu refuser l’accès à son inhalateur pour l’asthme et à ses antidépresseurs. Un médecin du centre de détention lui a rendu visite au bout de 21 jours ; il n’a passé que quelques minutes avec lui et a ignoré les marques de torture sur son corps.

Esmail Bakhshi et Sepideh Gholian ont déclaré qu’à leur arrivée au centre de détention du ministère du Renseignement à Ahvaz, ils ont été avertis que le pire était à venir. Les agents leur ont dit : « Cet endroit est la fin du monde. Les droits humains n’existent pas ici et vous n’avez pas d’autre choix que d’avouer comme un chien. » Ils ont ensuite été séparés et placés dans des cellules qui jouxtaient les chambres de torture. Ils entendaient les cris et les gémissements des autres détenus soumis à la torture de jour comme de nuit, ce qui a déclenché chez eux une grave détresse psychologique – peur, angoisse, cauchemars et perte de sommeil notamment. Tout au long de leur détention, ils ont subi des interrogatoires violents qui commençaient souvent à 10 heures du matin pour se terminer aux premières heures le lendemain. Ils n’ont pas pu s’entretenir avec leurs avocats durant cette période. Au cours de ces interrogatoires prolongés, ils étaient assis les yeux bandés, face à un mur, ce qui leur causait des douleurs au dos et des engourdissements au niveau des jambes. Sepideh Gholian a déclaré que les agents chargés de l’interroger, tous des hommes, ont plusieurs fois fait valser à coups de pieds la chaise sur laquelle elle était assise et ont menacé de lui infliger des violences sexuelles, des coups de fouet et de la tuer. Ils lui ont mis un câble dans la main et lui ont demandé en se moquant si elle imaginait ce que ce serait de recevoir des dizaines de coups avec ce câble. Ils lui ont également montré un lit auquel les prisonniers sont sanglés pour être fouettés, tandis qu’elle pouvait entendre les cris d’hommes et de femmes roués de coups dans les pièces voisines et ils ont menacé de lui faire subir le même sort si elle ne passait pas aux aveux. Esmail Bakhshi a déclaré que des agents lui ont menti en lui disant que les proches de Sepideh Gholian avaient lancé une attaque armée contre son domicile, parce qu’ils croyaient qu’il avait une liaison avec elle, et que sa propre famille était désormais à la rue et se cachait.

Le 19 janvier 2019, la veille de l’arrestation des deux militants, la télévision d’État a diffusé les « aveux » qui, selon eux, leur ont été extorqués sous la torture. Dans ces vidéos, ils avouent leur « complicité » avec des organisations marxistes et communistes étrangères dans le but d’orchestrer le renversement du régime de la République islamique, en organisant des grèves et des manifestations ouvrières. Selon Esmail Bakhshi, avant de filmer ces « aveux », les agents chargés de l’interroger l’ont peigné, l’ont rasé et lui ont donné un texte à lire. Ils ont arrêté l’enregistrement à plusieurs reprises, lui hurlant dessus au motif que les expressions de son visage n’exprimaient « pas assez de regrets ». Selon Sepideh Gholian, elle a subi une pression si intense pour avouer que lors de ces interrogatoires, elle hurlait et tremblait sans pouvoir se contrôler.

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