Écrire Un pêcheur hindou maintenu en détention illégalement

Le pêcheur hindou Rasraj Das est détenu au Bangladesh depuis octobre 2016. Il a été arrêté pour avoir soi-disant publié une image « insultante » sur Facebook et inculpé d’« atteinte au sentiment religieux ». S’il est déclaré coupable, il risque jusqu’à 14 ans d’emprisonnement. Bien que la police ait récemment affirmé qu’il n’était pas responsable de la publication de l’image en question, les poursuites n’ont pas été abandonnées et une libération sous caution lui a été refusée le 3 janvier. La prochaine audience consacrée à sa demande de libération sous caution est prévue le 16 janvier.

Rasraj Das, 25 ans, pêcheur et membre de la minorité ethnique hindoue, habite le district de Brahmanbaria, dans l’est du Bangladesh. Le 30 octobre 2016, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dans ce district pour protester contre une publication sur Facebook imputée à Rasraj Das, qui, selon elles, insultait l’islam. Cette foule, qui aurait des liens avec les organisations Hefajat e Islam et Ahle Sunnat Wal Jamaat, s’est alors mise à saccager des villages hindous des environs, en vandalisant au moins 100 habitations et plusieurs temples.

Rasraj Das a été arrêté le 30 octobre et accusé par la police de Brahmanbaria d’avoir enfreint l’article 57 de la Loi sur les technologies de l’information et de la communication, relatif aux « atteintes au sentiment religieux ». En vertu de cette loi draconienne, toute personne reconnue coupable d’avoir « publié des informations fausses, obscènes ou diffamatoires sous forme électronique » ou des informations qui « nuisent à l’image de l’État ou d’une personne » est passible de 14 ans de prison. La Loi sur les technologies de l’information et de la communication est souvent utilisée par les autorités bangladaises pour cibler, harceler et emprisonner leurs détracteurs.

Le 28 novembre, une note d’information publique de la police du district a révélé que l’image en question n’avait pas été téléchargée par Rasraj Das, mais que quelqu’un d’autre avait utilisé son compte Facebook. Un rapport de la Commission nationale des droits humains a également dédouané Rasraj Das. Malgré cela, les poursuites engagées à son encontre n’ont pas été abandonnées et il demeure détenu à la prison du district de Brahmanbaria. Le 3 janvier, sa demande de libération sous caution a été rejetée par un tribunal de Brahmanbaria. La prochaine audience consacrée à cette demande est prévue le 16 janvier.

Les proches de Rasraj Das s’inquiètent sérieusement de son bien-être en prison, même si, selon son avocat, il n’a pas subi d’actes de torture ni d’autres mauvais traitements. Ils ont reçu des menaces après son arrestation et ont été contraints de se cacher pendant un certain temps, mais ils ont finalement pu retourner chez eux à la mi-décembre.

Au Bangladesh, pays majoritairement musulman, la minorité hindoue est depuis très longtemps la cible de pratiques discriminatoires et d’attaques par des groupes violents. En 2013, elle a ainsi subi une vague d’attaques violentes durant lesquelles 40 temples ont été vandalisés et de nombreuses boutiques et maisons incendiées, laissant des centaines de personnes à la rue.

Bien que plusieurs personnes aient été arrêtées à la suite des attaques commises en octobre contre les hindous dans le district de Brahmanbaria, à la connaissance d’Amnesty International, aucune n’a encore été inculpée ni amenée à rendre des comptes devant la justice. À la suite de son arrestation, Rasraj Das a d’abord été placé en garde à vue, puis transféré à la prison du district de Brahmanbaria, où il est incarcéré depuis le 7 novembre.

La Loi sur les technologies de l’information et de la communication – adoptée en 2006 et modifiée en 2013 – est depuis des années utilisée par les autorités au Bangladesh pour restreindre le droit à la liberté d’expression. L’article 57 pose particulièrement problème, car il est formulé en termes vagues et impose des restrictions à la liberté d’expression qui vont au-delà de ce qu’autorise le droit international. Toute personne reconnue coupable d’avoir enfreint cet article encourt une peine de prison comprise entre sept et 14 ans. Amnesty International a demandé à maintes reprises aux autorités bangladaises d’abroger l’article 57.

D’après l’organisation de défense des droits humains Odhikar, au moins 35 personnes ont été arrêtées au titre de la Loi sur les technologies de l’information et de la communication en 2016, ce qui représente une hausse considérable par rapport aux 14 cas recensés en 2014. Parmi les personnes mises en cause figurent souvent des citoyens qui critiquent sur Internet la Première ministre, sa famille ou le parti au pouvoir, notamment des journalistes et d’autres militants des droits humains. Cette loi a été décrite comme une « loi de facto sur le blasphème » au Bangladesh, car elle est souvent invoquée contre des membres de minorités religieuses et des militants laïcs accusés d’avoir publié en ligne des remarques « insultantes » sur l’islam.

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