Écrire Un universitaire ouïghour réapparaît sur un média d’état

Détenu au secret depuis trois ans, l’historien et éditeur ouïghour Iminjan Seydin est soudain réapparu sur une vidéo publiée le 4 mai 2020 par le journal d’État en langue anglaise China Daily.

Dans ce qui s’apparentait à un message dicté, Iminjan Seydin a déclaré qu’il n’avait pas été « détenu illégalement » et que sa fille avait été dupée par des « forces hostiles à la Chine ».

Sa fille, qui a pu avoir une brève conversation en vidéo avec lui deux jours plus tard, est préoccupée par la maigreur d’Iminjan Seydin et elle craint de ne pas pouvoir communiquer de nouveau avec lui du fait qu’il est toujours étroitement surveillé.

Iminjan Seydin était professeur d’histoire à l’Institut islamique du Xinjiang et a fondé la maison d’édition Xinjiang Imin Book Publishing Company. Depuis 2012, il a publié plus de 350 ouvrages traitant de sujets comme la science, la psychologie, l’éducation linguistique et l’éducation des enfants. Il œuvre au renforcement des échanges culturels.

Iminjan Seydin faisait partie d’un groupe de travail sur la réduction de la pauvreté en collaboration avec le Bureau des affaires religieuses du Xinjiang, à Hotan, lorsqu’il a « disparu » en mai 2017. Des informations ont indiqué qu’Iminjan Seydin avait été condamné à une peine de 15 ans d’emprisonnement pour « incitation à l’extrémisme » lors d’un procès secret en février 2019 en lien avec un ouvrage de rhétorique arabe qu’il avait publié en 2014. L’Institut islamique du Xinjiang aurait mis fin à son contrat avec Iminjan Seydin. Sa fille, Samira Imin, travaille actuellement à la Faculté de médecine de Harvard.

Après avoir été détenu au secret pendant trois ans, Iminjan Seydin est réapparu soudainement dans une vidéo diffusée le 4 mai 2020 par le journal d’État en langue anglaise China Daily, dans laquelle il affirme qu’il n’a pas été « détenu illégalement » et que sa fille a été trompée par des « forces hostiles à la Chine ». Deux jours plus tard, Iminjan Seydin a pu avoir une conversation en vidéo avec sa fille, au cours de laquelle il lui a dit qu’il n’était pas entré en contact avec elle parce qu’il avait travaillé pendant tout ce temps-là et qu’il voulait se concentrer sur ce qu’il était en train de faire.

La fille d’Iminjan Seydin a eu le sentiment que son père devait être étroitement surveillé par les autorités en raison des éloges de la Chine et du Parti communiste qu’il a faits à plusieurs reprises au cours de cette conversation. Dans ces circonstances, elle craint que la communication avec son père ne soit coupée à n’importe quel moment.

Les Ouïghours sont une minorité ethnique principalement de confession musulmane. Ils vivent surtout dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, en Chine. Depuis les années 1980, ils sont la cible de violations graves et systématiques des droits humains : arrestations et incarcérations arbitraires, détention au secret, restrictions de la liberté de religion et de l’exercice des droits sociaux et culturels, notamment. Les autorités locales continuent de contrôler étroitement la pratique religieuse, y compris en interdisant à tous les fonctionnaires et aux mineurs de moins de 18 ans de fréquenter les mosquées.

Les politiques gouvernementales chinoises limitent l’usage de la langue ouïghoure, imposent des restrictions sévères à la liberté religieuse et soutiennent l’arrivée massive de migrants hans dans la région.
Les médias ont témoigné de l’ampleur et de la sévérité des nouvelles mesures en matière de sécurité mises en œuvre depuis l’arrivée au pouvoir, en 2016, de Chen Quanguo, le nouveau secrétaire du parti dans la région du Xinjiang. En octobre 2016, de nombreuses informations ont fait état de la confiscation de passeports ouïghours par les autorités de la région dans le but de limiter davantage encore le droit de circuler librement.

En mars 2017, les autorités du Xinjiang ont adopté le « Règlement de lutte contre l’extrémisme », qui définit et interdit un large éventail de comportements qualifiés d’« extrémistes », tels que la « diffusion de pensées extrémistes », le fait de critiquer ou de refuser d’écouter ou de regarder des émissions de la radio et de la télévision publiques, le port de la burqa, le port d’une barbe « anormale », le fait de s’opposer aux politiques nationales, et la publication, le téléchargement, le stockage ou la lecture d’articles, de publications ou de matériel audiovisuel présentant un « contenu extrémiste ».

Cette réglementation a en outre instauré un « système de responsabilisation » destiné aux cadres du gouvernement pour les activités de « lutte contre l’extrémisme », et mis en place une évaluation annuelle de leurs performances.

On estime que jusqu’à un million de Ouïghours, de Kazakhs et d’autres membres d’ethnies à majorité musulmane sont détenus dans des centres de « transformation par l’éducation ». Les autorités chinoises ont nié l’existence de ces lieux jusqu’en octobre 2018, et ont ensuite affirmé qu’il s’agissait de centres de « formation professionnelle » gratuite et volontaire. Selon elles, l’objectif de cette formation est de fournir des enseignements techniques et professionnels pour permettre à ces personnes de trouver un emploi et de devenir des citoyens « utiles ». Les explications de la Chine, cependant, contredisent les informations recueillies auprès d’anciens détenu·e·s faisant état de coups, de privation de nourriture et de détention à l’isolement.

La Chine a rejeté les demandes de la communauté internationale, y compris d’Amnesty International, l’invitant à autoriser les experts indépendants à se rendre librement dans la région du Xinjiang. En revanche, elle a multiplié les efforts pour faire taire les critiques en invitant des délégations de divers pays à se rendre au Xinjiang pour des visites soigneusement orchestrées et surveillées de près.

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