Écrire 31 manifestants pacifiques risquent une peine d’emprisonnement

Les autorités thaïlandaises ont émis un mandat d’arrêt visant 15 militants et dirigeants pro-démocratie en raison de leur participation à un vaste rassemblement qui s’est déroulé à Bangkok, la capitale, le 18 juillet 2020.

Seize autres manifestants ont été convoqués et inculpés pour les mêmes raisons. Ces 31 personnes font l’objet de lourdes accusations, notamment de « sédition » au titre d’une loi répressive formulée en termes vagues qui est souvent utilisée par les autorités pour faire taire les critiques. Si elles sont déclarées coupables, elles risquent jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Cette récente vague d’arrestations de manifestants pacifiques illustre la répression croissante de la liberté d’expression et de réunion par les autorités.

Les 31 personnes poursuivies, parmi lesquelles figurent plusieurs étudiants, ont participé à une manifestation pacifique organisée par le mouvement étudiant Free Youth devant le monument de la démocratie à Bangkok, la capitale de la Thaïlande, le 18 juillet 2020. Les manifestants, environ 2 400 selon les estimations, demandaient trois choses au gouvernement thaïlandais : la dissolution du Parlement et de nouvelles élections, une nouvelle Constitution et la fin du harcèlement de certaines personnes.

Ces 31 militants encourraient chacun sept ans d’emprisonnement s’ils étaient déclarés coupables. Tous font l’objet de poursuites, notamment pour sédition, rassemblement visant à commettre des violences, refus d’obéir à un ordre d’un fonctionnaire, entrave à la circulation et violences n’ayant pas entraîné de préjudice corporel ou psychologique à autrui, au titre des articles 116, 215, 368, 385 et 391 du Code pénal respectivement ; pour violation du décret sur l’état d’urgence ; pour infraction à la Loi relative aux maladies contagieuses ; pour entrave à la circulation routière au titre de l’article 114 de la Loi sur le trafic routier et de l’article 19 de la Loi sur le maintien de la propreté et de l’ordre ; et pour utilisation d’un amplificateur sans autorisation des autorités au titre de l’article 4 de la Loi sur le contrôle des annonces publiques par amplificateur sonore.

Quinze de ces 31 personnes sont visées par un mandat d’arrêt. Pour l’heure, 13 d’entre elles ont été arrêtées puis libérées après avoir versé une caution de 100 000 bahts thaïlandais (environ 3 000 dollars des États-Unis) chacune, ou en mettant en gage leur poste de professeur ou de parlementaire. Deux personnes risquent encore d’être arrêtées. Les 16 autres manifestants font l’objet des mêmes accusations et devaient se présenter à la police au poste de Samranrat, à Bangkok, le 28 août 2020.

L’un de ceux arrêtés le 7 août – l’avocat Arnon Nampa – a été de nouveau appréhendé par la police au poste de Chanasongkram le 19 août, en raison de son rôle dans un rassemblement sur le thème d’Harry Potter organisé à Bangkok le 3 août, lors duquel il a prononcé un discours appelant à une réforme de la monarchie thaïe. Il a par la suite été libéré sous caution, sa libération étant soumise à la condition qu’il ne commette pas de nouveau les actes qui lui sont reprochés. La police a arrêté Panupong Chadnok (Mike) le 24 août puis encore Arnon Nampa le lendemain pour leur participation à une autre manifestation à l’université Thammasat, dans la province de Pathum Thani, le 10 août. Dans cette affaire, les deux hommes font l’objet de lourdes charges, notamment pour sédition et importation d’informations menaçant la sécurité nationale dans un système informatique.

Depuis l’imposition de mesures strictes en vertu du décret sur l’état d’urgence du 26 mars 2020 lié à la pandémie de COVID-19, plusieurs dizaines de milliers de personnes – dont des étudiants et des lycéens – sont descendues dans la rue pour exprimer leurs revendications sur le plan social et politique. Outre les trois demandes exprimées lors de la manifestation du 18 juillet, beaucoup de ces manifestants réclament notamment une réforme de l’éducation, l’égalité entre hommes et femmes, le respect des droits sexuels et reproductifs et la justice pour les disparitions forcées.

Depuis l’entrée en vigueur du décret sur l’état d’urgence, des personnes participant à des manifestations et des activités pacifiques sont de plus en plus souvent arrêtées et poursuivies pénalement. Des manifestants ont également signalé avoir subi ces derniers mois un harcèlement et des actes d’intimidation croissants de la part de fonctionnaires locaux uniquement en raison de leur participation à des manifestations pacifiques.

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