Écrire Des journalistes incarcérés pour avoir fait leur travail

Quatre journalistes du groupe de presse Iwacu et leur chauffeur ont été arrêtés arbitrairement le 22 octobre dans le nord-ouest du Burundi, où ils venaient enquêter sur des informations faisant état d’affrontements entre les forces de sécurité et un groupe armé dans la province de Bubanza. Poursuivis pour atteinte à la sécurité de l’État, ils sont toujours en prison, la chambre de conseil du tribunal de Bubanza ayant ordonné leur maintien en détention le 31 octobre. Ils ont fait appel de cette décision.

Iwacu est l’un des rares organes d’information indépendants à continuer à mener des activités au Burundi. Depuis que la crise a débuté en avril 2015, après l’annonce de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, des journalistes, des défenseur.es des droits humains et des membres de l’opposition ont été pris pour cibles et nombre d’entre eux ont été contraints à l’exil.
L’initiative du président Nkurunziza a déclenché des manifestations de grande ampleur, beaucoup estimant qu’elle était contraire à l’accord d’Arusha, qui a mis fin à une décennie de guerre civile. Cet accord interdisait à quiconque de présider le pays pendant plus de 10 ans. Cette interdiction a également été réaffirmée dans la Constitution de 2005. Les manifestations contre le troisième mandat du président Nkurunziza en 2015 ont été dispersées brutalement par les forces de sécurité et un grand nombre de personnes ont été arrêtées, blessées, torturées voire tuées. Beaucoup ont également « disparu ». Les 13 et 14 mai 2015, un groupe de militaires de haut rang a tenté de renverser le gouvernement du président Nkurunziza. Les locaux de plusieurs médias indépendants, Radio Publique Africaine, Radio Télé Renaissance et Radio Isanganiro, ont été détruits par les forces de sécurité à la suite de ce coup d’État manqué. Ces médias ont été accusés d’avoir des sympathies pour les putschistes et d’avoir diffusé leurs messages.
Antoine Kaburahe, fondateur et directeur d’Iwacu, a également dû quitter le pays après avoir été interrogé par les services du procureur, en décembre 2015, au sujet de ses liens présumés avec des militaires soupçonnés d’être responsables de la tentative de coup d’État des 13 et 14 mai 2015.
Jean Bigirimana, un autre journaliste d’Iwacu, a « disparu » le 22 juillet 2016 et on ignore ce qu’il est advenu de lui. D’après ses collègues, il a été attiré à Bugarama par la promesse d’informations sur une affaire sur laquelle il travaillait. On pense qu’il a été arrêté par le Service national de renseignement (SNR) dans la ville de Bugarama, dans les environs de Bujumbura. Sa famille a dû s’exiler, sa femme ayant reçu des menaces après avoir fait des déclarations publiques au sujet de la disparition forcée de son mari.

J'agis

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NOM, PRÉNOM ET PRONOM À UTILISER : Agnès Ndirubusa (elle), Christine Kamikazi (elle), Egide Harerimana (il), Térence Mpozenzi (il) et leur chauffeur, Adolphe Masabarakiza (il)

Monsieur le Procureur général,

Je vous écris pour vous faire part de ma consternation face au maintien en détention de journalistes d’Iwacu, Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi, et de leur chauffeur, Adolphe Masabarakiza, depuis leur arrestation arbitraire dans la province de Bubanza, le 22 octobre 2019.

Selon Iwacu, un groupe de presse indépendant burundais, ses employés se trouvaient à Bubanza pour enquêter sur des informations faisant état d’affrontements entre les forces de sécurité et un groupe armé dans la province. Comme à leur habitude, ils avaient informé les autorités provinciales de leur intention de se rendre dans la région, mais ils ont été arrêtés à leur arrivée.

Le 31 octobre, la chambre de conseil du tribunal de Bubanza a décidé de maintenir ces cinq personnes en détention dans la prison centrale de Bubanza, où elles avaient été transférées depuis le poste de police par le parquet provincial cinq jours auparavant. Elles ont été inculpées d’atteinte à la sécurité de l’État le jour même.

Je prends acte de votre communiqué du 31 octobre, dans lequel vous indiquez que ces personnes n’ont pas été appréhendées parce qu’elles sont journalistes mais en raison des faits qui leur sont reprochés. Cependant, les activités pour lesquelles elles sont poursuivies - le fait de s’être rendues dans une région pour enquêter sur des événements récents - sont précisément celles que des journalistes sont censés exercer.

Je pense qu’Agnès Ndirubusa, Christine Kamikazi, Egide Harerimana, Térence Mpozenzi et Adolphe Masabarakiza ont été arrêtés et sont pris pour cibles uniquement en raison de leur travail. Par conséquent, je vous prie instamment de veiller à ce que toutes les charges retenues contre ces personnes soient abandonnées et à ce qu’elles soient libérées immédiatement et sans condition.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur général, l’expression de ma haute considération,


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