Écrire Inquiétudes pour la santé d’un militant détenu

Abdallah Benaoum en Algerie

La vie d’Abdallah Benaoum, militant politique algérien en détention, est en danger car il a besoin de toute urgence d’une opération du cœur. Abdallah Benaoum, 55 ans, est détenu depuis le 9 décembre 2019 en raison de publications sur Facebook dans lesquelles il critiquait les élections algériennes contestées et la répression du mouvement Hirak en faveur des réformes. Il est actuellement incarcéré à la prison d’Oran.

En raison de sa santé fragile, il n’est pas physiquement capable de rencontrer ses avocats ou sa famille. Les juges ont rejeté de manière inique les multiples demandes de libération provisoire déposées par ses avocats, malgré la détérioration de son état de santé.

La prochaine audience le concernant est fixée au 27 octobre.

Abdallah Benaoum est un militant politique âgé de 55 ans, originaire de Relizane, ville de l’ouest de l’Algérie. Il compte parmi 74 Algériens actuellement détenus pour des accusations liées à leur rôle dans le mouvement de contestation Hirak, qui a débuté en février 2019 pour réclamer un changement politique radical en Algérie, mais est suspendu depuis mars 2020 en raison de la pandémie de COVID-19.

Abdallah Benaoum a été arrêté le 9 décembre 2019, trois jours avant l’élection présidentielle, en raison de posts publiés sur sa page personnelle Facebook critiquant les élections et les poursuites judiciaires intentées contre des militants pacifiques du mouvement Hirak. Le procureur l’a inculpé d’« outrage aux institutions de l’État », « atteinte à l’intégrité du territoire national », « atteinte à l’intérêt national », « démoralisation de l’armée », « tentative de faire pression sur les magistrats dans le cadre d’affaires en instance » et « provocation à un attroupement non armé », au titre des articles 146, 79, 97, 75, 147 et 100 du Code pénal, respectivement. Aucune de ces accusations ne constitue une infraction légitime au titre du droit international relatif aux droits humains car elles imposent des restrictions injustifiées au droit à la liberté d’expression.

Dans une lettre qu’il a récemment adressée depuis la prison par l’intermédiaire de son avocat, Abdallah Benaoum décrit ses conditions carcérales et le retard inexplicable de ses traitements médicaux :

« Il est clair que ce retard [dans les soins médicaux] … est une méthode d’exécution douce et lente et une attaque contraire à la morale islamique et humaine. Quant aux conditions d’incarcération, je suis privé de tous mes droits […], je dors sans couverture ni oreiller. Je dors sur le lit et je me sers de mes vêtements comme oreiller. L’institution assure qu’elle ne peut pas fournir de nouveaux matelas, parce qu’elle n’en a pas. Je suis privé de mon droit de lire les journaux, de savoir ce qui se passe. Je souffre d’un isolement terrible en plein centre d’Oran. La nourriture est une autre calamité. »

Abdallah Benaoum souffre d’artères bouchées, une maladie artérielle chronique qui engendre des problèmes cardiovasculaires. En 2018, il a été opéré une première fois et devait depuis lors mener une vie saine. Cependant, les conditions de son incarcération et la grève de la faim qu’il a observée en 2018 pour protester contre ces conditions ont provoqué une détérioration de son état de santé.

Abdallah Benaoum a passé 15 mois en prison dans le cadre d’une précédente affaire et avait été libre pendant six mois seulement avant son arrestation en décembre 2019. Le 2 avril 2018, il a été condamné à deux ans de prison pour divers chefs d’accusation en lien avec ses publications sur Facebook qui critiquaient en particulier la politique de « réconciliation nationale », au titre de l’article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale de 2006, qui interdit les publications relatives à la guerre civile algérienne de 1990. Il a bénéficié d’une libération conditionnelle le 3 juin 2019, à la suite d’une requête de ses avocats.

