Écrire La détention d’Ali Isa al Tajer prolongée une nouvelle fois

La détention d’Ali Isa al Tajer a été à nouveau prolongée d’un mois. Un médecin légiste a recommandé qu’il voie trois spécialistes pour faire suite à ses allégations de torture, mais il n’a été examiné que par l’un d’entre eux.
Le 28 janvier, Ali Isa al Tajer a été présenté devant le parquet, qui a ordonné que sa détention soit prolongée d’un mois supplémentaire dans l’attente de l’enquête. Elle avait déjà été prolongée de 30 jours le 30 décembre. Il est incarcéré à la prison de Dry Dock, dans le nord-est de la capitale, Manama.
Ali Isa al Tajer a indiqué à ses proches que lorsqu’il avait été conduit dans les locaux de l’Unité spéciale d’enquête aux alentours du 29 décembre, il avait été examiné par un médecin légiste qui avait recommandé qu’il voie trois spécialistes différents au complexe médical de Salmaniya pour une protrusion discale et une blessure au genou. Par la suite, l’Unité spéciale d’enquête a téléphoné à son frère Mohamed al Tajer, qui est l’un de ses avocats, en lui demandant de rapporter les vêtements d’Ali Isa al Tajer qui lui avaient été rendus plus tôt dans le mois par des agents de la Direction des enquêtes criminelles.

Ali Isa al Tajer a été présenté le 30 décembre devant le parquet, qui a déclaré que le médecin légiste n’avait constaté aucune trace de torture. Il a demandé pourquoi celui-ci avait alors recommandé qu’il voie trois spécialistes différents. Il a obtenu des rendez-vous avec ces trois médecins, mais il n’a été conduit au complexe médical de Salmaniya que pour être examiné par l’oto-rhino-laryngologiste. Ses avocats n’ont pas vu le moindre compte rendu médical à ce jour.

Ali Isa al Tajer a appelé sa famille le 30 janvier et a expliqué qu’il faisait très froid dans la prison car il n’y avait pas de chauffage et l’uniforme des détenus n’était pas assez chaud. Il s’est plaint d’avoir toujours mal aux genoux et au dos et de devoir dormir sur un matelas fin à même le sol. Lors d’une visite le 23 décembre, ses proches avaient tenté de lui donner des chaussettes et des chaussures, étant donné que la prison ne fournissait que des chaussons, mais un surveillant pénitentiaire s’y était opposé car ils n’avaient pas d’autorisation écrite.

Ali Isa al Tajer a été arrêté le 5 novembre 2015 vers 17 heures à son domicile, dans le village d’al Dair, par des policiers en civil et encagoulés. Ceux-ci sont entrés par la porte de derrière sans prévenir et ont fouillé la chambre et la voiture d’Ali Isa al Tajer. Ils ont saisi son téléphone mobile et deux ordinateurs portables. Ils ne lui ont pas présenté d’autorisation de perquisition ni de mandat d’arrêt et ne l’ont pas informé des motifs de son arrestation. Ils ont indiqué à sa famille qu’ils l’emmenaient à la Direction des enquêtes criminelles.
Ali Isa al Tajer a appelé ses proches environ une heure plus tard en précisant qu’il se trouvait à la Direction des enquêtes criminelles, mais le numéro depuis lequel il a appelé correspond à la zone d’al Qalaa, où se trouve l’Agence nationale de sécurité, et non au quartier d’al Adliya, à Manama, où se situe la Direction des enquêtes criminelles. Le 11 novembre, Ali Isa al Tajer a passé un coup de téléphone très bref à ses proches et leur a dit que ses geôliers l’avaient assuré qu’il serait bientôt relâché. Lorsqu’il a rappelé six jours plus tard, il a juste indiqué qu’il serait libéré prochainement. Il a appelé encore une fois le 24 novembre en affirmant la même chose. À chaque fois, les appels étaient passés depuis la zone d’al Qalaa.
Le 30 novembre, Ali Isa al Tajer a été présenté au parquet pour être interrogé. Le ministère public a prévenu Mohamed al Tajer, un de ses avocats qui est également son frère, de cet interrogatoire moins de 30 minutes avant qu’il ne commence. Ali Isa al Tajer a été inculpé d’avoir « rejoint une organisation terroriste illégale dans le but de renverser le gouvernement par la force » et « formé des personnes à l’utilisation d’armes à des fins terroristes ». Il a nié toutes ces accusations et a déclaré au représentant du ministère public qu’il avait été torturé et contraint de signer des « aveux » qu’il n’avait pas pu lire car il avait les yeux bandés. Selon ses avocats, les chefs d’inculpation sont fondés sur des « aveux » d’autres détenus, également obtenus sous la torture, et sur des déclarations provenant de sources « secrètes ».
Le parquet a rejeté les demandes des avocats d’Ali Isa al Tajer en vue de lui parler avant ou pendant l’interrogatoire et a menacé d’écarter un des avocats de l’affaire lorsque celui-ci a dit à son client qu’il avait le droit de nier les charges retenues contre lui. Ali Isa al Tajer a essayé de décrire la façon dont il avait été torturé mais on lui a dit d’arrêter de parler car ses allégations seraient examinées par l’Unité spéciale d’enquête.
Après l’interrogatoire, les avocats d’Ali Isa al Tajer ont été autorisés à voir leur client pendant cinq minutes, en présence de trois policiers. Il leur a expliqué qu’il avait été roué de coups sur tout le corps, en particulier au niveau de la tête et des parties génitales, et qu’on lui avait attaché une corde fermement autour des organes génitaux avant de tirer dessus. Selon ses explications, il aurait également été forcé de se déshabiller et de rester nu pendant la majeure partie des 25 jours ayant précédé son interrogatoire par le parquet, menacé de décharges électriques, contraint à rester longtemps debout et privé de sommeil. Il a aussi affirmé avoir été retenu dans plusieurs lieux de détention différents, notamment dans des locaux de l’Agence nationale de sécurité.
Amnesty International a été informée d’un certain nombre de cas où des personnes ont été arrêtées, interrogées et détenues avec la participation de l’Agence nationale de sécurité. L’implication de ces services dans de telles pratiques constitue une violation de l’article 4 du décret 115 de 2011, qui limite leur rôle au renseignement et à la mise au jour d’activités portant atteinte à la sécurité nationale, au régime ou à ses institutions, conformément aux recommandations de la Commission d’enquête indépendante de Bahreïn (BICI). La BICI, établie par décret royal et chargée de mener des investigations sur les violences commises pendant les manifestations de février et mars 2011 et au cours des mois qui ont suivi, a présenté son rapport au roi le 23 novembre 2011. Elle a recommandé au gouvernement de prendre un ensemble de mesures afin que ces actes ne demeurent pas impunis et que d’autres violations des droits humains soient évitées ; elle a notamment suggéré de limiter les activités de l’Agence nationale de sécurité au seul renseignement.

Nom : Ali Isa al Tajer, Homme

Action terminée

Toutes les infos
Toutes les actions

Hong Kong : gazés, agressés et arrêtés pour avoir manifesté

Violences policières lors de manifestations à Hong Kong. Amnesty estime qu’il s’agit de violation du droit international. Signez notre pétition !