Écrire Un journaliste inculpé d’infractions pénales

Le 5 septembre 2019, le journaliste Amade Abubacar et son avocat ont été informés par le parquet de la province de Cabo Delgado des chefs d’accusation finalement retenus contre lui. Le 10 septembre, la défense a présenté une réponse à cette inculpation. Le tribunal provincial de Cabo Delgado doit maintenant décider d’accepter les chefs d’accusation retenus contre Amade Abubacar ou de prononcer un non-lieu en sa faveur.

Amade Abubacar est un journaliste indépendant qui travaille pour la radio locale de Nacedje, dans le district de Macomia (province de Cabo Delgado). Il a été appréhendé le 5 janvier 2019 par la police dans le district de Macomia et emmené au poste de police de Macomia. Au moment de son arrestation, il interviewait des personnes déplacées à l’intérieur du pays qui avaient fui leur domicile en raison de l’intensification d’attaques violentes perpétrées par des membres présumés d’un groupe extrémiste connu sous le nom d’Al Shabab. Le jour même, il a été transféré aux mains de l’armée, qui l’a maintenu en détention au secret durant 12 jours et, selon son témoignage, l’aurait soumis à différentes formes de torture et d’autres mauvais traitements. Il a été remis aux mains de la police le 17 janvier.
Amade Abubacar a comparu devant un juge pour la première fois le 18 janvier, soit bien au-delà de la période maximale de 48 heures fixée par la loi pour présenter une personne à une autorité judiciaire à partir du moment de son arrestation. Le tribunal judiciaire du district de Macomia a ordonné son maintien en détention, dans l’attente de son procès, au poste de police central du district de Macomia. Le 24 janvier, Amade Abubacar a été transféré de la prison du district de Macomia à la prison de Mieze, à Pemba, capitale de la province de Cabo Delgado.
Il a été maintenu en détention provisoire pendant plus de 90 jours avant d’être inculpé le 16 avril. Pourtant, l’article 308 du Code de procédure pénale dispose que nul ne peut être maintenu en détention provisoire plus de 90 jours après son arrestation.
Le 23 avril, le tribunal provincial de Cabo Delgado lui a accordé une remise en liberté provisoire.
Un autre journaliste de la radio locale de Nacedje, Germano Daniel Adriano, a été arrêté le 18 février 2019 par des membres des forces de sécurité et détenu au secret à la prison de Mieze. Il a été inculpé avec Amade Abubacar.
Depuis mai 2019, le tribunal provincial de Cabo Delgado a reporté l’examen du dossier d’Amade Abubacar à trois reprises. La première audience, prévue pour le 17 mai, avait été reportée au 23 mai parce que le juge avait un autre engagement au même moment. Le 23 mai, le tribunal a ajourné l’audience au 27 juin, car les témoins présentés au tribunal n’étaient pas les bons. Puis l’audience du 27 juin a été reportée en raison d’une erreur d’écriture.
Les districts nord de la province de Cabo Delgado, dont Macomia, sont le théâtre d’attaques armées depuis octobre 2017. Ces attaques seraient le fait de membres d’un groupe extrémiste, Al Shabab, qui envahissent les villages, incendient les maisons, tuent des villageois à coups de machette et pillent la nourriture. Plusieurs habitants des villages touchés, craignant pour leur vie, ont fui vers d’autres districts. Cette province est importante pour le gouvernement central en raison de l’abondance de ses ressources minérales (gaz et rubis, notamment). Le gouvernement a donc renforcé la présence militaire dans la région après le début des attaques. Depuis lors, les autorités intimident et harcèlent les journalistes et les empêchent de rendre compte de la situation. Amade Abubacar couvre depuis le début les attaques perpétrées contre des civils par des groupes armés dans la province de Cabo Delgado.

LIEN VERS L’AU PRÉCÉDENTE : https://www.amnesty.org/fr/documents/afr41/0616/2019/fr/

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PRÉNOM, NOM ET PRONOM À UTILISER Amade Abubacar (il)

Monsieur le Ministre,

Le 5 septembre 2019, Amade Abubacar, journaliste de la radio locale de Nacedje, et son avocat ont été informés par le parquet de la province de Cabo Delgado des chefs d’accusation finalement retenus contre lui. Il a été inculpé d’« incitation publique à commettre une infraction par le biais de médias électroniques », d’« incitation », d’« outrage à des agents de la force publique », d’« association en vue de commettre une infraction », d’« atteinte à l’organisation de l’État », et d’« incitation ou provocation à troubler l’ordre public et la tranquillité publique », respectivement au titre des articles 323, 406, 458-1, 389, 398-1 et 401-2 du Code pénal mozambicain.

Le 10 septembre, la défense a présenté une réponse à l’inculpation finale. Le tribunal provincial de Cabo Delgado doit maintenant décider d’accepter les chefs d’accusation retenus contre Amade Abubacar ou de prononcer un non-lieu en sa faveur.

Amade Abubacar ne peut pas accéder à son compte en banque car sa carte bancaire et sa carte d’identité ont été saisis lors de son arrestation. La procédure pénale le visant a été prolongée et son droit de circuler librement continue d’être restreint, ce qui crée des difficultés pour lui et sa famille.

Je vous demande de veiller à ce que toutes les charges retenues contre Amade Abubacar soient abandonnées immédiatement, car il est poursuivi uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression dans le cadre de son travail de journaliste. Je vous appelle également à vous assurer que le droit d’Amade Abubacar à un procès équitable soit respecté et que, si les charges ne sont pas abandonnées, il soit jugé dans un délai raisonnable, conformément aux normes internationales relatives à l’équité des procès. Enfin, je vous prie instamment de prendre les mesures nécessaires pour que les droits à la liberté d’expression et à la liberté de la presse soient pleinement respectés et protégés, et que les journalistes puissent faire leur travail sans craindre d’être attaqués, intimidés ou harcelés.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.


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