Écrire Des militantes hospitalisées risquent la prison

Le 13 mai, trois militantes de l’opposition, la députée Joana Mamombe, Cecilia Chimbiri et Netsai Marova, ont été arrêtées à hauteur d’un barrage de police à Harare, la capitale du Zimbabwe, pour avoir mené une action de protestation contre le gouvernement en relation avec la réaction des autorités face à la pandémie de COVID-19 et au problème de la faim dans le pays. Ce même jour, elles ont été soumises à une disparition forcée alors qu’elles se trouvaient sous la responsabilité de la police.

Durant leur enlèvement, elles ont été victimes d’agressions sexuelles et d’actes de torture. Le 15 mai, elles ont été retrouvées abandonnées à Bindura, à 87 km de Harare, et elles sont à l’hôpital depuis lors. Aucune enquête n’a été ouverte sur leur disparition ni sur leurs allégations crédibles de torture, notamment d’agressions sexuelles.

Le 26 mai, la police a accusé ces militantes de rassemblement ayant pour but d’encourager la violence et de troubler l’ordre public.

Joanna Mamombe, députée de l’Alliance du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) pour Harare ouest, Cecilia Chimbiri, vice-présidente de la branche jeunesse de l’Alliance du MDC, et Netsai Marova, secrétaire adjointe à l’organisation de la branche jeunesse, ont été arrêtées le 13 mai pour avoir mené une action de protestation contre le gouvernement ce même jour, en relation avec la réaction des autorités face à la pandémie de Covid-19 et au problème de la faim dans le pays. Elles ont été appréhendées à hauteur d’un barrage routier érigé par la police et des soldats près de Warren Park, sur Bulawayo Road à Harare.

Après leur arrestation, elles ont été emmenées au poste de police central de Harare, où on leur a demandé de monter dans un autre véhicule au prétexte qu’elles allaient être conduites au poste de police de Warren Park. Selon les militantes, on leur a mis une cagoule ou un sac sur la tête et elles ont été conduites dans un lieu inconnu où on les a frappées sur la plante des pieds, agressées sexuellement et forcées à manger des excréments humains. The Herald, un journal d’État, a indiqué le 14 mai que les trois femmes avaient été arrêtées, et Paul Nyathi, le chef adjoint de la police nationale et porte-parole de celle-ci, a confirmé cette information, ajoutant toutefois qu’il ne savait pas où elles étaient détenues. Ce même jour sur son compte Twitter officiel, la police a nié que les trois militantes étaient en garde à vue.

Les trois militantes ont été retrouvées très tôt vendredi 15 mai, abandonnées à Bindura, à 87 km de Harare ; leurs habits étaient déchirés et elles avaient été violemment agressées. Elles sont hospitalisées depuis lors. Certains hauts représentants du gouvernement, parmi lesquels le ministre de la Justice et le secrétaire permanent du ministère des Médias, de l’Information et de l’Audiovisuel ont considéré leur disparition avec dédain, et affirmé qu’elle avait été « mise en scène » par l’opposition. Le ministre de la Justice a demandé leur arrestation.

Le 26 mai, la police a accusé les trois militantes d’avoir enfreint la section 37 du Code pénal, en vertu de laquelle les rassemblements ayant pour but d’encourager la violence et de perturber l’ordre public sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et/ou d’une amende, ainsi que la section 5(3) et (1) de l’instrument législatif 99/20 interdisant les rassemblements et prévoyant un an d’emprisonnement et/ou une amende.

Un juge a présidé un tribunal d’exception à l’hôpital et les trois accusées se sont vu accorder une libération sous caution moyennant le versement de 1 000 dollars, et sont tenues de se présenter une fois par semaine au poste de police central de Harare, de continuer à résider à leur dernière adresse connue et de s’abstenir d’essayer d’influencer les témoins à charge jusqu’à ce que l’affaire soit classée.

Depuis l’audience du 27 mai, neuf gardiens de prison et quatre policiers sont postés dans l’unité où elles sont hospitalisées.

Le 4 juin, le ministre de l’Intérieur a diffusé une déclaration accusant les trois femmes d’avoir simulé un enlèvement et d’essayer d’en retirer des avantages, comme des bourses d’études aux États-Unis. Les autorités s’en sont par ailleurs prises aux organisations de la société civile ayant aidé ces femmes à recevoir des soins médicaux, notamment les deux médecins qui les ont examinées.

Le Zimbabwe a mis en place des mesures de confinement en raison de la pandémie de COVID-19. La protection sociale fournie par le gouvernement est insuffisante, et un nombre croissant de personnes se retrouvent démunies et affamées. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un appel en faveur de l’octroi d’une aide internationale afin d’empêcher que des millions de Zimbabwéen·ne·s se trouvant dans une situation désespérée ne s’enfoncent encore plus profondément dans l’insécurité alimentaire. Le PAM estime que le nombre de personnes affectées par l’insécurité alimentaire au Zimbabwe s’élève à 7,7 millions, soit plus de la moitié de la population. Du fait de la pandémie, de nombreuses personnes sont aux abois et ne sont plus en mesure de nourrir leur famille.

La manifestation menée par Joana Mamombe, Cecilia Chimbiri et Netsai Marova s’est déroulée sur fond de tensions politiques croissantes dans le pays, après que la Cour suprême a rendu un jugement ayant suscité des querelles concernant la direction du principal parti d’opposition. Cette décision a écarté le dirigeant Nelson Chamisa et a demandé à l’opposition d’élire de nouveaux responsables, ce qui a été considéré comme une tentative d’imposer certaines personnes à la tête du parti.

Selon certaines allégations, la bonne marche de la justice a été compromise par des ingérences politiques, et le parti au pouvoir, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF), est à l’origine de ce jugement. Les député·e·s de l’Alliance du MDC se sont engagés à se retirer du Parlement en signe de protestation contre l’intrusion du ZANU-PF dans les affaires internes de leur parti.

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