Écrire Incarcération d’un militant pour des critiques formulées durant la pandémie

Alnour Iliachev, militant kazakh en faveur des droits humains, a été arrêté pour des publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles il critiquait le parti au pouvoir, Nour-Otan, et sa gestion de la pandémie de COVID-19.

Il est poursuivi pour « dissémination de fausses informations » contraires à certains « intérêts » durant l’état d’urgence, une infraction passible de sept ans de prison.

Alnour Iliachev est un prisonnier d’opinion et doit être libéré immédiatement et sans condition.

Tard le soir du 17 avril, des policiers ont arrêté Alnour Iliachev, un défenseur des droits humains, dans un bureau, puis se sont rendus dans deux domiciles où résident des membres de sa famille, à Almaty, la plus grande ville du Kazakhstan. Tentant manifestement de semer la peur au sein de cette famille, la police a recouru à des manœuvres d’intimidation et a employé la force physique contre les proches du militant. La fille d’Alnour Iliachev, âgée de 17 ans, se trouvait seule chez elle avec une amie, également mineure. Les policiers ont confisqué les téléphones des deux adolescentes, les empêchant ainsi d’appeler des adultes, et ont commencé à fouiller l’appartement. La fille d’Alnour Iliachev a fait une crise d’angoisse et a perdu connaissance à plusieurs reprises. La police effectuait encore cette perquisition lorsque la mère de la jeune fille est arrivée et a appelé une ambulance. Le personnel ambulancier a pris soin de l’adolescence en présence des policiers. Ces derniers ont laissé les deux logements dans un état de désordre délibéré. Le lendemain, Alnour Iliachev a été placé en détention provisoire pour deux mois.

Les poursuites pénales visant Alnour Iliachev ont été ouvertes en vertu de l’article 274 du Code pénal de la République du Kazakhstan (« Dissémination délibérée d’informations fausses menaçant l’ordre public »), et spécifiquement de la partie 4(2), qui s’applique en situation d’état d’urgence et prévoit une augmentation de peine, la faisant passer de trois à sept ans d’emprisonnement. Le policier chargé de l’enquête a estimé que les propos d’Alnour Iliashev publiés sur Facebook, YouTube et d’autres réseaux sociaux entre le 29 février et le 28 mars 2020 donnaient matière à poursuites et constituaient des éléments établissant l’« infraction ». Dans ces publications, le militant déclare que le parti Nour-Otan, qui est au pouvoir, et les autorités du Kazakhstan sont corrompus et incompétents, notamment face à la pandémie de COVID-19.

Alnour Iliachev est un partisan intègre d’un militantisme pacifique, et œuvre en faveur des droits humains, ainsi que d’un respect strict du droit et de la Constitution par les autorités. En vertu de la loi indûment restrictive réglementant les assemblées pacifiques au Kazakhstan, les personnes organisatrices sont tenues d’obtenir une autorisation préalable à toute manifestation dans la rue. À titre d’illustration, Alnour Iliachev a inlassablement demandé la permission d’organiser un rassemblement, et sa requête a été rejetée 35 fois de suite. Il a formé des recours en justice contre ces refus, en vain. Une autorisation lui ayant finalement été accordée en juin 2019, il a organisé un rassemblement non violent auquel ont assisté plus de 100 personnes.

Selon son avocat, Alnour Iliashev n’évoquera aucune procédure de conciliation avec le ministère public, et a l’intention de comparaître et de défendre son innocence devant le tribunal. Dans une note manuscrite adressée à ses parents et ami·e·s, Alnour Iliachev leur a assuré qu’il allait bien et leur a demandé de garder leur calme, et de lui faire parvenir des livres ; la lettre s’achève sur son slogan personnel, bien connu de ses proches : « Dieu et la Constitution sont de notre côté ! »

Le parti au pouvoir, Nour-Otan, a été fondé en 1999 par le président Noursoultan Nazarbaïev, qui continue à le diriger à ce jour, même après avoir quitté ses fonctions de président en mars 2019. Après sa démission, il a conservé le titre officiel de « Premier président du Kazakhstan » et continue à exercer un pouvoir politique considérable. Plusieurs élections législatives successives, qui étaient loin d’être libres et équitables, selon des observateurs internationaux, ont permis que Nour-Otan reste le seul parti représenté au Parlement.

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