Écrire Un réalisateur emprisonné a besoin de soins médicaux urgents

Keywan Karimi, un réalisateur iranien emprisonné, a besoin de soins médicaux spécialisés de toute urgence. Après qu’il a craché du sang à plusieurs reprises, les médecins de la prison d’Evin, à Téhéran, ont diagnostiqué une bronchite et une infection pulmonaire, en précisant que son état nécessitait une prise en charge médicale à l’extérieur de l’établissement. Malgré cela, la direction a refusé de le transférer vers un hôpital.

Le réalisateur iranien Keywan Karimi, emprisonné depuis le 23 novembre 2016, a été emmené à l’infirmerie de la prison d’Evin, à Téhéran, à plusieurs reprises au cours du dernier mois parce qu’il crachait du sang. Les médecins ont diagnostiqué une bronchite et une infection pulmonaire aigüe ; ils ont conseillé de le transférer de toute urgence vers un hôpital situé à l’extérieur de l’établissement afin qu’il y reçoive des soins médicaux spécialisés. Malgré cela, la direction refuse toujours ce transfert. Keywan Karimi ne prend actuellement que des sédatifs. Avant son incarcération, il souffrait déjà d’un kyste osseux anévrismal (kyste fibreux rempli de sang qui entraîne une voussure de l’os et peut occasionner des douleurs, un gonflement et des fractures) – une pathologie osseuse qui nécessite des soins médicaux spécialisés. Il y a une dizaine d’années, il a subi une kystectomie au tibia et ses médecins ont préconisé un suivi régulier au cas où une nouvelle opération s’avérerait nécessaire.

Keywan Karimi, qui appartient à la minorité kurde d’Iran, a été arrêté le 14 décembre 2013 et détenu à l’isolement pendant 12 jours dans la section 2A de la prison d’Evin, sans pouvoir consulter d’avocat, avant d’être libéré sous caution le 26 décembre 2013. Le 13 octobre 2015, à l’issue d’un procès inique qui s’est déroulé devant un tribunal révolutionnaire à Téhéran, la capitale iranienne, il a été condamné à six ans de prison pour « outrage aux valeurs sacrées de l’islam » et 223 coups de fouet pour « relations illicites ne constituant pas un adultère ». Le premier chef d’accusation faisait suite à un clip vidéo musical que les autorités ont trouvé sur son disque dur, et le second a été retenu contre lui parce qu’il avait « serré la main » d’une amie poète et s’était « trouvé sous le même toit » qu’une femme « dont la tête et le cou n’étaient pas couverts ». Une cour d’appel a confirmé sa peine de flagellation et statué qu’il devait purger une année sur sa peine de six ans d’emprisonnement. Les cinq années restantes ont fait l’objet d’un sursis, sous condition de « bonne conduite ».

Keywan Karimi a été arrêté le 14 décembre 2013 par des pasdaran (gardiens de la révolution) et détenu à l’isolement pendant 12 jours dans la section 2A de la prison d’Evin sans pouvoir contacter d’avocat. Il a pu passer un bref appel téléphonique à ses proches une semaine après son arrestation, mais n’a pas été autorisé à leur dire qu’il avait été arrêté ni où il était retenu. Il a été libéré sous caution le 26 décembre 2016.

Le procès de Keywan Karimi, qui s’est déroulé devant la 28e chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran, a débuté le 11 mai 2014 et s’est achevé le 13 octobre 2015. Au total, sept audiences ont eu lieu, de seulement 15 à 20 minutes chacune. Son avocat était présent, mais le tribunal ne lui a pas laissé un temps raisonnable pour présenter sa plaidoirie. En outre, la condamnation et le prononcé du jugement présentaient certaines irrégularités. Keywan Karimi était également poursuivi pour « diffusion de propagande contre le régime » en raison de son film de 2012 intitulé Neveshtan Rooye Shahr (Écrire sur la ville), qui évoque les graffitis peints sur les murs des rues de Téhéran, mais ce chef d’accusation n’a pas été mentionné une seule fois dans le jugement. Au lieu de cela, le tribunal lui a infligé une peine de six ans d’emprisonnement pour « outrage aux valeurs sacrées de l’islam ». Les autorités ne l’avaient pas informé de cette charge initialement et il n’en a eu connaissance que lorsque le jugement a été rendu, le 13 octobre 2015. Alors qu’une audience en cour d’appel, à laquelle ont assisté des représentants d’organes chargés de la sécurité et du renseignement, s’est tenue le 23 décembre 2015, Keywan Karimi n’a appris que le 20 février 2016 que la cour avait confirmé sa peine de flagellation et statué qu’il devait purger un an d’emprisonnement sur les six prévus par sa peine.

Il a été en liberté pendant toute la durée de son procès. Bien qu’aucune convocation officielle ne lui ait jamais été envoyée, il a reçu plusieurs appels téléphoniques du Bureau d’application des peines depuis qu’il a su, en février 2016, que sa déclaration de culpabilité et sa peine avaient été confirmées ; il lui a été ordonné de se présenter à la prison d’Evin afin de purger sa peine.
Keywan Karimi a réalisé 12 films, dont des documentaires et des œuvres de fiction. Son documentaire The Broken Border a reçu le prix du meilleur court-métrage documentaire en 2013 au Festival international du film de Beyrouth. Ce film traite de la question du trafic depuis l’Iran vers l’Irak de carburant subventionné par l’État, auquel se livre une partie pauvre de la communauté kurde dans la province du Kurdistan, dans l’ouest du pays. Un autre de ses films, The Adventure of a Married Couple, a été projeté aux festivals du film de Fribourg, de San Sebastián et de Zurich. Keywan Karimi fait partie d’un certain nombre d’artistes qui ont été arrêtés et jugés pour des accusations liées à leurs activités artistiques non violentes. Parmi eux figurent les frères Mehdi et Hossein Rajabian, respectivement musicien et réalisateur, qui ont été condamnés à six ans d’emprisonnement (voir : https://www.amnesty.org/fr/documents/mde13/5275/2016/fr/).

Les recherches d’Amnesty International montrent que les autorités refusent délibérément aux prisonniers politiques l’accès aux soins médicaux dont ils ont besoin, dans de nombreux cas par cruauté, dans le but de les intimider et de les punir, ou de leur extorquer des « aveux ». Parmi les pratiques courantes qui menacent la vie et la santé des prisonniers politiques en Iran, citons : retarder délibérément ou refuser des soins urgents et/ou spécialisés ; minimiser ou nier totalement la gravité des demandes d’ordre médical des prisonniers et leur prescrire des antidouleurs et des sédatifs ordinaires sans traiter le problème médical sous-jacent dont ils se plaignent ; confisquer des médicaments ; refuser de libérer pour raisons médicales les prisonniers qui se trouvent dans un état critique, et accorder une permission de sortie uniquement contre une caution d’un montant exorbitant ; et contraindre les prisonniers qui ont été transférés à l’hôpital ou se sont vus accorder une permission de sortie à interrompre leur traitement et à retourner en prison, contre l’avis de médecins (voir Health taken hostage : Cruel denial of medical care in Iran’s prisons, https://www.amnesty.org/en/documents/mde13/4196/2016/en/).

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