Écrire Nouvelles poursuites contre des membres d’une troupe satirique emprisonnés

Cinq membres de Peacock Generation, une troupe de thangyat (poésie satirique), ont été condamnés à 12 mois d’emprisonnement, après plus de six mois de détention, pour avoir joué dans un spectacle critiquant l’armée. Ces personnes font l’objet de nouvelles poursuites dans d’autres municipalités où elles se sont produites, notamment pour avoir diffusé leur spectacle en direct. Si elles sont déclarées coupables de toutes les charges retenues contre elles, elles encourront huit années d’emprisonnement supplémentaires.

Cinq membres de la troupe Peacock Generation (Kay Khine Tun, Paing Pyo Min, Paing Ye Thu, Zayar Lwin et Zaw Lin Htut) ont été arrêtés en avril 2019 après avoir interprété une œuvre de thangyat, un art de la scène traditionnel proche du slam. Ils portaient des uniformes militaires et critiquaient les autorités. Le 30 octobre, après six mois de détention, ces cinq personnes ont été déclarées coupables d’infraction à l’article 505(a) du Code pénal pour avoir fait des « déclarations susceptibles d’entraîner des troubles publics » par le tribunal municipal de Mayangon à Yangon (ex-Rangoon), la plus grande ville du Myanmar, et condamnées à 12 mois d’emprisonnement.
Pour avoir publié des photos et vidéos et diffusé le spectacle en direct sur Facebook, Zayar Lwin, Paing Pyo Min et Paing Ye Thu sont également poursuivis pour « diffamation en ligne » au titre de l’article 66(d) de la Loi de 2013 relative aux télécommunications devant le tribunal municipal de Mayangon, où les cinq membres de la troupe ont été condamnés. Su Yadanar Myint, autre membre de la troupe, est elle aussi poursuivie pour ces charges.
Des membres de la troupe sont poursuivis pour les mêmes motifs dans diverses municipalités où des représentations ont eu lieu à l’occasion de la fête de l’eau du Nouvel an du Myanmar, en avril. Toutes les plaintes ont été déposées par des lieutenants-colonels représentant l’armée.
L’armée du Myanmar continue à exercer un pouvoir économique et politique important dans le pays. Elle fonctionne sans surveillance des autorités civiles. En vertu de la Constitution du Myanmar de 2008, l’armée dispose en outre de 25 % des sièges au Parlement, ce qui lui confère un véritable pouvoir de veto sur les modifications constitutionnelles importantes. Elle contrôle également les ministères clés de la Défense, des Affaires frontalières et de l’Intérieur.
L’article 505(a) du Code pénal sanctionne quiconque « produit, publie ou relaie toute déclaration, rumeur ou information visant à inciter ou susceptible d’inciter un agent, un soldat, un marin ou un aviateur, dans l’armée de terre, la marine ou l’armée de l’air, à se rebeller ou à se soustraire ou faillir à son devoir en quelque autre façon », et prévoit une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. Les infractions à cette disposition sont « non susceptibles de libération sous caution » et celle-ci relève de la discrétion du juge. En l’espèce, le juge a refusé la mise en liberté sous caution. L’article 66(d) de la Loi de 2013 relative aux télécommunications prévoit une peine maximale de deux ans d’emprisonnement.
Le thangyat est un art traditionnel du Myanmar qui mêle poésie, comédie et musique ; des représentations ont habituellement lieu en avril pendant la fête de l’eau du Nouvel an, ainsi qu’à d’autres occasions festives. Interdites en 1989 par la junte militaire, les représentations publiques de thangyat ont de nouveau été autorisées en 2013. En mars 2019, à l’approche de la fête de l’eau, les autorités de Yangon ont demandé aux troupes de thangyat de soumettre les paroles de leurs spectacles à une commission gouvernementale pour validation.
Les autorités du Myanmar continuent d’arrêter et d’emprisonner des militants et des défenseurs des droits humains exerçant simplement sans violence leur droit à la liberté d’expression, garantie par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). Amnesty International est préoccupée par un certain nombre de dispositions législatives du Myanmar qui restreignent artitrairement ce droit, notamment l’article 505 du Code pénal et l’article 66(d) de la Loi de 2013 relative aux télécommunications.
Cette année, l’armée a arrêté le réalisateur Min Htin Ko Ko Gyi au titre de l’article 505(a) du Code pénal, pour avoir publié sur Facebook une série de posts critiquant le rôle de l’armée du Myanmar dans la vie politique. Malgré ses problèmes de santé (il a subi une lourde intervention chirurgicale pour un cancer du foie au début de l’année), sa demande de libération sous caution a été rejetée et il a été condamné à 12 mois d’emprisonnement.

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