D’après le dossier concernant les poursuites actuellement engagées contre lui, la police d’Oued Rhiou, dans la province de Relizane, a perquisitionné sa maison et saisi son téléphone et son ordinateur portable. Les deux ont été fouillés et le procureur a utilisé des vidéos et des publications trouvées sur son compte personnel Facebook pour l’inculper, ainsi que Khaldi Ali, un autre militant de Relizane, de six chefs au titre du Code pénal. Le dossier fait référence aux vidéos d’Abdallah Benaoum réclamant le boycott des élections présidentielles et aux publications dans lesquelles il affirme : « Non aux élections militaires » et « Les étudiants du Hirak dans tous les gouvernorats sont en butte à une répression très sévère ». Il critique également la peine légère prononcée contre un policier pour avoir tué un jeune homme à Oued Rhiou. Ces éléments sont invoqués à titre de preuves de son incitation à la désobéissance et de son atteinte à la sûreté de l’État.

Au moins deux militants sont morts en prison après avoir observé une grève de la faim pour protester contre leur détention motivée par l’exercice de leur droit à la liberté d’expression. Le 28 mai 2019, Kamaleddine Fekhar, défenseur des droits des Amazighs de la région de Ghardaïa et ancien président de la section de la ville de Ghardaïa de la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH), est mort à l’hôpital de Blida après 50 jours d’une grève de la faim menée pour protester contre son incarcération liée à des publications sur Facebook dans lesquelles il critiquait les autorités.

Dans une autre affaire, Mohamed Tamalt, journaliste indépendant algéro-britannique, 41 ans, est mort en détention le 11 décembre 2016 dans un hôpital à Alger, à la suite d’une grève de la faim observée pour protester contre son incarcération.

J'agis

PASSEZ À L’ACTION : ENVOYEZ UN APPEL EN UTILISANT VOS PROPRES MOTS OU EN VOUS INSPIRANT DU MODÈLE DE LETTRE CI-DESSOUS

Monsieur le Président,

Le 27 septembre 2020, les avocats du militant politique Abdallah Benaoum ont une nouvelle fois demandé son transfert à l’hôpital, en raison de la rapide détérioration de son état de santé en prison, qui met sa vie en péril. À ce jour, ils n’ont pas encore reçu de réponse. Adballah Benaoum a les artères bouchées et ses avocats ont déposé une première requête demandant sa libération provisoire en avril 2020, qui a été rejetée. Le juge a justifié ce refus en invoquant la gravité des « crimes » dont il est accusé, à savoir des publications sur Facebook critiques à l’égard des autorités. Ses posts sur Facebook n’incluaient aucune incitation à la violence et étaient de ce fait pleinement protégés par son droit à la liberté d’expression.

Le 12 mai, le cardiologue d’Adballah Benaoum l’a ausculté et a conclu qu’il avait besoin de toute urgence d’une deuxième opération cardiaque. Le 7 juin, ses avocats ont déposé une requête pour qu’il soit transféré à l’hôpital – en vain. Quelques jours plus tard, il a été transféré de la prison de Belhacel, à Relizane, vers une petite prison à Gdyel, ville située dans le gouvernorat d’Oran, à 160 kilomètres de son lieu de résidence, qui ne dispose pas de centres médicaux. Ses avocats ont soumis une autre requête le 21 juin, qui a débouché sur un autre transfert à la prison d’Oran, où il est resté jusqu’à son procès le 16 juillet. Il a de nouveau été retransféré vers la prison d’Oran, où il demeure à ce jour.

Lors de son procès le 16 juillet, Adballah Benaoum était visiblement malade. Ses avocats ont demandé un ajournement, mais le juge a poursuivi la procédure normalement pendant une heure avant qu’un médecin n’examine leur client et ne confirme qu’il n’était pas en état d’assister à son procès. L’audience a été suspendue, mais le juge a rejeté une demande de libération provisoire et renvoyé Adballah Benaoum en prison. Ses avocats ont déposé une nouvelle demande le 2 septembre, qui a de nouveau été rejetée.

Je vous prie d’abandonner toutes les charges pesant sur Abdallah Benaoum et de le libérer immédiatement et sans condition, car il est détenu uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression. Dans l’intervalle, il doit être transféré sans délai vers un centre médical où il pourra recevoir les soins urgents prescrits par son cardiologue. Dans le contexte actuel du COVID-19, sa maladie cardiaque l’expose à un risque accru selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger sa vie.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération,

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